‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 3)Chapitre 34 sur 97 · décembre · texte numérisé non relu

décembre

2. Depuis plusieurs mois la Croix du Calvados s'était séparée du groupement général des Croix. |

COMBAT NII 0.

Il ne faut pas davantage se lasser de leur répondre, sans espoir, il est vrai, de détruire une légende intéressée, mais pour qu'aux yeux du public les situations soient nettement établies.

Je ne remonterai pas bien loin le cours des années douloureuses. Je ne parlerai même pas de la proscription des religieux, des Frères et des Sœurs arrachés de leurs demeures, trainés dans la rue, jetés sur tous

les chemins de l'exil : je ne parlerai pas des quinze

mille écoles libres fermées, au mépris le plus formel de la loi qui, en laïcisant l’enseignement publie, garantissait du moins la liberté du nôtre. Le Temps me dirait peut-être que ce fut le juste châtiment de l’ardeur patriotique avec laquelle nous avions combattu les hommes qui couvraient d’outrages les chefs de l’armée, bouleversaient l’organisation lentement préparée par leurs mains, et jetaient entre les officiers et les soldats, avec des paroles impies, la méfiance et la haine.

La séparation fut le couronnement de cette campagne. Quelles furent donc les « manœuvres réactionnaires » qui « poussèrent à bout les républicains », jusqu'au point de les décider à voter l’apostasie officielle de la nation ? Il faut qu’on le dise.

Les Congrégations étaient dissoutes, dépouillées avec le cynisme que révèlent aujourd’hui les comptes de liquidation ; nos collèges étaient désorganisés, nos écoles fermées ; le budget des cultes n’était plus qu'un débris ; Dieu n’était plus nulle part, ni à l’école, ni au prétoire, ni au chevet des malades : il n’y avait plus qu'un pas, qu’un geste à faire afin d'accomplir jusqu'au bout le programme de déchristianisation, arrêté depuis trente ans par la Franc-Maçonnerie. Alors, oui, pour que ce pas püût être franchi, pour qu'on osât ce geste

suprême, il fallait une manœuvre, j'en conviens. Elle est venue : M. Ribot l’a appelée à la tribune « le mensonge historique », marquant d’une ineffaçable flétrissure ceux qui en avaient prétendu couvrir l’accomplissement de leurs desseins.

La manœuvre, la voilà! Voilà par quoi les républicains se sont laissé « pousser à bout », tremblant devant leur œuvre, mais n’osant s'affranchir de la servitude maçonnique. Sans doute, cela est malheureux : mais c’est notre faute ! Nous n'avions qu’à nous laisser proscrire et dépouiller sans nous plaindre. Maintenant que le mal est fait, que tout est détruit, comprendronsnous, au moins, qu'il ne nous reste qu'à nous asseoir sur les ruines avec résignation, pour y méditer sur nos péchés». |

Le Temps espère que « les catholiques avant tout » ne voudront plus « se compromettre avec les champions d’un prétendu catholicisme qui n’est que le masque d’un parti politique ». Quel masque et quel parti ? Quels champions et quel catholicisme ? Je demande qu’on précise, | |

J'ai quelque prétention à être un catholique avant tout : à cause de cela, j'ai donné l'exemple de la soumission à la Constitution ; je l’ai fait au prix d’un désintéressement assez haut pour que nul n'ait le droit d’en suspecter la sincérité. Bien d’autres ont fait comme moi : dans le clergé, parmi les laïques, beaucoup n'ont même pas connu l'effort de la soumission : ils étaient, ils sont encore loyalement acquis au régime républicain.

Comment, chez les amis du Temps, a-t-on accueilli ces adhésions et ces concours, ce désintéressement et cette loyauté ? On les a reçus avec des paroles de

dédain, de suspicion et de colère. À des hommes qui

s’'avançaient franchement, en confessant leur foi, en demandant pour elle le respect et la liberté, on a répondu, on répond encore, en dénonçant leur «prétendu catholicisme », en les accusant de porter « un masque ».

