ALLOCUTION PRONONCÉE AUX. OBSÈQUES DE M. VICTOR PIERRE
. Membre du Comité général de l’'Œuvre des Cercles catholiques
et Président du Conseil de quartier du Cercle de. Sainte- Genevière
décédé à eue le 16 noyembre 1904 1.
: AU nom du comité + de L ur re des Cercles É ours et de l'OŒuvre tout entière, j’adresse, du fond du cœur, un dernier salut et un suprême adieu au vieil et excellent ami, au confrère très aimé qui à nous à donné, pendant de si longues années, le grand exemple de sa foi sans défaillance et de son zèle mise
| tigable. Lo :
Dieu l'a soudainement A0 ÉTÉ. mais la mort l’a = frappé sans le surprendre : elle l'a saisi au milieu de + sa tâche quotidienne, comme un bon serviteur toujours | présent à son poste.
Sa vie, en effet, nous le savons tous, ne fut que la longue préparation d'une fin chrétienne. | Le cercle Sainte- Geneviève, . qui perd en lui le . meilleur des pères, en a vu se dérouler, pendant près de trente ans, l’édifiant spectacle. a : Là, il montrait chaque jour, par l’action du dévouek nent personnel, par l’intelligente impulsion donnée à.
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| Cette allocution a été lue, au nom de M. de Mun, par un : Le assistants.
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LETTRE A M. LABBÉ COMPANT !
Paris, 1* janvier 1905.
CHER MoxSIEUR L'ABBÉ.
Mon télégramme d'hier, écrit au moment où m'arrivait la douloureuse nouvelle du grand deuil qui frappe … l'Eglise de France, ne pouvait vous porter qu'une faible …
expression de ma profonde émotion. | 74
0 es Vous l'avez cependant comprise ; car, mieux que ne. personne, vous savez quels liens anciens et intimes m'attachaient au vénéré Cardinal, quelle action puissante il exerça sur les œuvres auxquelles fut consacrée … Ha meilleure part de ma vie. |
Combien survivent encore parmi ceux qui entendirent, voici plus d’un demi-siècle, la voix: vibrante de l'abbé Langénieux communiquer à leurs jeunes âmes les premières ferveurs de la foi? De ceux-là nul, j'en. suis sûr, n’a oublié la pénétrante ardeur de sa parole ni l’irrésistible ascendant de son regard perçant. 7
Le catéchisme de Saint-Roch était alors le plus © illustre de Paris. L'abbé Petétot, le futur restaurateur … de l’Oratoire, était curé de la paroisse : l’abbé de Bories, e
1. À l’occasion de la mort du cardinal Langénieux, dont il était, depuis de longues années, le secrétaire particulier.
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naguère encore curé de la Madeleine : l'abbé Langé-
| compars D'HIER & ET D'AUJOURD Hu -Bog.
ue tard curé de Hip a Roule. dirigeait le caléchisme. IL était secondé par l'abbé Le Rebours,
nieux prêcha la retraite de première communion avec d'incomparables accents. Tous, héritiers des grands catéchistes d'autrefois, formés à l’école de Mgr Dupan- __ loup, marquaient déjà leur place au premier rang du clergé de Paris ; l'abbé Langénieux devait rapidement prendre la sienne au PIÉRuer rang Je l'Eglise de France.
Le vénérable cardinal Guibert l'y préparait à l’archevêché de Paris, où il l'avait appelé dans ses conseils, aussitôt après avoir recueilli le sanglant héritage de Mgr Darboy, lorsqu'aux derniers jours de l’année terrible prit naissance POEuvre. des Cercles catholiques d'ouvriers.
Ge fut au nouveau vicaire général que nous allâmes, mon frère Robert et moi, confier nos projets, demander aide et conseil et dire nos espérances. Quelle effusion dans cette entrevue, où, après vingt ans, il retrouvait ainsi « ses deux enfants de Saint-Roch! » Dès les premiers mots, toute son àme généreuse s’épancha dans les nôtres, N’eussé-je point d'autre motif pour vouer à sa mémoire une reconnaissance infinie, ce serait assez. Qui sait en effet quelle déception peut, sans le vouloir, jeter dans les cœurs une trop prudente sagesse, soufflant sur une flamme naissante ses froides objections? Lui, connaissait trop bien la jeunesse, pour décourager ainsi ses enthousiasmes. Il nous accueillit avec une chaleureuse confiance et comme s'il nous eût attendus. | C'est que, déjà et de . date, le chemin des quartiers populaires, que nous commencions à parcou-
rir, lui était miliar Curé de Saint-Ambroise pendant les années qui suivirent son passage à Saint-Roch, il
avait dans cette immense paroisse, alors peuplée de …
misérables, multiplié les écoles, les œuvres d'assistance et de charité; et dans cette foule de déshérités il avait
laissé des cœurs si fidèles qu'en 1871, au momentoù
les assassins de la Commune l'avaient déjà marqué pour le martyre, avec l’abbé Deguerry, curé de la Madeleine, un fédéré du quartier Saint-Ambroiïse reconnaissant le fit évader, servant ainsi d' instrument aux desseins de Dieu sur le futur cardinal.
