‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 3)Chapitre 11 sur 97 · juin · texte numérisé non relu

juin

0 e e x { 0 F les imposantes manifestations où les catholiques américains affirment leur foi, en regrettant que chez nous, une sorte de pudeur, faite de respect et de timidité,

d'habitudes officielles et de prudence commandée, n’en offrit pas l’occasion au peuple de Paris.

Le charme est rompu. Partout où on le voudra, désormais, dans tous les quartiers populaires, des

Batignolles à Ménilmontant et de La Chapelle à Plai-

sance, partout où s'ouvrira une salle assez vaste, l’archevêque de Paris pourra s’avancer à travers une foule enthousiaste, salué d'unanimes acclamations et protégé contre toute tentative de trouble ou d’irrévérence, non seulement par la garde d'honneur des jeunes gens qui faisaient, à la salle Wagram, le service d'ordre avec unc souriante énergie, mais par l'attitude résolue de l'auditoire entier.

Car, il faut le noter très expressément, les six mille hommes de l’autre soir, ce n'étaient point des mondains, ce n'étaient même pas, en majorité, des prêtres

et des hommes d'œuvres. C’étaient des hommes de

travail, de travail intellectuel et de travail manuel, des étudiants, des employés, des ouvriers.

Lorsqu'à l'extrémité de l’étroit passage tracé dans les rangs pressés, émergeant de ce peuple debout, comme d’une troupe sous les armes surgit le drapeau, l'archevêque, en manteau violet, parut sur l’estrade accoutumée à d’autres fardeaux, la clameur redoubla, prolongée, vibrante : puis, dans une respectueuse attente, un silence se fit, très solennel, et la voix claire du prélat annonça la prière.

Alors, dans toute la salle, sur les fronts ‘et les poitrines, on vit, d’un seulmouvement, se dessiner lentement de larges signes de croix, non de ceux que.dissimule le respect humain ‘ou qu'embarrasse la toilette féminine, mais de ces grands gestes chrétiens qui parlent et qui confessent.

Aucune profession de foi ne saurait égaler ce signe de «croix simultané de six mille hommes.

Sous une autre forme,et non moins imposante, la erande affirmation chrétienne se renouvela quand la séance eul prit fin. Jean dLerolle, dans un discours d'une ferme et précise éloquence, avait résumé le programme social, désormais accepté par tous les ‘catholiques : etce fat, pour les vétérans, une joie intime et profonde, d'entendre, au nom de la Jeunesse, proclamer comme des formules définitives, les idées qui furent le champ de bataille de leur vie ; la foule avait acclamé, avec les conclusions du jeune orateur et sa belle parole, le nom de son père, cher au peuple de Paris. M. lesénateur de Las Cases, dans une harangue tour à tour mordante et enflammée, avait appelé les àmes au culte de la liberté. L'archevèque avait lu les résolutions du Gongrès diocésain et Le télégramme qu'il adressait au Pape au nom de l’assemblée. Ah! que M. Aristide Briand mn'’était-il dans quelque com de la salle ! ILaurait vu s'agiter les « lambeaux de l'Église », des milliers :de bras dressés, des coiffures jetés en l'air, des maïns frappant de frénétiques applaudissements, pendant que, des poitrines soulevées, le cri de « Vive Pie X ! » éclatait commerun tonnerre.

L'instant d’après, l'archevêque, ayant donné sa bénédiction, s’achemiänait vers la sortie, et, alors, spontanément, sans ordre et sans signal, tandis que la foule

se jetait sur ses pas, en un confus empressement, cinq mille voix entonnèrent un Credo magnifique, qui, sous les voûtes du portail, s'en vint, dans la nuit chaude et lumineuse, frapper d’une surprenante harmonie les oreilles des gardiens de la paix attentifs à ce tumulte pacifique, et des passants arrêtés par le flot imprévu de ce peuple criant sa for.

Felle fut la clôture du Congrès diocésaim de Paris, qui marqua, du même coup, ouverture d'un temps nouveau.

Il faut que les catholiques s’en rendent bien compte. S'ils doivent à leur archevêque une reconnaissance infinie pour le grand exemple qu'il à donné, en se confiant à l'enthousiasme populaire, en acceptant, avec une simple dignité, de paraître au milieu d’eux, dans une salle profane, pour recueillir la promesse de leur fidélité, cette reconnaissance ne peut pas, sous peine d’être illusoire, se borner à léclat d’une acclamation passagère. La soirée du 3 juin doit être une date dans Fhistoire du catholicisme français : ik faut qu'elle inaurcure le régime nouveaw, qui convient à l'état où nous à jetés la séparation.

Les temps de l’action discrète et silencieuse, gouvernée par les nécessités de la vie concordataire, domtnée par la crainte des difficultés légales et des entraves officielles, ces temps sont finis. L'activité catholique doit s'affirmer au grand jour, sans autre souci que l'union étroite et publiquement manifestée des fidèles avec leurs pasteurs.

