‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 44 sur 124 · Brochure publiée en mars · texte numérisé non relu

Brochure publiée en mars

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dence doit, à l'heure présente, frapper tous les esprits

attentifs, mais qu'il est nécessaire de mettre bien en

lumière, pour ceux qui ne le sont pas, et c’est le plus

grand nombre !

Donc M. Beauquier écrivait, il y a huit jours, au moment où allait se terminer la discussion générale du projet de loi sur l’enseignement congréganiste :

« Enfin, nous allons arriver à la première étape ! Les éducateurs religieux de notre jeunesse vont être, sinon tous, au moins pour une bonne partie, privés du droit

d'enseigner. » Il ajoutait, un peu plus loin : « L’en-

seignement du catéchisme aux enfants constitue un attentat immoral à leur raison, un essai de mutilation

de leur intelligence dont ils peuvent souffrir toute leur

vie. » Il concluait enfin : « Voilà pourquoi il doit être interdit de donner aux enfants une instruction religieuse. » Cette franchise est salutaire : elle éclaire la tortueuse dialectique de M. Buisson et met à découvert l’âme secrète de M. Combes, comme le brusque rayon

d’un projecteur électrique fouille etillumine un moment la menaçante obscurité de la mer.

Je voudrais profiter de sa lueur pour essayer de reconnaître notre position et de montrer à tous, catholiques, chrétiens, ou indifférents, respectueux cependant de l’idée religieuse, la gravité de cette première étape que nous allons franchir, sur le chemin douloureux où, depuis quatre ans, la France se laisse traîner avec une stupéfiante inertie. |

Les journaux, les députés, socialistes et radicaux, payent-ils d’audace, prennent-ils leurs vœux pour des” réalités, font-ils enfin une sorte de « bluff » anticlérical, quand ils parlent de la prochaine destruction de toute éducation religieuse ? Est-ce bien jusque-là que

nous précipite, par une pente toujours plus rapide, la route où nous sommes engagés ? |

Telle est la question qu'il faut examiner, pour se rendre un compte exact de la situation présente. |

Elle peut sans doute paraître déplacée après que tant de discours éloquents, tant d’écrits courageux ont dénoncé et dénoncent encore chaque jour les progrès de la guerre religieuse. Je ne la crois pas toutefois. superflue.

L'un des plus grands dangers de notre temps, sinon le plus grand, est l'habitude que nous prenons de la persécution. La méthode parlementaire et le mécanisme légal agissent sur l'opinion publique, comme les procédés d’anesthésie sur le patient d'une opération chirurgicale. Les discussions de la Chambre suscitent d’abord quelque passion : on applaudit aux courageuses protestations de la minorité ; on en lit avec satisfaction les comptes rendus ; on s'indigne un moment des violences de M. Combes et des transports de sa majorité, et puis... cest la force des choses : on retourne à ses affaires, à ses intérêts, combien. hélas ! à leurs plaisirs ! Dans ce curieux roman de Sénac de Meilhan, l'Emigré, que MM. Franz Funck-Brentano et Casimir Stryienski ont remis au jour. il y a une scène très frappante. C'est le soir du 6 octobre 1789 ; la famille royale vient d'entrer à Paris, avec son hideux cortège. Dans un hôtel particulier, la compagnie ordinaire, une société d'élite, est rassemblée : de temps en temps, un visiteur arrive: «Avez-vous vu passer le Roi ? — Non, j'ai été à la Comédie. — Molé a-t-il joué ?

— ..… Jouez-vous au wWhist ? — Je jouerai après souper, | on va servir... » On entendit du canon : « Le Roi sort ; de l'hôtel de ville, ils doivent être bien las ! » On soupe : | propos interrompus ; on joue au trente et quarante, JEU ettout en se promenant, en attendant le coup et sur veillant la carte, on dit quelques mots : « Comme c'est affreux ! » :

N'est-ce pas notre état ? Que de fois chacun de nous ne l’a-til pas entendu, et peut-être, lui-même, redit ce mot de l’insouciance résignée : « Comme c'est

affreux ! » sans que l'ordinaire de sa vie en fût troublé?