Retourner vers ce peuple tout meurtri des sanglantes
répressions, lui tendre la main et lui montrer la croix en signe de réconciliation, c'était, à l’heure où nous
l’abordions, l'âme remplie des mêmes pensées, le vœu
le plus ardent de l'abbé Langénieux, Il nous reçut les bras ouverts et, dès lors, il devint notre guide et notre protecteur.
Publiquement il voulut affirmer ce patronage, accordé dès le premier jour, en consacrant par sa présence et sa parole, la création du second cercle SU RNS fondé à Paris.
Le premier était, depuis deux mois, ouvert sur la colline de Belleville, à deux pas du lieu où les otages
élaient tombés un an plus tôt. Le second fut placé sur
la colline de Montmartre, à côté du funeste enclos où les généraux Lecomte et Clément-Thomas avaient été fusillés le 18 mars. Ce fut là, dans ce tragique voisinage, que M. le vicaire général Langénieux, représentant l'archevêque de Paris, vint, à l’été de 1872, dans un . jardin incliné sur les pentes alors presque désertes de ce quartier, inaugurer, sous l'abri d’un grand cèdre, la modeste maison des ouvriers. |
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L'année suivante, il était évêque de Tarbes, et, avant de prendre possession de son diocèse, où il devait laisser aux pieds de Notre-Dame de Lourdes l'ineffaçable trace de son rapide passage, il accompagnait au sanc- tuaire de la Vierge de Liesse, notre premier pèlerinage d'hommes, deux mille cinq cents ouvriers de toutes les professions, artisans, tisseurs, forgerons et mineurs, venus dans un ordre admirable, de Paris et de toute la région du Nord.
Avec quelle émotion souveraine, ce jour-là, de l'autel dressé en plein air, il parla à cette foule de Dieu, de la France, de la dignité du travail, de l’œuvre de fraternité à laquelle il l’appelait! Avec quelle force il nous parla à nous-mêmes, de nos devoirs envers ces déshérités, et de leur cause qu’il remettait entre nos mains! Il sembla que son regard découvrit la carrière illustre qui l’attendait et que dans l’évêque de Tarbes parût déjà le cardinal, destiné à conduire, quinze ans plus tard, devant Léon XIIT les représentants des travailleurs chrétiens, venant avec lui saluer ce PnTe Pape du titre glorieux de Pape des ouvriers.
Nul autant et aussi bien que vous, cher Monsieur … l'Abbé, ne peut comprendre l'intensité de ces souvenirs.
Nous avons vécu ensemble ces grands jours de Rome.
Ensemble, en 1887, nous avons entendu le cardinal lire au nom des ouvriers, pressés dans la salle Royale du Vatican, cette mémorable adresse qui fut comme l’invocation de tout un peuple, demandant au Vicaire de Jésus-Christ un écho de la grande parole de vérité et de vie. ir | Ensemble nous le vimes, le ét inehi du Prince de l'Eglise couvert d’un simple tablier de service, offrir __ leur nourriture aux pèlerins, assis à l'ombre de Saint-
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rir, Li était Pnitiore Curé de Saint-Ambroise pendant les années qui suivirent son passage à Saint-Roch, il avait dans cette immense paroisse, alors peuplée de
misérables, multiplié les écoles, les œuvres d'assistance
et de charité; et dans cette foule de déshérités il avait laissé des cœurs si fidèles qu’en 1871, au moment où les assassins de la Commune l'avaient déjà marqué pour le martyre, avec l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine, un fédéré du quartier Saint-Ambroise reconnaissant le fit évader, servant ainsi d'instrument aux desseins de Dieu sur le futur cardinal.
Retourner vers ce peuple tout meurtri des sanglantes répressions, lui tendre la main et lui montrer la croix en signe de réconciliation, c'était, à l'heure où nous l’abordions. l'âme remplie des mêmes pensées, le vœu le plus ardent de l’abbé Langénieux, Il nous reçut les bras ouverts et, dès lors, il devint notre guide et notre protecteur.
Publiquement il voulut affirmer ce patronage, accor dé dès le premier jour, en consacrant par sa présence et sa parole, la création du second cercle catholique fondé à Paris.
Le premier était, depuis deux mois, ouvert sur la colline de Belleville, à deux pas du lieu où les otages étaient tombés un an plus tôt. Le second fut placé sur la colline de Montmartre, à côté du funeste enclos où les généraux Lecomte et Clément-Thomas avaient été fusillés le 18 mars. Ce fut là, dans ce tragique voisinage, que M. le vicaire général Langénieux, représentant l'archevêque de Paris, vint, à l’été de 1872, dans un Jardin incliné sur les pentes alors presque désertes de ce quartier, inaugurer, sous l'abri d’un grand cèdre, la modeste maison des ouvriers. |
COMBATS D’'HIER ET D'AUJOURD'HUI #'5it
L'année suivante, il était évêque de Tarbes, et, avant
de prendre possession de son diocèse, où il devait lais-
ser aux pieds de Notre-Dame de Lourdes l'ineffaçable trace de son rapide passage, il accompagnait au sanc- tuaire de la Vierge de Liesse, notre premier pèlerinage d'hommes, deux mille cinq cents ouvriers de toutes les professions, artisans, tisseurs, forgerons et mineurs, venus dans un ordre admirable, de Paris et de toute la région du Nord. |
Avec quelle émotion souveraine, ce jour-là, de l'autel dressé en plein air, il parla à cette foule de Dieu, de la France, de la dignité du travail, de l'œuvre de fraternité à laquelle il l’appelait! Avec quelle force il nous parla à nous-mêmes, de nos devoirs envers ces déshérités, etde leur cause qu'il remettait entre nos mains!
