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vivre, tous peuvent rendre à leur temps un plus noble témoignage. Ils ont connu la joie de lutter qui, même dans la défaite, est une plus profonde, plus entière et
plus saine jouissance que la douceur de vivre, parce
qu'elle saisit l’homme tout entier, le grandit, le transforme et le fait vibrer jusqu'au fond de lui-même. Ils ont connu des heures incomparables, quand, emportés par la foi, l’âme exaltée d’une ardeur inconnue, ils se livraient sans réserve, au grand rêve qui les possédait, à l'espoir enthousiaste de la réconciliation sociale accomplie par la force du dévouement.
Mais c’est trop peu dire. Les âpres joies de la lutte et les intimes satisfactions du cœur ne sont que les récompenses personnelles . du labeur chrétien. Notre long effort a porté d’autres fruits et j'ai eu tort de parler de nos défaites.
Par nos idées, par nos œuvres, nous avons déterminé un mouvement, désormais impossible à refouler, ou plutôt, car une telle vue des choses contemporaines peut paraître trop présomptueuse, l’évolution irrésistible des esprits et des événements à apporté, apporte chaque jour, à ces idées et à ces œuvres, une éclatante, une croissante consécration.
Il y à trente ans, on nous Jugeait coupables de dan-
gereuse intransigeance et de folie réactionnaire. Dix
ans plus tard, lorsque nos idées sur la législation sociale et les réformes économiques se furent affirmées, par des projets de loi, au grand jour des débats parlementaires, ceux mêmes qui nous reprochaient d'attaquer trop ouvertement la Révolution, nous
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accusèrent d’être devenus d’inquiétants révolution-
naires.
- Nous n'avions pas changé cependant. Quand nous parlions de la Contre-Révolution, nous n’étions pas des rétrogrades ; quand nous proposions nos idées sociales, nous n’étions pas des révolutionnaires. Notre ambition, dès le premier jour, et jusqu'au dernier, fut d’être des réformateurs chrétiens, dociles aux enseignements de l'Eglise catholique, résolus à les
appliquer dans la mesure de nos forces, sans nous émouvoir des colères et des résistances.
Tout pénétrés des ardeurs de la foi, ayant pris pour programme « les définitions de l'Eglise sur ses rap-
ports avec la société civile », entraînés vers le peuple
par l'attrait le plus sincère et le plus désintéressé,
nous entendions répudier de toute notre énergie la
philosophie du xvr° siècle, les doctrines individua-
listes, et l’égoïsme des grands, qui sont les traits caractéristiques de l’ancien régime. Ceux-là seuls sy trompèrent qui voulurent nous dénoncer à l'opinion,
et ce ne furent pas tous des ennemis de l'Eglise. Jose dire, après plus de trente ans écoulés, que
notre programme était juste, qu'il l’est encore, et que - les faits, mieux que tous les discours, se sont chargés d’en démontrer l’actualité.
J’ose dire, quelque paradoxe qu’il puisse y avoir
dans un tel propos, à l’heure même où la Révolution,
toute-puissante, exerce sa force plus tyranniquement que jamais, j'ose dire que la Contre-Révolution a fait lentement, mais sûrement, son chemin dans les esprits, dans les idées et dans les faits.
Doo COMBATS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI
La Révolution est une doctrine philosophique et.
sociale ; c’est le rationalisme érigé en règle de gouver-
nement et d'éducation, la loi humaine, affranchie de
la loi divine ; et c’est aussi l’individualisme établi en maître dans la vie nationale, le faux dogme de l’éga-
lité absolue substitué à la notion des devoirs réci=
proques. | | L'histoire du dernier siècle repose tout entière sur cette double erreur.
Or quelle est, à l'aurore de ce ati siècle, encore si trouble, chargé de si menaçants orages, quelle ést
l’évolution profonde de notre temps ?