Cependant, après que les Chambres en ont fini avec les discussions écœurantes, dans Île pays l’œuvre horrible se poursuit. Chaque matin, dans les journaux, on dit le récit de quelque expulsion nouvelle, de quelque fermeture d'école, de quelque condamnation contre des religieux ou des religieuses. « Comme c'est affreux ! » D'abord, c'était en première page : maintenant, c'est à la troisième, à la quatrième, aux faits divers. On s’habitue !

Ces faits divers, pourtant, ce sont autant de petits drames poignants ! Des pauvres prêtres qui vivaient. en commun, dans une intime et pieuse fraternité. obligés de se séparer, de se loger n'importe où, n'im- da porte comment, seuls, ‘tristes. déracinés ! Des pauvrés : ne femmes qui se consacraient, modestement et sans Len bruit, à quelque œuvre charitable, abritant, sous leur cornette respectée, leur visage et leur nom, jetées dans la rue, sans qu'elles sachent pourquoi, réduites, pour rester fidèles à leur vocation, à s’exiler si la commu-

: nauté est assez forte pour les envoyer au loin, sinon à cacher, dans une maison amie, leur douleur souvent incomprise, bientôt importune, ou bien à gagner leur

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vie sous un vêtement d'emprunt qui les choque, les gène et les humilie ! Et puis, c'est, dans les familles, le déchirement des cœurs : « J ai été élevé dans cette maison qu'on ferme !... Mes enfants ont grandi dans celle-ci !... Mes parents avaient fondé celle-là ! »…. «Ah ! comme c’est affreux ! » Mais il y en a tant ! On ne sait plus au juste combien, ni où. Au commencement, cétaient des manifestations publiques, des cris, des tumultes : à présent, plus rien ou si peu de chose, et, de ce peu de chose, le public ne s'occupe qu’un moment. On s'habitue ! L’anesthésique opère.

Je parle ici des meilleurs, de ceux qui se sentent

- vraiment atteints au vif de leur conscience, qui souf-

frent avec les persécutés. Mais les autres ? Je n’entends pas seulement celte foule de braves gens que nous connaissons ‘tous, gens | du monde, gens d’affaires, commerçants, propriétaires, qui jugent bien cette politique absurde, insupportable surtout par le bruit qu'elle fait et les discussions qu'elle suscite, mais n’ont peur, au fond, que pour leur bourse, qui, jusque-là, trouvent que le mal n’est pas si grand, qu'on exagère, que les congrégations, après tout, ne sont pas si nécessaires, que, du reste, c'est leur faute, « la faute des Assomptionnistes et de la Croix », et qui se rassurent parce , que M. Rouvier est là pour les protéger, tant bien que mal, contre l'impôt progressif. Je n’entends pas seulement ceux-là, bien que ce soit une légion ; mais la masse, la masse qui n’est guère éclairée sur le fond des choses, encore qu’elle doive les trancher par son vote, la masse qu'on trompe si facilement avec des mots, qui croit si volontiers ce qu'il ÿ a «sur le journal », ou ce que lui a dit la forte tête du village, ah ! c’est sur elle surtout qu'opère le plus puissant des anes-

thésiques, la légalité, force intangible, fatalité supérieure, représentée par la signature du sous-préfet et le . tricorne du gendarme ! | Fe

Ainsi, peu à peu, le pays se résigne à la tyrannie. à Ce qui, il y a cinq ans seulement, lui eût paru impossible à concevoir, voilà qu'il le subit aujourd'hui, sans” révolte, presque sans murmure. C'est la première étape ! L'exemple vaut qu'on le médite. Espérer qu'il en ira autrement, lorsqu'il s'agira de l'impôt progressif et de la propriété laïque, c’est une pure chimère. Les indifférents, qui regardent, sans s’'émouvoir, chasser les reli- sa gieux et confisquer leurs biens, recueilleront alors le

: fruit de leur égoïsme..On dira peut-être : « Comme c'est affreux ! » Mais après tout, ce sera la loi: et le pays, façonné à la proscription, courbera la tête pendant que les révolutionnaires crieront : À bas les riches ! comme il la courbe déjà quand ils crient : À bas la calotte !

