‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 86 sur 124 · PACE · texte numérisé non relu

PACE

la semaine ?

Quelle idée se fait-on de ces hommes, à quel rang

veut-on les abaïsser, si on n'admet pas qu'il y ait dans

leurs âmes une aspiration vers l'idéal, vers un monde meilleur que celui où ils gagnent durement teur pain de chaque jour, et comme um besoin instinctif de relever quelquefois vers le ciel leur front toujours courbé vers la terre ? '

Les sectaires, emportés par leurs passions antireligieuses, ne savent pas ce qu'est le dimanche des chrétiens. Il faut les plaindre et plaindre plus encore ceux qu'ils empêchent d'en jouir, ces déshérités de la vie, sevrés de toutes les joies du monde, de toutes les jouissances de la richesse, à qui FEglise parle, pendant tout un jour, d'espérance et de consolation, en leur prodiguant ses. Pipes ses harmonies et ses splendeurs. |

La libre possession de ce jour-là, c’est pour l’ouvrier

chrétien la force de sa vie et la véritable condition de son indépendance.

Mais le dimanche n’est pas seulement une fête religieuse pour le chrétien, il doit être aussi pour tous une fête de famille, et quand nous demandons à la loi d'en faire le jour commun du repos, c’est la vie de famille que nous voulons rendre aux ouvriers.

Que devient-elle, en effet, si le jour du repos n'est pas le même pour tous ses membres ?

La mère travaille dans une fabrique, le père dans une autre, l’enfant dans une troisième : quand se réuniront ces membres épars d’un même corps ? Quel jour pourront-ils se trouver rassemblés ? |

Le repos hebdomadaire n'est-il donc que celui des bras et la cessation du travail ? Est-ce qu'on ne veut pas que, ce jour-là, le foyer, désert et froid pendant la semaine, soit un peu transformé, qu’un rayon de gaieté vienne l’embellir, que la famille, séparée pendant six jours, se trouve rassemblée autour d’une table garnie d’une nourriture un peu meilleure, que des vêtements propres et réparés remplacent les habits ordinaires du travail, et que tous, réconfortés par ce renouveau de bien-être, puissent, oubliant un peu leur misère, | fuyant pour quelques heures l'air étouffé du faubourg ou de la cité ouvrière, s’en aller joyeusement respirer l'air pur de la campagne !

Si ce n'est pas cela qu’on veut, si le repos hebdomadaire n’est qu’un temps d'arrêt dans le travail, l’homme est traité comme la machine elle-même.

Le fondement de la législation du travail, sa grande raison d’être, celle qui devrait, à mon sens, en rendre tout le monde partisan, c’est cette préoccupation dominante du rétablissement de la vie de famille.

Si nous demandons que les enfants, que les femmes ne soient pas livrés au travail pendant la nuit, si nous désirons qu’un jour vienne où la femme mariée ne tra- vaille plus à la fabrique, c’est qu'à nos yeux la désorganisation de la famille est la plaie la plus douloureuse de notre état social et le mal le plus profond dont souffre la classe ouvrière. |

Or, la première condition pour que la vie de famille puisse renaître, c'est qu'il y ait un jour où tous ses” membres se trouvent réunis autour du foyer, où les mères embrassent leurs enfants et ne soient pas obligées d'abandonner les plus jeunes à des mains mercenaires.

C’est pourquoi le repos dominical lui-même n'est complet que si, comme en Angleterre, il commence dès l’après-midi du samedi : c’est ce que je demandais encore en 1890. M. Richard Waddington, qui, en qualité de rapporteur, combattit alors mon amendement, s’est fait récemment, auprès du Sénat, qui l’a adoptée le 50 mars dernier, le promoteur d’une loi consacrant ce principe, au moins à titre facultatif. IL y a là un indice frappant du progrès que nos idées ont fait dans les esprits et nous ne pouvons que nous en féliciter.

On accuse souvent l'alcoolisme des ravages que le travail industriel fait dans l'organisme humain, et, certes, personne n'est plus convaincu que moi du danger des cabarets ; quand le Parlement voudra bien s'affranchir des préoccupations électorales pour en restreindre le nombre, et exercer sur eux une surveillance efficace, je m'’associerai volontiers à cet acte d'hygiène sociale. Mais enfin on a bientôt fait de reprocher à l’ouvrier la fréquentation du cabaret ! Où veut-on qu'il aille s’il n’a pas de foyer, s’il n’y a personne à la maison

pour y faire le ménage, pour la rendre gaie, propre el souriante ? |

Quand un homme a travaillé toute la semaine d’un dur labeur, et que, rentrant chez ui, il n’y trouve ni sa femme, ni ses enfants, quand le foyer est obscur et sans feu, encore un coup, où veut-on qu'il aille ?

Les prédicateurs de morale eux-mêmes, sont-ils bien sûrs qu'à sa place ils résisteraient à l'attrait de cette salle, où du moins il fait chaud, où ik y a de la lumière et des camarades à qui parler ?

Qu'on donne d’abord à Fhomme une famille, un ménage, un intérieur, et on pourra, avec plus d’autorité, lui prècher la tempérancee et l’horreur du cabaret.

Dans ces questions, c'est, nous dit-on quelquefois, faire trop de sentiment.

Je suis d'avis, quant à mot, que le sentiment est souvent un guide plus sûr que les plus beaux raisonnements, etje pense comme M. Jules Simon quand il parlait, dans lOuvrière, de ces admirables mécaniciens de la vie sociale qui ont tout prévu : la crèche pour les enfants, l'atelier pour la femme et pour Fhomme, Fhôpital pour les vieillards et qui, songeant à tous les besoins du corps, n’ont oublié que les besoins du cCŒUr.

Ces besoins, ils n'auront pas de satisfaction st la famille n'a pas un jour eomplet de repos commun. Et si un jour de la semaine doit être fixé pour ce repos commun, il n’est persontie, je crois, qui puisse sérieusement en proposer un autre que le dimanche. Je me contenterai de citer à cet égard ces paroles de M. Vandervelde, Forateur bien connu du socialisme belge : « Pour jouir de la vie de famille, dit-il, il faut que le repos hebdomadaire, dans la mesure du possible et

| ne "exceptions a ait eu le même jour pour tous... Or, quel doit être nécessairement le À jour du repos hebdomadaire commun ? C’est celui qui nous est donné par une longue tradition, celui quiest déjà le jour du repos du plus grand nombre de nos

__ concitoyens : c’est le dimanche ! » | nie Tels furent à peu près les arguments (j’omets à des

sein ici ceux d’un caractère plus technique) que je présentai à la Chambre en ie Le rapporteur de la loi, M. Richard Waddington, n'essaya pas d'y répondre. Il se contenta d'adjurer ses collègues de la majorité de | rester « fidèles à leurs mœurs politiques », Ceux-ci, - hélas ! lui obéirent. Fois à =. Depuis, nous avons vu le mal s'accrottre, et les en cdion des. ouvriers, celles des employés de

ei commerce, 18 dénoncent avec juste raison.

L'enquête entreprise par la Croix achèvera, je a

ne d'éclairer les esprits et préparera l'adoption d’une mesure depuis si longtemps attendue. |

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