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les déclarations du gouvernement. Je me suis abstenu el c’est de quoi se plaint mon ami. « Comment, me dit cet excellent conservateur, l'esprit de parti vous emporte-t-il à ce point, que vous refusiez d'approuver un ministre, quand il frappe un instituteur coupable d'un langage odieux ? »
Il faut croire que beaucoup de mes collègues sont du même avis, puisqu'il n'y eut, du côté droit, qu'une dizaine d'abstentions.
Je dirai donc pourquoi, en ce qui me regarde, je n'ai pas approuvé M. Doumergue.
Dans cette séance de vendredi, M. Ferdinand Buisson. inévitable en un tel débat, fit entendre cette parole remarquable : « Si le corps tout entier des instituteurs est si malade, il y a deux hommes qui ont fait le mal : ces deux hommes, ce sont Jules Ferry et Waldeck-Rousseau. » On ne saurait résumer plus justement l’histoire d’un quart de siècle. Seulement, M. Buisson est trop modeste : il y en a un troisième et c'est lui-même. ; |
Le dévergondage moral où se ruent présentement les maîtres de l’école sans Dieu est bien, en effet, l’œuvre de ceux qui les ont recrutés, embrigadés, gonflés d’orgueil, en vue d’une besogne avouée, la destruction de l'éducation chrétienne et traditionnelle.
C’est pourquoi ce pauvre homme de la Drôme, coupable d’avoir traduit en un langage trop pittoresque les déclarations des pacifistes de marque, éveille en moi plus de pitié que de colère. Ce n’est pas contre lui que je me sens indigné, mais contre les vrais responsables qui, depuis vingt-cinq ans, travaillent à déformer l’âme française. Voilà le premier motif de mon abstention.
En er
I y en à un autre. À l'heure même où M. Doumergue exhalait à la tribune son émotion patriotique, il venait d'outrager les familles chrétiennes de ce pays, par une provocation bien autrement grave que les divagations du citoyen Roux-Costadau. |
Je crains un peu que les lecteurs du Gaulois, distraits en cette fin de saison par les joies de la grande quinzaine, n'aient pas suffisamment remarqué celte édi-
. fiante histoire.
L'année dernière, un instituteur de la Côte-d'Or, nommé Morizot, chargé d'enseigner la morale civique aux énfants de la commune de Viévigne, avait, en wuise de leçon, tenu devant ses élèves des propos abominables : « Les soldats français sont des voyous et
des lâches : ceux qui croient en Dieu sont des imbéciles ; le bon Dieu est un porte-monnaie bien
SAPNI... ) Un père de famille de la commune, M. Girodet,
ému du scandale, poursuivit linstituteur devant le
tribunal de Dijon, lequel, estimant que «de telles paroles ne sont que des appréciations de choses et d’idées qui rentrent dans Fenseignement de l’instituteur », rejeta l'affaire sur les juges professionnels. Mais le plaignant, citoyen résolu, appela de la sentence devant la cour d'appel de Dijon, qui donna tort aux premiers juges et, avec des considérants plus que sévères, déclara linstituteur justiciable des tribunaux ordinaires. Là-dessus, grande colère au camp maçonnique. M. Aulard fulmine : la Ligue de l'enseignement se mobilise ; son président, M. Dessoye, député, inter-
pelle. On a touché au fétiche pédagogique ! Que va faire le ministre devant un pareil sacrilège ?
M. Briand, chef de la magistrature, s’empressa de rassurer M. Dessoye, et, ne pouvant encore casser de sa propre autorité les arrêts de justice, imagina de porter l’affaire devant le tribunal des conflits, depuis le temps de Jules Ferry recours ordinaire des perséeuteurs contre les opprimés. |
O surprise ! Le tribunal des conflits, rempart de la puissance ministérielle, approuva la cour d’appel et donna raison aux pères de famille de Viévigne contre l’instituteur Morizot. |
Alors, ce fut un déchaînement : l'Action ouvre des rubriques : « On boycotte l’école ! Au secours de la laïque ! L'Église contre l'École ! », la Ligue de l’enseignement fait appel à ses 3.800 comités! Si un instituteur n'est plus libre d’outrager Dieu, la patrie et la morale, sans que les parents se fâchent et que la Justice, la justice administrative elle-même, les soutienne, il n’y a plus d'école possible.
XK X *
Vous pensez peut-être que le ministre de l'instruction
publique va rappeler ses amis à la pudeur, et flétrir l’instituteur de la Côte-d'Or, coupable d’avoir blasphémé Dieu et insulté l’armée.
Oh ! pas du tout. Non seulement M. Morizot reste en fonctions, déplacé seulement, et pour un poste meilleur, mais c’est une victime. Lui et tous ses pareils, M. le ministre les défendra : car ils sont « menacés par le curé, menacés par le seigneur », et il ne s'agit pas de les contraindre au respect de la religion et de