Notre plus grand mal est là, dans cette passivité, qu’engendrent l'habitude et le fonctionnement coutumier de la machine administrative. La persécution régularisée est la pire de toutes, parce qu'elle a les allures de l’ordre et de la justice.

C'est pourquoi il faut, sans trêve, en réveiller le sentiment engourdi. Lassalle, le tribun socialiste, le disait | des misères populaires : les ouvriers s’habitueraient à

l'oppression si nous n’étions là pour leur apprendre à

connaître leurs souffrances !

Le conseil est bon et marque l’expérience des âmes.

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Suivons-le.

Donc, où en sommes-nous? Essayons de repasser, en un tableau rapide, le chemin parcouru dans ces

quatre années. L'entreprise, sans doute, n'est pas nouvelle, mais on ne la répétera jamais assez.

Je dis dans ces quatre années, et il me faut aussitôt, par une brève explication, débarrasser de toute autre discussion, le terrain de combat où je voudrais voir se cerouper tous les amis de la liberté.

Sans doute, on pourrait, en jetant un regard sur l'histoire de la troisième République, trouver sans peine, à son origine même, dans les discours et dans les actes de ses premiers hommes d’État, le principe de

la politique antichrétienne dont nous voyons aujour-

d’hui la violente application. Le trop célèbre article 7.

les décrets du 29 mars 1880, les expulsions des reli-

sieux alors ébauchées, en furent les premières manifestations, et si les nouvelles générations n’ont, de ces instructifs enseignements, vieux d’un quart de siècle, qu'une notion confuse, les hommes de mon âge n’en ont que trop conservé le souvenir. Plus que tout le reste, la législation scolaire, établie de 1882 à 1886, marque, dans notre histoire, une époque décisive dont nul ne saurait méconnaître la portée sociale.

En posant à la base de l'éducation populaire ce qu’on a appelé le principe de la laïcité absolue, qui, en fait, s'est traduit, non pas seulement par la suppression, dans l’école, de toute pratique, de toute leçon confessionnelles, mais par l'obligation faite au maître de n’enseigner qu'une morale indépendante de toute idée religieuse, en jetant un vieux pays comme le nôtre. encore tout pénétré de la tradition chrétienne, dans une expérience si nouvelle et si téméraire, les législateurs de 1886 ont assurément ouvert la porte aux doctrines dont les conséquences frappent aujourd'hui tous les YEUX. |

La neutralité, condition fondamentale de cette expérience, présentée comme sa justification et promise comme sa garantie, contraire, d’ailleurs, pour tous les chrétiens, à l’idée même de l'éducation, devait nécessairement, en pratique, demeurer, dans le violent con-

flit des passions religieuses, une conception chimé-

rique. Pas plus que les adversaires de la morale, dite indépendante, ses partisans ne pouvaient l’accepter. Les manuels, inspirés par l'esprit sectaire, les institututeurs, excités à la lutte contre l'Église par leurs protecteurs politiques, se chargèrent bien vite de le démontrer. | |

Ainsi les hommes qui, il y a vingt-cinq ans, profitèrent de leur puissance, alors incontestée, pour imposer aux familles françaises, obligées de subir la loi

commune, une éducation de plus en plus antichré-

tienne, ont pris une responsabilité dont peut-être, aujourd'hui qu'ils se rencontrent avec les générations issues de l’école fondée il y a vingt-cinq ans, ceux d’entre eux qui survivent commencent à mesurer l'étendue. Débordés par leur œuvre elle-même, impuissants à en contenir les effets, et discrédités, pour l'avoir essayé, dans le parti qui les soutenait autrefois, ils sont réduits, quand ils ne veulent ‘pas s’abandonner au courant, à lui opposer d’honorables, mais stériles résistances. |

Rien ne serait plus facile que d’instituer un semblable procès, comme aussi On pourrait, sans plus de peine, en. retournant aux sources de l'histoire coutemporaine.