Sans doute, l'éducation rationaliste encouragée par l'exemple des hautes classes, imposée par les gouvernants à pénétré les masses populaires, y semant à
pleines mains l’irréligion et l’impiété. La révolution sociale est partout, dans l'Etat, dans les institutions, dans la famille. Cela est vrai et c’est l’effet naturel d’un siècle de Révolution. |
Mais, est-ce que, de toutes parts, dans les milieux
intellectuels, parmi ceux qui pensent, qui écrivent et qui parlent, il ne se fait pas contre le rationalisme une éclatante réaction ? est-ce que le besoin de croire, de
soumettre la raison humaine à un critérium supérieur,
n'apparaît pas chaque jour plus impérieux, plus pres-
sant, à mesure que grandit l'anarchie morale ?
Et n'est-ce pas la plus certaine des défaites qui s’annonce pour l'esprit de la Révolution, que cet aveu
d'insuffisance de la raison souveraine à gouverner seule les esprits el les àames D |
= Sans doute aussi, le socialisme d'Etat, fruit spontané de l’individualisme, est devenu, dans une société privée de tous ses organismes naturels, la ressource suprême des faibles et des déshérités, et son impuissance à les Es oulager provoque les soubresauts, chaque jour plus . effrayants, de la révolte anarchique.
Mais est-ce que, dans le monde du travail tout entier, . le mouvement syndical, expression moderne de l’orga- nisation professionnelle, ne surgit pas comme la pierre d'attente du régime corporatif ? Est-il une industrie, une entreprise, un effort d'organisation, d'action, de production, qui puisse réussir sans l& puissance de la collectivité ? |
Dans ce mouvement toujours ascendant, c’est folie de
croire que la vie sociale se limitera aux transactions individuelles : plus on ira, plus, dans toutes les manifestations de l’activité humaine, dans tous les rapports du capital et du travail, dans tous les contrats qui les règleront, la forme collective prévaudra. Lassée, épuisée . de la longue lutte entre l'individu et l'Etat, de l'éternel et stérile recours de la faiblesse au despotisme, notre société, celle du monde entier, cherchera, de plus en plus, dans l’association, le dernier abri de l'initiative privée, le dernier rempart des intérêts individuels.
L'association est maîtresse du temps et du pays. Hier, lorsqu'on a voulu détruire la plus vénérable de toutes, l’association religieuse, on n'a pu le faire qu'en enveloppant l'attentat dans l’association elle-même : on a
exclu de son bienfait une catégorie de suspects, mais il k. a fallu qu’on en reconnüt aux autres le droit naturel. . Cela seul est une révolution politique, arrachée par la force des situations, aux héritiers directs de la doctrine individualiste.
COMBATS D’HIER ET D'AUJOURD HUI "+ Om
Demain, quand la conjuration maçonnique triomphante aura découronné la France de son titre séculaire de nation catholique, c’est encore l'association qui sauvera la Foi menacée, qui préservera l'Eglise persécutée, qui reconstituera le peuple chrétien.
Ainsi sur tous les terrains, aussi sûrement que la Révolution était en marche dans l’ancien régime, la Contre Révolution est en marche dans la société mo-. derne.
Elle ne se fera pas sans souffrances et sans épreuves. Le temps est lointain, sans doute, où le christianisme reprendra ses droits dans la société, dans ses mœurs, dans ses lois, dans ses institutions, où, du chaos syndical et de l’anarchie révolutionnaire, sortira lordre régulier de l’organisation corporative.
Mais déjà, le germe de ces grandes transformations | ne: apparaît dans notre âge inquiet.
: ï Un jour, peut-être, lorsqu'elles seront accomplies, les # : chercheurs de documents retrouveront, dans quelques
archives poudreuses, le procès-verbal de la réunion où
fut fondée l'OEuvre des cercles catholiques, et ils feront . placer sur l’humble porte de la maison, qui futle cercle … : Montparnasse, une plaque commémorative où ils graveronf ces mots .:'« Ici, Ie 25 décembre 187+, fut commencée la Contre-Révolution ! »
LETTRE A M. ALBERT HYRVOIX DE LANDOSLE !
Ee. | | Paris, le 15 juillet 1905.