Il sembla que son regard découvrit la carrière illustre qui l’attendait et que dans l’évêque de Tarbes parût déjà le cardinal, destiné à conduire, quinze ans plus tard. devant Léon XIIT les représentants des travailleurs chrétiens, venant avec lui saluer ce re Pape du titre glorieux de Pape des ouvriers.
Nul autant et aussi bien que vous, cher Monsieur l'Abbé, ne peut comprendre l'intensité de ces souvenirs. Nous avons vécu ensemble ces grands jours de Rome.
Ensemble, en 1887, nous avons entendu le cardinal lire au nom des ouvriers, pressés dans la salle Royale du Vatican, cette mémorable adresse qui fut comme l'invocation de tout un peuple, demandant au Vicaire de Jésus-Christ un écho de la grande parole de vérité et de vie. sr = Ensemble nous le vimes, le vêtement du Prince de l'Eglise couvert d’un simple tablier de service, offrir __ Jeur nourriture aux pèlerins, assis à l'ombre de Saint-
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Pierre, dans les réfectoires dé Phépital 1 Sainte- Marthe. ;
Ensemble encore, lorsque fl Encyclique sur la condition des ouvriers eût apporté à la grande supplication de 1887 la réponse décisive qui orienta vers la justice sociale et les œuvres populaires toute l’action de l'Eglise, nous fûmes aux côtés du cardinal dans ce nouveau pèlerinage de 1891, explosion d'enthousiaste reconnaissance, grandiose commentaire de l’enseignement pontifical.
Vous souvenez-vous des grandes scènes de Saint- Pierre, où le pape s’abandonnait aux hommes du peuple en costume de travail, où, sur les marches de l'escalier Royal, la foule des travailleurs prenait la place des cortèges dorés qui jadis annonçaient l'approche des souverains ?
Le cardinal Langéniéux, par ses courageuses initiatives, par ses pieuses instances, avai préparé ces Journées triomphales. Entre toutes les couronnes, plus précieuse que les tresses de fleurs éphémères, dont la reconnaissance des catholiques couvre aujourd'hui sa tombe, celle-ci n'est-elle pas la plus belle ? Et n’est-ce pas, au lieu de ma main, trop faible pour la soutenir, le bras du peuple lui-même qui devr ait La DONC à son cercueil ?
Tandis que les chefs de la nation cachaient, de les violences de la guerre religieuse, le néant de leur action réformatrice, et n’offraient aux ouvriers, avec teur bruyante parole, que le vain appât de promesses toujours stériles, un évêque fidèle à la tradition des pontifes anciens, défenseurs du peuple et gardiens de la cité, échangeait avec le Pape un dialogue auguste, d'où sortait pour l’univers entier un code achevé de
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COMBATS D’HIER ET D'AUJOURD'HUI :'Gré
justice sociale, loi désormais obligatoire pour les catho- liques, accueillie par eux avec transport, reçue avec ‘ respect par toutes les consciences chrétiennes, écoutée avec une surprise émue par les indifférents eux-mêmes et jusque par les ennemis de notre foi.
Quel plus grand spectacle pouvait être offert au monde, agité de tant et de si redoutables problèmes? Quelle plus fortifiante leçon donnée à notre temps troublé? | |
Dieu avait tout disposé en vue de ces grands desseins : en plaçant le cardinal Langénieux sur le siège illustre de saint Remi, il l'avait marqué pour les accomplir.
Tel il parut en 1896, lorsqu'à sa voix les catholiques accoururent des extrémités du pays. prêtres et laïques, jeunes gens et vieillards, industriels et ouvriers, commerçants et agriculteurs, pour renouer, au quatorzième centenaire du baptême de Clovis, le pacte conclu, dans la basilique de Reims, entre la plus ancienne des nations chrétiennes et l'Eglise qui allait la nommer sa Fille aînée. :
A cette magnifique affirmation de la vieille foi nationale, les pouvoirs publics furent absents, mais le peuple y tenait leur place, et il sembla que, comme au temps de saint Remi, le primat de la Gaule belgique lui
ouvrait toutes grandes, au nom de Jésus-Christ, les
portes du temple, déserté par les représentants de la société officielle. ie
. Tel encore, peu d'années auparavant, s'était-il montré, aux lieux sanctifiés par la naissance et la la mort de Jésus, dans l’auguste appareil du Légat, envoyé par le Saint-Siège vers les régions orientales. comme le double représentant de l'autorité du Pape et des droits séculaires de la France, symbole vivant
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