en remontant aux origines de la Révolution française, découvrir dans ses doctrines philosophiques, dans la rupture qu’elle prétendit consommer entre la loi di-

vine et les institutions publiques, le fondement même

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des idées modernes sur la laïcisation ou, pour employer l'expression bien plus exacte de M. Clémenceau, la sécularisation intégrale de la société. |

Mais ce n'est pas, à mon avis, en pleine bataille, quand il s’agit, hélas! non plus seulement, comme en 1886, d'empêcher l'établissement d’une législation

faneste. encore moins de reconstituer l'édifice national,

mais de combattre, pied à pied, pour l'existence, qu'il peut être utile de soulever ces débats rétrospectifs. Nous avons luttlé. de toutes nos forces. les uns et les autres, en 1886, dans les assemblées et dans le pays. pour prévenir le mal. Peut-être, à cette époque. une mesure radicale, prise par qui de droit contre l’école neutre, eût-elle ouvert les yeux d’un grand nombre de familles, encore assez chrétiennes, pour ne pas en

connaissance de cause livrer à l'irréligion l’âme de

leurs enfants. La Belgique a fait, de cette énergique méthode, une salutaire expérience. Les terrains, il est vrai, différaient profondément. Les évêques de France, en tout cas, n'ont pas jugé qu'une telle attitude füt opportune, et ce n’est pas moi qui me permettrai de les blâmer. <

La loi scolaire est ainsi entrée dans nos mœurs. Elle créait aux catholiques une situation toute nouvelle. Sans oublier aucune des réserves de principe que je viens de rappeler, sans méconnaître les responsabilités que, d’un mot, j'ai indiquées, je pense cependant qu'il faut se placer au point de vue de cette situation nouvelle, pour envisager les circonstances présentes et les devoirs qu'elles imposent.

Les lois qui, de 1882 à 1886, établirent la laïcité de l’enseignement primaire, proclamèrent du moins la liberté de l’enseignement privé ; les modifications suc-

cessivement apportes à la loi de 1850 la laissèrent également, en abolissant les privilèges que celle-ci

accordait à l'Eglise, subsister dans l’enseignement

secondaire. Tel est le fait capital sur lequel, pendant quinze ans, a reposé tout le régime scolaire de la France ; on peut dire qu'il constituait, en réalité, la

charte de l’enseignement.

- Avec quel courage les catholiques l’acceptèrent, ce n'est pas ici qu'il est nécessaire de le dire.

Grâce à leur énergique activité, les collèges congré-

ganistes passés, depuis les décrets de 1880, aux mains

de propriétaires laïques, continuèrent sous cette forme nouvelle leur œuvre éducatrice: en même temps, les écoles chrétiennes se multiplièrent de toutes parts et couvrirent le pays, au prix de sacrifices, d'autant plus méritoires, que leurs fondateurs avaient à payer doublement, pour elles et pour leurs rivales.

Jamais, nous pouvons le proclamer hautement, ja-

. mais On ne vit plus bel exemple de dévouement à une

cause et à une idée, plus noble et plus généreux usage d’une liberté réduite et surveillée, mais subsistant en-

core dans sa partie essentielle.

Les catholiques, comme en général les Français. se calomnient trop aisément eux-mêmes ; les générations successives, à mesure que l’action les emporte, oublient ce qu'ont fait leurs devancières ; frappées des maux et des difficultés du présent, irritées des défaites répétées, elles se laissent aller à d’injustes récriminations contre

les combattants du passé : cela n’est ni HRCHUTE ni pro-

fitable.

Quiconque, ami ou ennemi, voudra, de hote foi,

étudier l'histoire des luttes religieuses de notre temps,

devra rendre hommage à l’œuvre “scolaire accomplie

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par les catholiques dans les conditions les plus défavo-

rables, sous dés ministères toujours hostiles, souvent

agressifs. Si la France garde aujourd'hui, aussi bien dans le peuple que dans la bourgeoisie, une intensité de foi religieuse et de vie chrétienne d’où lui viendra

peut-être le salut, c’est à ce DiBReSnUe effort qu'elle

en est redevable.