Qu'est-ce qu’on voulait et qu'est-ce qu’on espérait donc ? Ah ! ce n'’étaït pas seulement l’acceptation de la République ! ’était l'acceptation de ses œuvres, l’acceptation du divorce, de l’école athée, de l'hôpital sans Dieu, des proscriptions et des spoliations. Mais cela, jamais ! Il n’y a pas un catholique, quel qu’il soit, républicain, rallié ou monarchiste, qui consente à cette capitulation ! Il trahirait sa conscience et sa foi, et c’est alors qu’à bon droit on nous accuserait de cacher sous un masque les convictions de nos âmes.

On ne nous demande pas cela? Alors, quoi ?

Le Temps va nous le dire. Pour conclure son prêche, il nous exhorte, afin «de vivre en paix », à demeurer

à l'écart de nos luttes intérieures ». Le mot est admirable.

Si, par nos luttes intérieures, le Temps veut dire que nous ferons bien de ne pas trop nous mêler de l'affaire Steinheil, je consens volontiers à remettre à d’autres le soin d'en éclairer les édifiants mystères : et si même il insiste pour que nous laissions les radicaux. les unifiés se débattre entre eux, j'en suis d’avis.

Hors de là, qu'appelle-t-on nos luttes intérieures ? Est-ce du milliard des Congrégations qu'il ne faut pas nous occuper ? Ou peut-être des officiers de Eaon, frappés pour avoir été à la messe ? Ou encore du cercle catholique de Versailles, Re à la troupe comme les mauvais lieux ?

Nos Futtes intérieures ! Maïs qu'est-ce autre chose que

les persécutions que nous avons à subir ? Chaque jour en apporte la moisson douloureuse : un bien d'église vendu. à l’encan, un séminaire, un évêché, envahis par les spoliateurs, un curé chassé de son presbytère, un maitre d'école qui professe l’athéisme, qui décroche les eruecifix, qui arrache le catéchisme aux mains des enfants ! Les journaux en sont pleins : et il faudrait nous laire, nous, les catholiques avant tout !

Oui, on nous offre cette trahison ! À ce prix, les persécuteurs nous pardonneront. Par une « attitude réservée et conciliante », dit Le Temps, nous réussirons « à effacer bien des rancunes ». Ainsi le guillotiné par persuasion aurait quelque chance de calmer les rancunes du bourreau, lassé sans doute d’avoir pris tant de peine pour faire jouer le couperet.

Je n’aï point de goût pour cette résignation, et je le dirai tout franc, je ne souhaite ni pour moi ni pour mes frères la paix que le Temps veut bien nous offrir à ces conditions.

Il est bon d’être charitable :

Mais envers qui ? c’est là le point,

dit notre La Fontaine. Je ne me sens pas d'humeur à réchauffer le serpent : je sais trop bien qu'il aurait tôt fait de lever la tête.

Mais Le Temps, je le crois, se contenterait à moins : car il n’approuve pas les persécutions violentes. Il s’accommoderail mieux d’un régime de douce laïcité, avec un peu de bon Dieu, de crucifix et même.de catéchisme, dont on n'userait qu'à domicile. Si seulement nous voulions nous en remettre à lui ! Ne pourrions-nous, tout simplement, apporter nos voix à ses candidats, seuls capables de gouverner, et de doser, avec juste

mesure, la persécution qui convient à nos intérêts ? Voilà, je pense, le fond du grand souci qu'on montre de notre tranquillité, en voulant nous épargner le tracas des luttes intérieures.

Eh bien ! non ! cela non plus. Nous sommes citoyens : nous n’abdiquerons pas notre indépendance, et nous n’accepterons pas d’être traités en chevaux de renfort : nous avons des droits, et nous en userons pour défendre librement nos croyances, pour nous faire respecter, pour obliger les pouvoirs publics à compter avec nous. Il faut accepter cette situation. On peut nous combattre, on peut nous vaincre, on ne peut pas nous mettre « à l’écart ».

