Proudhon, Contradictions économiques, t. II, ch, ii
PALÀNTE. 5
L'être humain, ayant une vie plus large, plus riche, plus complète, sera plus intelligent et plus libre.
On Voit quelle est Tattitude du socialisme dans ce problème. Son but est de substituer au règne occulte et despotique de la .Dame Tindépendance matérielle et morale de la Femme.
Un personnage d'un roman allemand sur la question des femmes dit : « Je ne vois qu'un but à l'émancipation des femmes : former des mères libres de fils libres. A présent, la femme appartient aux puissances rétrogrades. Elle est la tutrice de la foi aveugle et des sots préjugés. Elle est toujours prête à couper les ailes à ses fils les plus , riches d'énergie, de peur qu'ils ne se brisent dans leur vol. Nous avons besoin de mères libres pour des fils libres. C'est pourquoi je suis avec vous quand vous luttez pour l'émancipation de l'intelligence féminine *. »
- La Dame est hostile au féminisme comme au Socialisme. La Dame s'imagine n'avoir rien à gagner à un changement social et avoir au contraire tout à perdre. — En dépit des apparences, cela n'est pas sûr. La Dame, cet être de vanité et de luxe, la Dame, avec ses prétentions, sa soif de paraître, ses ambitions mesquines, son souci de ne pas voir diminuer le chiffre des visites de « son jour » et de ne pas se laisser distancer par Madame Une Telle, — La Dame, cette reine de la Foire aux Vanités, a une vie au fond assez vide et assez triste. — Si elle est intelligente, elle doit se rendre compte de ce vide et de cette tristesse. — Gardienne d'une étiquette surannée, reine d'un royaume de mensonges, sa vie doit lui paraître une vie factice, une destinée manquée. TeUe n'estelle pas l'impression que laisse l'existence d'une madame Le Prieux, par exemple, dans la nouvelle de Bourget, et de tant d'autres. Plus d'une peut-être, pousserait le cri déses-
1. E. de Wolzogen, Das drîlte Geschlecht (Berlin, Ekstein, 1898), p, ©.
péré de madame Alving dans les Revenants : « Ah! le& prescriptions! les conventions ! la loi ! Parfois je crois presque que tous les malheurs en découlent * !
Que sera la Femme de lavenîr, TÉve future, comme 6ïï dit dans le vocabulaire féministe ? La femme nouvelle ne sera pas sans doute la jeune fille bourgeoise actuelle dont les qualités sont gâtées par une éducation prétentieuse, et qu'on transforme à plaisir en une petite dinde, farcie d'orgueil fiamilial et bardée de sottise bourgeoise. — Elle ne sera pas davantage cet être à peine définissable que certains se sont imaginé à tort comme l'idéal féministe, un être qui ne gjirderait plus rien de féminin, qui aurait les allures, le& occupations et les préoccupations masculines, qui ne se différencierait que le moins possible de l'homme par le costume, par rintelhgence et par le cœur. C'est cet être bizarre que l'écrivain allemand que nous citions plus haut a flétri de Tépithète de « Troisième Sexe » [Das dritte Geschleht)^ et que Miss Rhoda Broughton a satirisé dans son roman de Dear Delphina.
Mais rien ne nous force à concevoir sur ce type la femme future. — Celle-ci, tout en restant femme par ses qualités affectives, par sa sensibilité plus fine, pourra être un libre esprit, une intelligence virile. Elle cessera d'être une poupée vaniteuse, de s'asservir aux conventionnelles évaluations, pour devenir une vraie femme, capable de penser et d'agir par elle-même. Elle répudiera l'héritage des ruses ataviques, ce qui reste en elle de la symbolique Lilith, à qui Satan a dit : « Je te donnerai l'homme ; je le mettrai en ton pouvoir, afin que tu l'asservisses, afin que ses larmes soient ridicules \ »
La femme pourra ainsi être, suivant le mot que nous citons, la « mère libre de fils libres ». — Car la vraie voca-