Revue Socialiste, octobre
le vœu de la nature qui est la pleine liberté des relations sexuelles. On sait que dans TÉglise du moyen âge la discipline sexuelle fut, dans la pratique,. peu rude. La littérature de cette époque témoigne d'une grande liberté de mœurs.
Mais ici entre en scène le second élément qui favorisa la formation de notre niorale sexuelle. — Ce point est délicat. M. Rémy de Gourmont Ta traité en quelques pages suggestives *. Il s'agit du fait qui se produisit à la fin du XV* siècle. Le souffle impur venu d'Amérique empoisonna en Europe la fleur d'amour. La défiance sexuelle fil ce que n'avait pu faire la discipline religieuse et la Peur fut, une fois de plus, mère de la Morale. Le mariage fut remis en honneur pour un temps, après avoir été pendant trois siècles (du xi' au XIV*) un objet de dérision.
L'habitude du danger émousse la peur. Le xviii* siècle vit renaître cette aisance des relations sexuelles qui avait prévalu au moyen âge. De plus en plus, jusqu'à la Révolution, la morale matrimoniale et familiale se relâcha. Ici intervient le troisième élément que nous avons fait entrer en ligne. C'est le facteur économique.
La Révolution a bouleversé toutes les conditions de propriété et de famille. La famille ancienne, fondée sur le droit d'aînesse, s'écroule. — Sur quelles bases se reconstitueront la propriété, la famille, l'aristocratie dirigeante ?
La bourgeoisie qui aspire au pouvoir remarque que de tout temps une forte organisation de la famille a été un puissant moyen de domination économique. C'est ce qui fait que dans les civilisations primitives, le mariage a été, comme la propriété, un privilège. A Rome, la ConfarreatiOy le jiistiim matrimoniiim n'était d'usage qu'entre patriciens possesseurs du sol de la patrie.
En France, sous le régime du Droit d'Aînesse, les cadets