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douceur d’un repos plein de charmes ; heureux aussi d’apporter à cette école un témoignage de ma vive et chrétienne sympathie, de payer un tribut d’hommages à la mémoire de son fondateur si regretté, mon excellent ami M. Albert Perquer, et en m'associant à la légitime satisfaction des parents chrétiens, joyeux de couronner leurs petits enfants, de me joindre à eux pour exprimer en leur nom notre respectueuse affection aux humbles et ferventes religieuses qui, depuis tant d'années, se dévouent ici à leur tâche avec un zèle si touchant et un si grand succès.
Je venais ici le cœur rempli de ces sentiments, ayant
à la bouche des paroles toutes prêtes de bonheur et de confiance, croyant prendre simplement ma part d’une aimable et paisible fête de famille, célébrée dans une tranquille indépendance par une population assurée du libre exercice de son droit le plus respectable, celui d'élever ses enfants comme elle le veut.
Brusquement, tout a changé : au lieu d’une fête, c’est un deuil; au lieu de la joie, c’est la douleur ! Tout à l'heure, pendant que ces enfants, dans l’insouciante innocence de leur âge, s’amusaient et nous amusaient avec elles, une angoisse serrait nos cœurs, et, dans un moment, quand elles vont embrasser leurs maîtresses aimées, avant de passer le seuil de l’école, elles fondront en larmes dans leurs bras, et leurs parents pleureront avec elles.
Et moi, ce ne sont plus des paroles de confiance et de paix que je puis apporter ici : ce sont plutôt des cris de colère et d’indignation ; ce n’est même plus seulement l’ami, le visiteur de passage, qui peut vous parler, c’est le représentant du pays, investi, par là même, et par l’expérience de sa longue carrière, d'une respon-
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sabilité à laquelle il ne s’est jamais dérobé, et qui a le devoir de faire entendre en son nom et aux vôtres une énergique, une ardente protestation.
Pourquoi tout ce changement, ce deuil, ces larmes et ces colères ? Mon fils vous l’a dit dans un langage que j'ai été fier d’applaudir : parce qu'il a plu à un ministre seclaire, poussé par une majorité de socialistes révolutionnaires, exécuteur des volontés d’une poignée
de franc-maçons, d’abuser de son pouvoir pour ordonner aux bonnes sœurs de sortir de cette maison, qui est une propriété privée, où elles demeurent parce que le propriélaire les y a placées, d'abandonner l'œuvre à laquelle elles sont attachées par la volonté de la majorité de la population, et de quitter un pays où depuis vingt-cinq ans elles exercent la charité avec un dévouement qui ne s’est jamais démenti. C’est un acte de violence inqualifiable, de criminel arbitraire, accompli sans motif, sans droit, en opposilion avec les lois du pays, sans autre raison que la haine &u christianisme,
Je dis : sans motif. Est-ce que je me trompe ? Je le
demande à la population qui m'écoute. Qu'’a-t-on à reprocher aux bonnes sœurs? Depuis vingt-cinq ans, on les voit ici à l’œuvre, faisant le bien, donnant
l'exemple de la piété et de l'humilité, élevant les en-
fants dans la foi qui est celle de leurs parents, formant pour le pays des femmes chrétiennes, de bonnes épouses,
de bonnes mères de famille, connues, aimées des pau-
vres auxquels elles se dévouent. Quel est leur crime? le crime qui leur vaut aujourd'hui ce châtiment bar-
bare et inhumain, d’être chassées comme des malfai-
teurs de leur demeure et de leur pays d'adoption, arrachées comme des indignes, à leurs œuvres et à leurs travaux ?