Mox cHER Ami,
__ Je vous remercie de m'avoir communiqué les pre-. | mières livraisons de la nouvelle publication que vous h avez entreprise, avec le savant bénédictin dom Besse, en vue de contribuer à la restauration de l'esprit chrétien, dans notre société que le naturalisme à si pro- fondément pénétrée. “ J'espère, en généralisant ainsi votre pensée, ne pas la dénaturer. Ce n’est pas seulement, en effet, un . organe d'études spéciales, c’est une œuvre que vous L. avez voulu fonder. | Si la lecture des premiers fascicules de la Vie de la Paroisse ne suffisait à m'en convaincre, je n'aurais, pour m'en assurer, qu'à me reporter aux souvenirs d’un passé lointain, mais toujours présent à mon esprit comme à mon cœur. | L'intimité de l’action commune et du travail quoti- dien nous rapprochait alors. Que de fois, dans les cau- series qu'appelaient entre nous les événements, la de 1.
Ée 1. M. Hyrvoix de Landolle, ‘ancien secrétaire du comte Albert de Mun, venait de fonder une revue intitulée La Vie de la paroisse.
lecture, la rencontre des hommes, nous avons échangé des idées dont je retrouve, avec émotion, jusqu'à la
forme, dans vos écrits d'aujourd'hui ? :
Avez-vous, comme moi, gardé la'mémoire de ces entretiens qui charmaient nos longues routes à travers les chemins de la Basse-Bretagne, et, le soir, reposaient nos esprits des prosaïques soucis de la campagne électorale, quand nous devisions, dans lhumble chambre du Faouët, près des restes du modeste souper où la bonne Anna avait mis tout son savoir ?
J'étais dans le feu de l’ardeur catholique qui embra-
‘sait mon âge mür, et qui brûle encore au foyer
refroidi de ma vieillesse. Vous étiez tout pénétré des leçons de celte grande école de Solesmes, d’où rayonnait encore la gloire, à peine éteinte, de dom Gucéranger. |
C’est en vous écoutant que j'appris à connaître les beautés, entrevues jusque-là, de la liturgie catholique.
Louis Veuillot m'avait dit, lorsque je lui fis ma première visite, au début de ma vie publique : « Ayez
toujours près de vous un volume de l'histoire de
l'Eglise ! » J’ai connu, en avançant dans la carrière où Dieu m'avait jeté, toute la portée de cette parole, et
comment lintelligence de l’histoire générale, les vues
d'ensemble qu’elle suggère, varient profondément, suivant qu'on y considère la marche et l’action de
l'Eglise, ou qu’on n’y aperçoit que les effets de la poli-
tique humaine.
Nos entretiens m'ont aidé à suivre le conseil de Louis
Veuillot. En pénétrant avec vous dans les mystérieuses
beautés de l’art chrétien, en suivant sur le cycle sacré le développement annuel de la vie catholique, j'ai à compris quels trésors de sagesse et de poésie trop sou «
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Fi dédaignés, quelles sources abondantes de force et d'émotion, ignorées de ceux mêmes pour qui elles sont ouvertes, découvrent aux enfants de l'Eglise l’explica-
tion de ses fêtes, la signification de ses pompes, l’inter-
prétation de ses chants et la description de ses monu-
ments.
Que ses ennemis repoussent ces joies de l’âme, de l'esprit et de l'imagination, qu'ils les méprisent ou s'efforcent de les nier, cela sans doute est naturel.
Qu'elles soient étrangères aux indifférents, tout
… entiers livrés à la vie superficielle du monde, à l’or-
gueilleuse contemplation de la science, aux jouissances bornées de l’art païen et des lettres humaines,
cela se conçoit encore sans peine.
Mais que les chrétiens, nourris dans la foi catho-
lique, habitués à en pratiquer les préceptes, se refu-
sent à eux-mêmes cette connaissance de leur religion,
CN S s # . A , 0 si propre à enthousiasmer leurs âmes, c’est une fai-
blesse que peut seul expliquer le rationalisme invétéré
__ dont la société issue de la Révol tion a, pouraiïinsi dire, imprégné les esprits.
Votre Revue réagira contre cette funeste tendance.
. Dans la littérature, dans l’art, dans l’histoire, dans la politique contemporaine elle-même, elle se placera au point de vue chrétien, développant ou restaurant chez
ses lecteurs le sens catholique, leur enseignant, dans tous les ordres d'idées, l'amour et l'admiration de l'Eglise. ; ; Nul ne sera plus heureux de la seconder et d’applaudir à ses succès que Votre vieil ami, toujours très dévoué.
A. DE Mu.