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sants dans le pays tout entier, la formule ne paraît pas d’une bien audacieuse nouveauté. M. le président du conseil lui-même, qui n’en à pas voulu, n’y faisait cependant pas d'opposition absolue.
C’est un signe du temps. En 1894, elle parut subversive et scandalisa d'autant mieux que son adoption eut pour effet la chute du ministère Casimir-Perier, à laquelle je dois m'accuser d’avoir ainsi contribué bien malgré moi. IL s'agissait alors des ouvriers des chemins de fer de l'Etat. et M. Jonnart, ministre des travaux publics, leur avait nettement refusé le droit d’association syndicale, au nom de ce que M. Rouvier appelle encore aujourd’hui les principes de gouverne-
ment.
Il s’en est fallu de peu que l'accident ne se renouvelät mardi, et, une fois de plus, est apparu le vice profond d'un régime où, dans les sujets les plus graves, les plus difficiles, introduits par surprise, alors qu'il les faudrait traiter avec le calme d’une discussion réfléchie, la liberté des opinions et des votes est sans cesse dominée par la crainte ou le désir de faire tomber les ministères.
Autour de moi, tandis que je m a bprélais à déposer
. mon bulletin dans l’urne, j'entendais les protestations : « Vous voulez donc renverser Rouvier, ramener
Combes, lui livrer les élections ? »
Mais non, je n’ai aucun de ces mauvais desseins : je prétends seulement rester fidèle à mes idées et ne pas me placer dans la douloureuse posture, où j'ai vu mardi quelques-uns de MM. les ministres radicaux. obligés de courber la tête devant ceux qui opposaient leurs votes de 1894 à leur attitude d'aujourd'hui.
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Pourquoi, du reste, tant de bruit? Les bonnes gens. comme moi, ne le comprendront jamais. Et il faut bien qu'en cette affaire il y ait eu des dessous que Jignore. Tout le monde, en effet, est parfaitement d'accord pour reconnaître que la loi sur les syndicats professionnels a besoin d’être complétée et élargie.
Complétée, dans quel but? Précisément, afin de décider une bonne fois si elle confère ou non le droit de se syndiquer aux ouvriers et employés des services publics. Depuis vingt ans on en discute, les ministres résistent, les tribunaux flottent. les ouvriers et em-
ployés protestent, et, d’ailleurs, vont de l'avant. Ils.
vont de l'avant. c’est-à-dire que, portés par le courant, ils tranchent le débat en se syndicant : et c’est pourquoi la nécessité s'impose d'élargir la loi.
En 1884, la situation était la même. Les syndicats, illégalement mais impunément, se multipliaient dans le monde du travail. C'était la suite, l'effet naturel de
la réaction commencée, en 1864. par les lois sur les.
coalitions et les grèves, contre la politique sociale de lPindividualisme.
Devant les faits, les gouvernements. les législateurs
ont cédé. Le droit d'association professionnelle, dont
la Constituante de 1791 avait dépouillé les travailleurs .
leur a été restitué. Ce fut une révolution, ou, pour.
mieux dire, un commencement de contre-révolution. L'évènement le fit bien voir. Le mouvement syndical, en effet, envahit aussitôt tous les milieux où
s'exerce l’activité nationale. Sur sa route, il devait infailliblement rencontrer les services publics : il les.
pénétra, cela était inévitable, et la question se posa aussitôt de savoir quelles limites il devrait respecter.
Or, cette question est soumise au Parlement depuis un nombre d'années dont je ne sais plus au juste le compte, sous forme d’un projet de loi que M. Barthou a accompagné d'un très remarquable rapport, déposé dès ces temps préhistoriques : c'était, je crois bien, aux premiers jours du consulat de M. Combes. La Chambre n’y prit garde : la défense républicaine lui donnait alors d’autres soucis. M. Barthou, donc. ne | pouvant discuter son rapport, en a fait un livre intitulé : l'Action syndicale. Je me permets d'en conseiller. la lecture à tous ceux qui veulent se rendre un compte exact de la situation.
Ils y verront que le droit d’association syndicale a été mis en discussion dès le lendemain du jour où la __ loi l’eut proclamé. L'intention des législateurs de 1884 n’était cependant pas douteuse. M. Tolain, rapporteur de la loi au Sénat, l'avait exprimée formellement : « Toute personne qui exerce une profession aura le droit de se servir de la nouvelle législation. »
Cependant les conflits commencèrent aussitôt, el, qui le croirait aujourd’hui ? ce fut par les médecins ! Les tribunaux. la cour de cassation elle-même leur refusèrent le droit d'association syndicale. Comment s’en étonner ? Je l'ai dit, la loi de 1884 élail une révolution : elle devait nécessairement se heurter aux préjugés, aux habitudes d'esprit, aux prétendus principes, accumulés par un siècle d'individualisme.
