‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 3)Chapitre 22 sur 97 · juillet · texte numérisé non relu

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pe COMBATS D'HIER ET D'AUJOURD HUI

on n’a pu vérifier l'instruction ». Ils sont, dans la classe de 1905, 16.396 ! Combien, parmi ces non vérifiés, ne savent ni lire: niécrire? |

Le ministre de la guerre, au moment où M. Buisson terminait son travail, lui a donné communication du Compté rendu du recrutement pour 1907. Le nombre des jeunes soldals s’est abaissé à 313.787 au lieu de. 326,793, soit une perte de quatre pour cent ! Sur ce chiffre 11.062 ne savent ni lire, ni écrire, vingt-deux de plus qu'en 1906, et celui des « jeunes gens dont on n'a pu vérifier l'instruction » est encore de 16.017.

Notez que ce ne sont pas du tout les départements, si longtemps dénoncés comme les foyers de l’obscurantisme.clérical, qui fournissent ces édifiantes statistiques. M. Buisson, qui a toutes les cruautés, a dressé un tableau des quarante départements où l’augmentation du nombre des illettrés est la plus frappante. JV trouve précisément, en dehors de Paris, ceux qui ont pour chef-lieu les trois principales villes de France, Lyon, Bordeaux et Marseille. Les illettrés étaient. en 1909, dans le Rhône, 49 ; dans la Gironde, 175 ; dans les Bouches-du-Rhône, 181. En 1907, leur nombre s'élève, pour les mêmes départements, à 83, 223 et 707, soit une augmentation respective de 34, 50 et 570 : 970 à Marseille, la ville de M. Henri Brisson!... Zuze un péu !...

. Cela est déjà bien : maïs, que savent les autres, ceux qui, dans les tableaux, figurent comme sachant bre et écrire, ou ayant une instruction primaire plus développée, ou même ayant obtenu le brevet de l’enseignement primaire ?

Le lieutenant Roland, dans son livre sur l'Éducation. patriolique du Soldat, à donné la reproduction sténographique de l’interrogatoire d’un homme de sa compagnie, appartenant à la classe de 1905 et au recrutement de la Seine, un enfant de la Ville-Lumière. Ce Jeune soldat à été jusqu’à treize ans à l’école et il en est sorti avec le certificat d’études. C’est un lettré.

Mon confrère, Henry Houssaye, a déjà publié ailleurs les passages les plus frappants de cel examen : mes lécteurs ont pu en garder le souvenir. Je n’en indique que les traits saillants. L'’intéressant produit de l’école de M. Buisson croit que Bayard vivail sous Louis XIV, lequel «a monté des écoles », que l’amiral Courbet « a fait le combat naval sous le même Louis XIV », que

l’Alsace-Lorraine est « une grande ville à la France », qu'Austerlitz et Iéna sont des généraux : il ne sait pas ce que cest que Valmy, Hoche et Marceau; mais,'en revanche, il est très ferré sur les comiques des cafésconcerts parisiens, sur les coureurs des vélodromes, et il sait parfaitement que Théry est arrivé premier dans la Coupe Gordon-Bennet, sur voiture Richard-Brasier n° 5. Il n’ignore pas, il est vrai, que Victor Hugo est É. un grand poète, mais d’autres jeunes soldats interrogés ; ont répondu à l'officier que c'était « un ancien avocat » ë. ou « l'inventeur du vaccinage ».

à Le Heutenant Roland conclut avec un accent doulou- - reux : « Cinquante pour cent des jeunes Français qui arrivent au régiment ignorent que celle patrie qu'ils viennent, sans s'en douter, servir, que cette armée, dans laquelle ilsentrent, ont eu des siècles de gloire :

trente-six pour cent des Français de vingt ans ignorent que la France a été vaincue en 1870-71 : quarantedeux pour cent de ces mêmes hommes ignorent qu’à cette même date la France fut dépouillée de deux de ses provinces ».

Voilà l'instruction patriotique annoncée par Paul Bert en 1880, comme la grande victoire de l'esprit laïque ! Cela coûte plus de deux cents millions par an.