Il me paraît équitable de le constater au moment où la flagrante violation de la charte de 1886 et la brusque destruction de toute liberté d'enseignement vont créer encore une fois un état de choses nouveau, bien autrement douloureux, devant lequel, assurément, nul ne songe à désarmer, mais qui nous obligera sans doute à modifier nos positions et nos moyens d'action.

Cet état de choses apparaît aujourd’hui dans toute sa précision. [l faut l’envisager résolument.

Je n'’examinerai pas dans quelle mesure nos funestes divisions ont pu contribuer à l’aggraver.

Que valent, à l’heure présente, ces disputes? Les faits sont plus forts que les volontés ; et, quelles qu'aient été les conséquences de nos discordes, nul ne pouvait prévoir ni empêcher celui-qui domine, dans sa tragique fatalité, toute l'histoire de ces quatre années.

L'affaire Dreyfus apparaîtra à ceux qui voudront, plus tard, en pénétrer le secret, comme l’un de ces coups imprévus par lesquels Dieu permet que, soudain,

se prépare et s'annonce le bouleversement des nations. I

faut chercher là, sinon l'explication, du moinsle point de départ de la crise actuelle, qui nous jettera dans les violences de la guerre religieuse et, par une inévitable

COMBATS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI 269 conséquence, dans les épouvantes de la guerre sociale, si, avertis enfin par l'évidence du danger, tous ceux que rapprochent leur foi, leur raison et leur intérêt, ne s'unissent pas en un faisceau compact pour faire face à . ï l ennemi commun.

| Je n'ai pas besoin de rappeler avec quelle passion, à la fois savante et emportée, l'Affaire maudite fut, dès les premiers jours, tirée violemment du domaine judiciaire. et transformée en un engin meurtrier contre l'Église et contre l’armée, comment cette guerre civile, ouverte entre les âmes, les esprits et les intelligences,

par déterminer toute la politique intérieure du pays,

on dira peut- être un jour aussi toute sa politique extérieure.

Mais quand, dans la vie des peuples. des événements

surgissent qui mettent en quéstion leur destinée, il

dépend encore des hommes, investis du pouvoir parles “ circonstances, d'en ralentir sinon d'en conjurer les effets, ou de les précipiter par d’irrémédiables complicités. Entre ces deux partis, à l'heure trouble et indéeise où la lassitude venait de conduire M. Méline à abandonner une lutte inégale, M. Waldeck-Rousseau eut à choisir.

E: Ilest malaisé de parler, à l'heure actuelle. de M. Wal- . deck-Rousseau : sa maladie commande les-égards. Ce D. n'est pas y manquer, cependant, que d'établir ici une responsabilité dont le poids ne peut. ce semble, manquer de l’obséder lui-même.

Que de fois, en ces quatre ans, depuis que la France chrétienne et militaire gravit son douloureux calvaire, | que de fois j'ai revu, et bien d'autres, comme moi, ces be séances de 19071 où M. Waldeck-Rousseau, avec sa froide

forma deux camps dans la nation, désorienta et finit

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maîtrise, faisait voter la première loi contre les congrégalions, trouvant les traits qui s'enfoncent et les mots qui tuent, donnant, pareil aux légistes de la Convention, à la théorie de la proscription sa forme juridique, et livrant ainsi le moyen légal de la pousser jusqu'au bout, aux jacobins attentifs et surpris d'une si rare fortune.

À ces hommes que longtemps il avait combattus, dont il n'ignorait ni les desseins, ni les passions, M. Waldeck-Rousseau ouvrit le chemin du pouvoir : depuis, ils l'occupent en maîtres. On a dit qu'il les avait appelés parce que d’autres, plus modérés, lui avaient refusé leur concours. Il se peut : fallait-il donc à tout prix qu'il gouvernät ? |

Quoi qu'il en soit.il a gouverné et c’est à la fois son malheur et sa condamnation. Lorsqu'il voulut, dans un geste désolé, protester contre son œuvre, on ne l’écouta plus. L'aventure est commune et toujours lamentable : celle-ci comptera, dans l'avenir, parmi les plus instructives.