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Après les professions libérales, ce fut le tour des ouvriers de l'Etat, des employés, de toute cette masse, chaque jour grossissante, qui se confond sous la vague et menaçante appellation de fonctionnaires.
Or, qu'est-ce qu'un fonctionnaire ? Il fallut distinoœuer. La commission du travail de la Chambre, saisie de tous les projets de loi que faisaient, à chaque législature, éclore les conflits toujours renaissants, 5 appliqua à chercher des définitions.
On découvrit alors qu'il y a des agents d'autorité et des agents de gestion, ceux-ci qui ne détiennent aucune part de la puissance publique, ceux-là qui ont qualité pour exercer sur les citoyens un pouvoir de contrainte. Mais à quel cheveu un homme est-il chauve ? J'ai appris, mardi, à ma vive surprise, qu'un sous-agent des postes pouvait me dresser procès-verbal !! Est-il syndicable ?
Ce n'était pas des facteurs, pourtant. qu'il s'agissait, mais des instituteurs. Est-ce que ce sont des agents
d'autorité? Est-ce qu'ils détiennent une part de la puissance publique ? Laquelle ! La doctrine officielle, peut-être ! Allons-nous donc, nous, les défenseurs de l’enseignement libre, accepter une pareille théorie ?
Là-dessus les discussions de s’enflammer, et chacun
d'apporter son espèce, car il y a bien d’autres diffi-
cultés, en vérité, et autrement graves en raison des
intérêts qu'elles mettent en cause, celle par exemple
qui nail de la siluation spéciale des ouvriers employés dans les arsenaux, assimilables, en quelque manière, aux soldats sous les drapeaux.
La question, on le voit, est infiniment complexe, et J'admire ceux qui, d'un coup sec, la tranchent en disant : « C’est bien simple, quiconque est fonctionnaire ne peut se syndiquer ! »
Les choses, je l’avoue, ne me paraissent pas aller si
rondement, et, pour sortir de peine, je ne vois qu'un
moyen.
C’est de discuter le rapport de M. Barthou et de compléter la loi en la précisant. Il y a quatre ans qu'on aurait pu le faire. Au lieu de cela on a mieux aimé s'occuper de chasser les moines, les Frères etles bonnes Sœurs. Voilà le résultat : à la place de tous ces expulsés, le monde des travailleurs se dresse, impatient : à la place de la question cléricalé, la question sociale
renaît, menaçante.
Je regrette infiniment que M. Rouvier n'ait pas prévu l'événement. Il eût employé le temps du Parlement plus utilement, en lui faisant voter cette loi nécessaire, qu’en l'hypnotisant sur la Séparation.
Pour comble, c’est lui-même qui a préparé lamèche à laquelle Lasies a mis le feu. Pourquoi, en vérité, ces poursuites contre les instituteurs parisiens, dont on ne sait plus comment sortir, sans recourir à de prodigieuses confusions de pouvoir, ou à des amnisties avant la lettre, plus étonnantes encore ?
Comment! voilà des gens qui, depuis des années, voient, autour d'eux, se former des syndicats de toutes les couleurs : il n’y a pas de jour où les députés ne
reçoivent des circulaires du syndicat des agents dé
ceci, des sous-agents de cela, qui leur demandent de
voter pour eux telle ou telle réforme.
Ce matin, on nous apprend qu’il y a un syndicat Æ membres de l’enseignement universitaire qui existe depuis trente ans. Hier, le syndicat des comptables de la manufacture d'armes de Tulle protestait, par une lettre publique qui, d’ailleurs, l’honore grandement, contre le complot formé, dit-on, par certains ouvriers socialistes en vue de refuser le travail en cas de guerre : tout cela se passe au grand jour, sans que le gouvernement bronche. À Lorient, les instituteurs prennent
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la précaution de consulter, avant de se syndiquer, le
procureur de la République qui les encourage. Et, c'est. dans ces conditions que, tout à coup, on ouvre des poursuites! « Qui diable est-ce donc qu’on trompe ici Pons |
Quant à moi, il n'y a pas de tactique d'opposition