Schopenhauer, Aphorismes, p
2. Max Nordau, Les Mensonges conventionnels de notre civilisation. p. 171. (Paris, F. Alcan.)
moments le démenti que donne à cet optimisme béat le spectacle des douleurs individuelles et sociales. Dans le cas du mensonge politique, on peut remarquer la contradiction qui existe entre la théorie de gens qui affirment bien baut la sincérité du suffrage universel et leur pratique électorale qui consiste* à vicier cette sincérité par des manœuvres plus ou moins grossières. Ce sont de telles contradictions qui, suivant la remarque de M. Max Nordau, sont la cause de l'inquiétude jet du malaise qui pèsent sur la société contemporaine.
Une société où l'individu est asservi aux mensonges de groupe et où dominent les dogmes formalistes et les psittacismes imposants n'apparaît plus, à qui Fenvisage de près, comme une réalité solide, mais comme une ombre fantomatique faite, suivant l'expression de Shakespeare, « de l'étoffe dont sont faits les songes ».
Le groupe devient le prisonnier des mensonges qu'il a luimême forgés. Il ressemble à ce magicien qui, ayant évoqué un esprit malin, ne pouvait plus par la suite se débarrasser de lui. — Et s'il y a quelque grandeur dans les mensonges diplomatiques ou politiques qu'une individualité puissante (un Metternich ou un Bisnàarck) met au service de ses desseins et dans lesquels il déploie du moins des qualités supérieures d'initiative et d'audace, il y a par contre quelque chose d'étrangement plat et mesquin dans ces mensonges anonymes que l'individu accepte passivement et dont il se fait le complice par faiblesse intellectuelle et morale.
Il importe de se demander ici quelles sont les causes les plus générales qui engendrent les mensonges de groupe.
1^ La cause la plus générale ressort déjà suffisamment de ce qui vient d'être dit. « L'homme, dit le D' Tardieu, est un animal qui garde son fond sauvage, malgré l'effort des pédagogies prétentieuses; la civilisation la plus parfaite est celle qui fabrique le plus de muselières *. » C'est de ce fonds indi-