La réunion de la salle Wagram n’a pas d’autre signi-

fication ; mais elle doit l'avoir tout entière et dans toute sa portée. Nous avons pris, ce soir-là, des engagements : nous avons acclamé des résolutions ; il faut les tenir.

Ce n’est pas le lieu de les étudier dans leur détail : j'en voudrais seulement dégager l’idée maîtresse. Elle se résume en une seule pensée, l’organisation paroissiale en vue de l’action religieuse et sociale.

Tout le Congrès diocésain a tendu vers cet objet qui, s’il était réalisé, transformerait l’état des catholiques dans la Ville de Paris, et, bientôt, car tout ce qui se fait à Paris a dans ce pays une immense répercussion, dans la France entière. C'est déjà l’honneur de Mgr Amette d’avoir entrepris cette œuvre immense : ce sera sa gloire de la mener à bonne fin. Pour l’accomplir, nous lui devons tous notre concours dévoué.

Il faut le dire, elle est à peine ébauchée. Si la clôture du Congrès diocésain fut une superbe manifestation de foi, une revue somptueuse, encore que partielle, des forces catholiques éparses dans la ville immense, le Congrès lui-même, insuffisamment connu du grand public, insuffisamment suivi par ceux mêmes qui en étaient informés, ne fut qu’une indication de ce qu'il peut, de ce qu'il doit être dans l’avenir.

Ce bel hôtel de Condé, que la générosité de M. Feron-Vrau a mis à la disposition de notre archevêque, offre, dès le seuil, un vestibule immense ; c’est la cour même de la maison, transformée par un plancher et une toiture vitrée en une salle de séances magnifique.

Elle peut contenir qninze cents personnes au moins. Est-ce trop demander au diocèse, à la ville de Paris, de la remplir pendant trois jours ?

Cette fois, les salles latérales ont suffi. J’émets le vœu que, l’année prochaiue, il n’en soit pas ainsi. Je n'ai point qualité pour m'adresser au clergé. Mais j'ose dire aux laïques qu'il y à là, pour eux, un devoir évident.

Est-ce que les hommes, est-ce que les œuvres nous manquent? Assurément non. |

On dit, on laisse dire un peu trop facilement que les catholiques ne font rien. Leur tendance à l’effacement, leur réserve extérieure, sans doute expliquées par un quart de siècle de persécutions perfides, par l'habitude des haineuses calomnies, par la crainte de compromettre, en les montrant, les œuvres édifiées dans l'obscurité des longs dévouements, les portent au silence. Ce n’est pas seulement le public, ce sont les catholiques eux-mêmes qui ignorent les merveilles enfantées par la foi dans ce Paris où se coudoient le luxe et la misère, le plaisir et le sacrifice.

IL y en a cependant dans tous les quartiers, presque à tous les pas. Depuis trente ans, la vie catholique a grandi, avec une intensité croissante dans le peuple parisien. Qui le sait? Le bruit des fêtes, les échos de la politique, de temps à autre ceux de quelque tumulte populaire, la contagieuse histoire du crime, le honteux étalage de la débauche, voilà tout ce qui remplit les journaux.

Mais les œuvres, mais l'effort admirable et constant du dévouement, qui en parle? qui en connaît le poème admirable ?

lo COMBATS D’'HIER ET D AUJOURD HUI

La presse catholique elle-même, absorbée par les nécessités de la tâche quotidienne, n’a pour en faire la permanente apologie, ni la place ni surtout les informations. Nous nous eachons à nous-mêmes les grandes choses qui sont faites par nos frères.

Les œuvres se spécialisent, vivent dans une sorte de parlicularisme inquiet. Leurs bulletins ne portent les récits de leurs travaux qu'à leurs adhérents. Dans chacun d'eux cependant quels trésors ignorés de la masse, et qu'il faudrait lui découvrir !

De temps à autre, c'est un adversaire qui s’en charge. Hier, le Journal officiel publiait le rapport annuei de M l'inspecteur général Edouard Petit sur lFéducation populaire. Le chapitre des patronages serait pour beaucoup une révélation. Il rend à Paetivité, à lFintelligence, aux suecès des catholiques, un hommage instructif dans son inquiète sincérité.

Ce n’est qu'un coin du voile soulevé. Je voudrais que les Congrès diocésains fissent apparaître à tous les veux le tableau tout entier. Quel intérêt auraient des séances remplies de cette revue annuelle ! quelle émulation alors éveillée dans les âmes ! quel profit apporterarent l'échange des idées et des observations, le récit des succès et l’aveu des échees !

Trois jours passés dans cette amosphère de vie, dans cette sorte de fièvre sociale, seraient pour les cœurs le plus puissant des réeonforts, pour l’apostolat la meilleure des écoles.

Et puisque l’enchaïnement naturel des idées m'a eonduit à le lire, c’est par là que je veux finir :

Il faut que les Congrès diocésains soient des écoles d'apostolat.

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