L'instruction civique, qui devait en être le complément, n'a pas mieux réussi. La Revue pédagogique à publié les résultats d’un examen des recrues, institué cette année pour les soldats d’un régiment d'infanterie «se recrutant à peu près exclusivement dans un département où l’école est très en honneur ». On a demandé à ces jeunes gens « quel est le gouvernement actuel de la France ». Sur soixante-deux, trente-huit ont su dire que c’est la république : vingt n’ont rien répondu du tout : quatre ont fait des réponses fantaisistes, dont l’un, qui est peut-être un pince-sans-rire, a déclaré que le gouvernement, c’est « tous les coups d’État assemblés ».

Le Temps, ayant lu le travail de M. Buisson, s’écrie qu'après vingt-cinq ans d'instruction obligatoire, un pareil résultat est « véritablement déconcertant ».

Mais non, ce n’est pas déconcertant du tout: cela devait infailliblement arriver. Tous ceux qui ont combattu, de 1880 à 1886, les lois sur l’enseignement laïque l’avaient annoncé, et je m honore d’avoir été du nombre.

Nous repoussions l'obligation parce que, combinée

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- avec la destruction de l'indépendance communale et la

laïcisation forcée, elle constituait la plus intolérable

__ des tyrannies, et nous la repoussions aussi parce que,

la pressentant inefficace, nous la savions, en outre, inutile. |

En 1889, répondant à Jules Ferry, qui, dans un

discours célèbre, s'était glorifié de son œuvre scolaire,

je lui montrais que, depuis quinze ans, la progression | de l'instruction était constante M. Buisson vient, dans les tableaux qu'il publie, d'établir la même chose, non plus pour une période dé quinze années, mais de 1829 à 1906 : la progression est à peu près constante jusqu'aux environs de 1900. L'obligation n’y a rien fait.

Cest trop peu dire : lorsqu’en 1880, Jules Ferry proposait la législation nouvelle, il déclarait que dix pour cent des enfants étaient illettrés et il flétrissait cette situation comme indigne d'un pays civilisé. B En 1889, les listes de recrutement faisaient apparaître une proportion de 11,70 pour cent d'illettrés.

À présent, où en sommes-nous ? Avec la catégorie des non vérifiés, on ne sait pas au juste : M. Briand, alors ministre de l'instruction publique, à dit l’année dernière trente pour cent !

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E Aujourd'hui, M. Buisson constate qu’il y a € un arrêt - marqué dans l'instruction». Mais il ne veut pas qu'on 2 appelle cela « sottement » la faillite de l’école. « Ce 4 n’est pas l’école, c’est la nature humaine qui se - dérobe », dit-il. Le mot est à retenir. L'école est bien s. là, en effet, l’instituteur aussi ; mais les élèves s’en # vont. À l'assemblée générale de la « Société d'Écono-

mie Sociale », M. Bertillon, directeur du service de la statistique municipale, a constaté que douze mille

écoles laïques comptaient moins de vingt élèves. La

nature humaine se dérobe.

Ainsi, on a décrété l'obligation de l’école laïque ! on a proscrit les maîtres congréganistes pour tuer la concurrence ! on a fermé vingt mille écoles libres ! et voilà le résultat. M. Ferdinand Buisson est, devant le pays, l'auteur responsable de cette colossale mystafication, et il nus trouve des sots, parce que nous appelons cela une faillite!

Mais il en dresse lui-même le bilan. Ge n’est pas seulement sur l’école qu'il se lamente, c'est sur le «lendemain de l’école ». « La seconde moitié et peutêtre la plus fructueuse de l’enseignement populaire nous échappe.» Comment? Mais, depuis vingt ans, on célèbre la beauté des cours du soir, le magnifique développement des cours d'adultes, et l’admirable dévouement des inslituteurs qui se consacrent à l'œuvre postscolaire ! Ça ne va done plus? plus d'élèves ? plus de dévouement ? La nature humaine se dérobe.

M. Lafferre, qui veille au salut de l'empire maçonnique, a vu le péril, et il vole au secours de M. Buisson. Dans son empressement, il oublie toute prudence :

« La concurrence de l’école cléricale, écrit-il, a disparu

sur bien des points. Bon gré mal gré, le père de famille est allé à l'institution d'État, faute de choix. » En cet aveu, dépouillé d'artifice, apparaît l'âme de ces bons apôtres, qui n’avaientsur les lèvres, en nous étranglant, que des paroles de liberté.

Or, cela n’a pas sufli : le patient se débat. M. Lafferre

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