‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 3)Chapitre 35 sur 97 · janvier · texte numérisé non relu

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Jjalonnaïent sa route, n’eussent pas l’air de rendre les

honneurs au cercueil du cardinal, elles furent placées le

dos tourné au cortège, les chevaux des cavaliers mon-

lrant la croupe de son côté. Assurément nous sommes habitués aux attitudes outrageantes des représentants du pouvoir, envers les ministres et les cérémonies du culte catholique. À Toulon, aux funérailles des victimes de l’Zéna, on à vu le président de la république et les ministres s'évader, au moment où l’évêque de Fré- Jus s’avançait pour donner l’absoute. Maïs je ne pense pas que jamais encore l’inconvenance, pour m'exprimer en termes parlementaires, soit allée aussi loin.

IF y à un article 277 du règlement sur le service des places, qui prescrit que lorsqu'une troupe se trouve en présence d’un convoi funèbre, elle doit « porter les armes », ou du moins, d’après le nouveau et absurde rèolement sur les honneurs, « mettre larme sur l'épaule ».

C'est le salut des soldats en corps, témoignage de respect envers la mort, comme celui que nous donnons en nous découvrant dans la rue, piétons ou cochers de fiacres, au passage d’un corbillard, sans savoir qui il porte, ami, ennemi, coréligionnaire ou non. Ce banal hommage, les gens investis à Bordeaux du droit de réquisitionner les troupes décidèrent tranquillement qu’elles feraient au cercueil qui allait passer devant elles l’affront de le refuser, parce que c'était celui d’un archevêque français, d’un cardinal de l’Église romaine ! Et pour empêcher que d’un geste instinctif ces braves

gens ne fissent le mouvement réglementaire, ils eurent

celte idée monstrueuse : les obliger à tourner de son

côté la croupe de leurs chevaux ! Cela n’a de nom dans aucune langue, # Imagine-t-on ce qu'ont pu se dire, en prenant cette posture, les petits soldats sortis hier du village où ils saluent proprement la bière qu'on porte en terre, ce qui a pu se passer dans le cœur des officiers, je dis

même de ceux qui ne sont pas chrétiens, condamnés à

exécuter un ordre pareil ?

C'était déjà bien fort de leur avoir interdit de se Joindre en uniforme au cortège funèbre. Les journaux de Bordeaux ont publié un ordre de la place leur signiliant cette injonction arbitraire. On dit qu’à cette communication officielle, une autre était jointe, transmise confidentiellement, et prescrivant aux officiers du service d'ordre, de faire quitter le cortège immédiatement à ceux de leurs camarades qu’ils y verraient en uniforme. |

Au nom de quel règlement? Tous les jours, à l’enter-

rement d’un ami, d’un parent, on voit des officiers en tenue : c’est l'usage, c’est la convenance. On n’imagine pas un officier qui se mettrait en pékin pour mener le deuil de son père. Alors, de quel droit cette interdiction de l’uniforme, pour les obsèques d’un archevêque ?

Et si le cardinal Lecot avait, ce que j'ignore, un parent

militaire, est-ce qu’on l’aurait empêché de marcher en tenue derrière le corbillard ?

L'outrage, pour être moins grossier que celui dont la

disposition des troupes offrait le scandale, n’en est pas moins évident. Tout simplement, le convoi du cardinal-archevêque de Bordeaux a été traité comme le pourrait être quelque ignoble défilé, à la sortie d’un mauvais lieu.

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