Pour nous cependant, emportés dans la tempête que déchaîna M. Waldeck-Rousseau, nous subissons les coups de l’arme empoisonnée qu'il jeta, par dégoût ou par calcul, aux mains de M. Combes. Empoisonnée ? Oui, je dis bien : empoisonnée par le redoutable sophisme qui est au fond de la loi de 1901, dont M. Gombes’se sert comme d’un couperet, et que M. Ferdinand Buisson vient d'aiguiser de nouveau, à son usage, en la dissimulant sous l'enveloppe des distinctions subtiles. Ce sophisme, c’est celui de l'incapacité dont frappent, dit-on, le religieux les vœux qui lient sa conscience, et qui le rendent indigne de concourir au ministère de l'éducation. M. Waldeck-Rousseau l’a exposé dans sa célèbre théorie sur l’aliénation des biens qui ne

couBars D HIER ET D AUJOURD” HUI

e se pas dans le commerce, ct sur l’abdication de la personnalité humaine.

Voilà le couperet, au moyen duquel, depuis quatre ans, on retranche de la société civile, du droit commun descitoyens, tous ceux, hommes etfemmes, qui. dans la

liberté de leur âme, ont promis d'observer la chasteté, de se soumettre à un supérieur et de renoncer à l'usage personnel de leurs propriétés.

M. Waldeck-Rousseau prétendit subordonner à l’autorisation du pouvoir les effets de cette incapacité, et comme on lui objectait qu'elle portait atteinte au libre exercice d’une religion dont la vie monastique découle naturellement, il se défendit de vouloir pousser jusque-là les conséquences de sa doctrine. Mais on n'arrête pas avec la main le volant d’une machine.

L'avant entendu, les alliés qu'il s'était donnés, et dont il subissait la protection, prirent aussitôt leurs süretés pour l'avenir. Qu'était-ce qu'une autorisation légale donnée à ces associations fondées sur un illégitime usage de la liberté, sur une violation des règles fondamentales de la société civile? La discussion de la loi de rgo1 n’était pas finie que M. Lafferre, l’un des chefs occultes délégués par la franc-maçonnerie au gouvernement de la France. demandait formellement que la congrégation autorisée des Frères des écoles chrétiennes füt dissoute comme les autres. Qu'était-ce encore que cette persistance surannée, reste d’une prudence dé- sormais inutile, à distinguer le clergé séculier et le clergé régulier, l'Église catholique et les congrégations ? M. Viviani la flétrit en termes cnflammés et marqua, d’une parole décisive, la guerre ouverte contre l Église comme le terme nécessaire de la is com- Hionicée.

M. Waideck-Rousseau accepta sans protester ces concours menaçants, et, quand il les fallut payer, froidement il livra à ses auxiliaires impérieux l'Église et l'armée, avec le gouvernement du pays, dont il put dire, comme Mirabeau : « Après moi, les factieux s’en partageront les lambeaux ! »

Henri Grattan s’écriait, un Jour, au Parlement an-: glais : « On suivrait, dans nos annales, l’histoire de l'Irlande, comme on suit un blessé à la trace du sang qu'il perd. » Ainsi peut-on. depuis trois ans, suivre sur la terre de France la trace de la religion el de la liberté.

Faut-il une fois de plus écrire leur martyrologe, redire l'indignation qui, d’un élan magnifique, hélas ! trop tôt brisé, souleva les âmes chrétiennes et les cœurs libéraux, lorsque. révélant par son coup d'essai ses desseins et ses procédés, M. Combes, à peine assis à la place où Waldeck-Rousseau l'avait porté, déchira les engagements pris à la face du pays, prétendit appliquer aux congrégations autorisées une loi qui ne les touchait pas, à l’enseignement primaire un texte qui ne l’atteignait pas davantage, et ferma, au mépris de tout droit et de toute légalité, trois mille écoles de filles? Faut-il rappeler les femmes du peuple criant, au milieu de Paris stupéfait, leur douleur et leur colère, la Bretagne secouée d'un sursaut de révolte, les bourgs assiégés, les portes brisées, les sœurs traînées sur le grand che-

min, les soldats de la France condamnés à cette besogne, réduits à en escorter les louches exécuteurs et placés, entre leur conscience et leur devoir, dans la plus horrible des alternatives ?

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