LETTRE A L’UN DES DIRECTEURS DU PATRONAGE SAINT-GER VAIS
Paris, le 13 mai 1905.
Mo CHER Ami,
J'ai espéré, jusqu’au dernier moment, pouvoir assister à la représentation, si intéressante, que les jeunes . gens du patronage Saint-Gervais ont eu l’heureuse __ pensée d'organiser, et à laquelle ils m'ont fait le grand honneur d'associer mon nom. Pr Puisqu'il me faut, à mon vif regret, renoncer à cette joie, je veux, au moins, vous remercier vous et vos collaborateurs, de votre bienveillance, et vous dire de quel cœur sincère et chaleureux, j applaudis à votre Œuvre. | L'initiative que vous prenez aujourd'hui, mérite, en effet, toutes les louanges et tous les encouragements. C’est une belle pensée que d’avoir choisi pour thème de votre réunion un drame chrétien !, interprété par le génie des plus grands maîtres, et d’en avoir confié l'exécution à la fois aux jo gens du Patronage et
1. Le drame Domine, quo vadis? emprunté à l’œuvre de Sienkievicz.
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à des artistes éminents qui savent si merveilleusement traduire la musique sacrée.
Une telle association, pour un tel objet, est un exemple fécond et une éloquente leçon.
L'exemple que je voudrais voir se généraliser dans les œuvres catholiques, c’est celui du généreux effort entrepris pour intéresser les intelligences et distraire les esprits, en les élevant vers l'idéal, en les initiant à la beauté littéraire et artistique, au lieu de les reténir, comme on le fait trop souvent. dans la médiocrité des drôleries vulgaires et des chansons de café-concert.
Ceux qui, par leur talent, veulent bien aider à la réalisation d’une si heureuse expérience ont droit à la reconnaissance de tous.
Ce n'est pas seulement une bonne œuvre qu'ils accomplissent, c’est une idée qu'ils servent, idée essentielle, dont vous montrez assez, vos amis et vous, que vous êtes pénétrés, je veux dire l'éducation intellectuelle du peuple.
Voilà la leçon que vous joignez à l'exemple.
Les grandes transformations accomplies dans notre état social, et qui ont marqué l’avènement de la démocratie, imposent des devoirs pressants à tous ceux qu'inquiètent les destinées de notre pays.
L'obligation de l’école et sa gratuité, l'essor immense donné à l'instruction primaire, j'ajoute la persécution dirigée contre l’enseignement libre, ouvrent aux esprits réfléchis des horizons de plus en plus vastes.
L'insuffisance de l’école pour l’éducation populaire éclate à tous les yeux. C’est entre les années où s'achève sa vie d’écolier, où commence sa vie d'homme et de citoyen, que se décide, pour le travailleur, la formation de son caractère et de son intelligence, celle aussi
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de son âme dont nous, catholiques, nous ne pouvons nous désintéresser.
Les œuvres post-scolaires sont ainsi la grande nécessité de notre temps. Elles ne peuvent porter des fruits
vraiment sérieux et durables, que si elles s'appuient
sur la foi chrétienne qui éclaire l'intelligence et lui
sert de guide, sur la recherche constänte des hautes
aspirations et des nobles sentiments qui l’élèvent aux sphères supérieures, sur le dévoüment, enfin, qui seul
peut, à force de désintéressement, s'imposer à elles et entraîner les volontés-en conquérant les cœurs
Aucune tâche plus belle ne saurait être Offerte à la jeunesse catholique : aucune n’est plus méritoire.
Je ne saurais exprimer assez haut l'admiration que m'inspirent ces étudiants, tout le jour courbés sur les livres, dans la fiévreuse attente de l'examen décisif, et qui, le soir, le dimanche, aux jours et aux heures du
repos, s'en vont, pressés par le besoin de se donner,
porter aux ouvriers le DD plein de leur esprit et de
; leur âme.
Vous en êtes, mon cher vous el vos amis, et c'est pourquoi, de tout cœur, en vous renouvelant mes excuses el mes regrets, je vous adresse ici, l'expression
de ma très vive et très cordiale sympathie.
À. DE Mu.
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