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Est-ce que ces œuvres élaient interdites par la loi ? Nullement. La loi qui régil dans notre pays l’enseionement primaire, depuis dix-sept ans, la loi de 1886, qui a été faite non pas par des cléricaux ni par des réactionnaires, mais par des républicains comme Jules Ferry, cette loi consacre, d’une manière absolue, le droit pour les particuliers d'ouvrir des écoles libres, sous certaines conditions que vos sœurs avaient remphies. | é Est-ce que. dans l'exercice de ce droit. elles attaquaient le gouvernement ou les institutions ? Est-ce qu'elles faisaient de la polilique ? Vous savez bien que non. Elles accomplissaient simplement leur tâche de maîtresses chrétiennes. sans s'occuper d'autre chose.
Et cette tâche, qui la leur avait confiée ? Est-ce que quelqu'un ici était forcé de leur envoyer ses enfants ? Est-ce que ce n'était pas librement qu'un comité, composé d'hommes indépendants et de dames généreuses, soutenait, encourageait leur école ? Est-ce que ce n'était pas librement, volontairement que de si nombreux parents remeltaient leurs enfants à leur direction ? Pourquoi? afin que, dans l’école, ils eussent sous les veux le crucifix, symbole de leur religion, exemple et consolation de ceux qui souffrent, afin qu’ils apprissent à faire leurs prières, à croire en Dieu. à connaître leurs devoirs envers Lui ! à |
Ainsi, ni dans la conduile des sœurs, ni dans leur enseignement, ni dans l'existence de leur école, ni dans la volonté de la population, il n'y avait de motif à la violence qui les frappe.
Pouvait-on, contre elles, invoquer le droit que les
gouvernements tiennent de la légalité? Aucunement : J'ai le devoir de le déclarer ici, très nettement. Ceux
qui, dans cette affaire, violent la loi, ce sont les ministres, les préfets et leurs agents. | Je vous ai dit que la loi sur l’enseignement primaire établissait le droit d'ouvrir des écoles libres. Cette loi n’a pas été abrogée : elle est en pleine vigueur. Lorsqu’en 1901, il y a deux ans, on a discuté l’odieuse loi
contre les congrégations, M. Waldeck-Rousseau, qui
était alors premier ministre, a formellement déclaré qu’elle ne changerait rien à la loi sur l’enseignement et ne touchait pas à la liberté des écoles privées. Cette loi contre les congrégations, elle-même, qu'a-t-elle décidé, pour les congrégations comme celle des sœurs d'Ernemont qui sont autorisées ? Que leurs établissements devraient faire une demande qui serait examinée par le Conseil d’État et, par ce mot d'établissement, nul à ce moment-là n’entendait parler des écoles. Alors, voici ce qu'a fait M. Combes, président du conseil, ministre de l'intérieur. Il a commencé par déclarer que les écoles libres étaient des établissements de congrégations ; et puis il a dit aux directrices : Demandez l’autorisation, le Conseil d’État examinera votre demande, etil n’y à pas de raison pour qu'on la repousse. Elles ont fait leur demande, les pauvres religieuses toujours prêtes à se soumettre à ce qu'on leur dit être la loi... Et quand on a eu les demandes en main, au lieu de les transmettre au Conseil d’État comme cela avait été promis, juré solennellement, le ministre a dit : Je me passe du Conseil d’État, et, de mon autorité privée, je vous ordonne de quitter votre école |
Voilà ce qu'on a fait. Vous êtes ici des hommes sérieux, habitués aux affaires, aux transactions com-:
merciales ; je vous demande comment, dans les affaires privées, on appelle cette manière de tenir ses engage-
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ments? El ce n'est pas tout: pour mieux assurer le
succès de celte abominable manœuvre, on a envoyé les préfets trouver les supérieures des congrégations et on leur a dit: Prenez garde! si vous encouragez vos sœurs à protester, à défendre leurs droits, si vous ne leur ordonnez pas de se soumettre, votre maison-mère sera
fermée et votre congrégation sera détruite !
Voilà à quels bas procédés on a eu recours ! Dans les affaires privées, comment encore est-ce que cela s'appelle, sinon un odieux chantage ?
C'est là-dessus que s'appuie le droit du Gouvernement.
