IX. — LA NATURE SE DÉROBE
M. Ferdinand Buisson, qui fut pendant vingt ans directeur de l’enseignement primaire et le grand organisateur de l’école laïque, vient de faire une accablante découverte : « Tous les ans, écrit-il, quinze mille conscrits — et nous sommes au-dessous de la vérité — arrivent au régiment illettrés, ou peu s’en faut. » N’allez pas croire que ce soient des « réfractaires de l'école primaire ! » Non : « la plupart de ces quinze mille ont été inscrits à l’école ».
Ayant reconnu cette cruelle vérité, M. Buisson a
- voulu en avoir le cœur net. Il a creusé les statis-
tiques, et, sans pitié pour l’œuvre scolaire dont il fut l’infatigable artisan, il en étale publiquement les lamentables résultats.
« L'examen du Comple rendu du recrutement des dix dernières années révèle un fait que rien ne devait faire prévoir : un arrêt marqué dans les progrès de l'instruction. » Voici, dans leur brutale éloquence, les chiffres officiels : sur les 326.793 jeunes gens de la classe 1905, il y en avait 11.044 qui ne savaient ni lire,
ni écrire, et5.086 qui savaient lire seulement. Ne croyez
pas que ces 16.130 jeunes gens forment la totalité des illettrés. [Il y à dans les tableaux une certaine colonne dont le titre laisse rêveur : elle contient ceux « dont