Ceci dit, pour que les positions soient bien nettes, je n'importunerai pas le Temps davantage avec les souvenirs du passé. Si j'en ai parlé aujourd’hui, c'est qu'il m'y conviait en racontant à sa façon l’histoire de la séparation. Îl fallait remettre les choses au point. C'est fait. |

Mais nous avons d’autres soucis. Placés, par la violence de nos ennemis, dans une situation nouvelle, nous ne songeons qu'à en tirer, à force de travail, de

dévouement et d'union, tout le bien possible pour le

service de l'Église et Le salut de la France.

Nous ne renoncerons jamais à l'espoir de renouer entre elles les liens séculaires, rompus par la folie de ceux qui nous gouvernent : nous savons trop bien que cette union conclue par la tradition est, pour notre pays, une condition fondamentale de sa grandeur. Le Temps veut bien nous offrir un régime de séparation analogue à celui du Brésil ei des États-Unis. Ce n’est pas à nous qu'il faut, là-dessus, donner des conseils, c'est à ses amis. Qu'il leur persuade d’entourer la reli-

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sion de respect, de lui donner la pleine liberté de son enseignement, de ses œuvres et de son action, de recevoir avec honneur les envoyés du Saint-Siège et de lui députer des ambassadeurs, de traiter enfin les catholiques, comme 1l le dit, «dans un esprit de tolérance et d'amitié », nous nous en réjouirons grandement. Cela ne dépend pas de nous.

Nous, les enfants de « l’éternelle recommenceuse », comme Paul Bert appelait l’Église, nous avons à rendre au peuple la vie chrétienne que les lois ont détruite, à remettre entre ses mains le crucifix que d’autres lui ont arraché, à lui rapprendre ses devoirs envers Dieu qu'ils ont effacés de son cœur, à lui faire aimer la religion qu'ils lui ont appris à détester.

C’est une lourde tâche : elle suffit à absorber nos forces.

En la remplissant, nous servirons notre pays ; car, mieux peut-être que n’y réussit le Temps par ses vaines doléances, nous préserverons le peuple des colères sauvages auxquelles Le convient ceux qui lui promettent la terre et lui cachent le ciel. Ainsi serons-nous vrai- ment, comme le souhaite l'honorable prédicateur, pacifiques et sages.

Ÿ. = IMPIÉTÉ D'ÉTAT t

Pendant les vacances de la Chambre, un fait s’est produit, qui à passé presque inaperçu, au milieu des tragiques nouvelles venues des villes mortes d'Italie. On a annoncé que M. Ballande, député de Bordeaux, le porterait à la tribune : il fera très bien, car c’est, comme on va voir, une illustration excellente pour l'histoire de la séparation de l’Église et de l'État.

Le 23 décembre dernier avaient leu, à Bordeaux, les funérailles du cardinal Lecot, mort subitement à Chambéry, à son retour de Rome. Un cortège d'hommes considérable se préparait à accompagner le convoi funèbre. Les « autorités », comme on dit en ce temps d'irresponsabilité collective, sous prétexte de maintenir l’ordre, que nul ne songeait à troubler, mobilisèrent

toutes les forces de police et de gendarmerie, et réqui- .

silionnèrent la garnison. On fit barrer les rues. L'une, surtout, excitait l'inquiétude, la rue Vital Carles, où est l’'archevêché, devenu le palais préfectoral. Est-ce que le mort, chassé de sa maison, n'allait pas la maudire en passant? La rue fut interdite : des agents de la Süreté en occupèrent les trottoirs : un juge et deux substituts s'élablirent devant le palais. Jusque-là, ce n’était que le ridicule émoi des consciences troublées. Voici lodieux.

Pour que ces troupes de cavalerie et d'infanterie qui

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