Où est la loi ? Est-ce que ce n’est pas de l’arbitraire pur , l'arbitraire le plus effronté qu’on ait vu dans ce vs Nr les temps de la Terreur ?
En voulez-vous une autre preuve? Si c'était la loi, on l’appliquerait partout, n'est-il pas vrai? Au lieu de cela, on ne l’applique que suivant le bon plaisir du ministre et du préfet. Chez vos voisins, par exemple, à Cany, la position est exactement la même qu'ici ; même école libre, mêmes religieuses... Seulement, il'va y avoir des élections municipales : on a peur du mécontentement de la population, et, pour faire plaisir à M. le Maire, on retire provisoirement l'arrêté de fermeture qu'on vous applique à vous.
Voilà les procédés dont vous êtes victimes! Et c’est avec ce cynisme gouvernemental qu’on ose venir dire au propriétaire d’une maison privée de chasser de chez lui ceux qu'il y a logés, à ses habitants de déguerpir, à toute une population de renoncer à son droit le plus sacré ! I n’y a pas un pays libre où on accepterait une pareille violence. Quand on raconte ces choses-là à un
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Anglais ou à un Américain, il croit qu’ on se penne de Jui.
Depuis un an, cependant, la France, la France chrétienne, la France libre, supporte cette tyrannie ! Depuis un an, 10.000 écoles, librement ouvertes, en confor- - mité des lois, ont élé fermées ; des milliers de saintes filles ont été jetées, sont jetées journellement dans la rue, privées de leur gagne-pain, obligées de quitter leur maison, leur pays : etce sont de longs convois de ces malheureuses qui, tous les jours, s’expatrient, passent la mer et s’en vont en Angleterre, en Amérique, demander une hospitalité que ces pays protestants leur offrent avec joie, heureux de s'approprier ces trésors de charité, de dévoñment, que la France a la folie de rejeter de son sein.
Eh ! bien, je n'ai pas de conseils à vous donner, à donner aux bonnes sœurs. Ma tâche s'arrête ici : mon devoir se borne à vous dire la vérité.
Laissez-moi seulement ajouter deux mots : Partout, jusqu'ici, où les sœurs ont continué leurs œuvres malgré la persécution, malgré les poursuites, partout où la population a voulu énergiquement les soutenir, les écoles vivent encore. On a reculé devant la perspective d’avoir à traîner en prison des femmes, de pauvres religieuses ; quand la tourmente actuelle sera passée, comme passent tou} ours les violences, celles qui auront, au prix de beaucoup de sacrifices, sauvé leurs œuvres, seront glorifiées comme des héroïnes : les populations qui les auront soutenues seront environnées de la reconnaissance publique. Voilà ma première réflexion.
Et voici la seconde :
Le christianisme est le bien par excellence : l’ensei-
296 GOMBATS D’HIER ÆET D'AUJOURD'HUI
-gnement chrétien des enfants est, pour les parents, le
devoir le plus essentiel. Cela passe avant tout.
- Dans cette Bretagne que j'ai, depuis vingt-sept ans,
l'honneur de représenter, il ya une longuegrève de sables
mouvants, au-dessus de laquelle s’élève un calvaire de
granit, que les flots couvrent à marée haute. Lorsque la mer monte, tant que les paysans voient les bras ee de la croix, ils savent qu'ils peuvent passer sur la grève ; dès qu'ils disparaissent, ils ne s’y aventurent plus : le sable les engloutirait. Il en est ainsi des peuples. Tant que la croix étend sur eux ses bras protecteurs, ils peuvent marcher sans crainte vers leur avenir: si elle cesse de les abriter, c’est fait d'eux, la barbarie les Pre menace de les sabmerger bientôt. Que les parents chré-° no tiens veuillent bien méditer cette image!
Pour moi, je m'arrête : mon devoir est rempli. Vous êtes un peuple libre : défendez votre liberté. Vous êtes un peuple chrétien : défendez votre foi, et criez avec moi : Vivent les Sœurs ! Vive la Liberté !
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