‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 3)Chapitre 52 sur 97 · LE DL · texte numérisé non relu

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COMBATS D'HIER ET D'AUJOURD HUI Dre:

incultes, le long des sentiers à peine tracés el coupés

par des gués dangereux ; et, arrivant à Sidi-bel-Abbès, que nous avons connue, nous autres vieux Africains.

, presque un campement militaire, ils auraient la sur-

prise d'apprendre que cette ville de 26.400 habitants fut créée de toutes pièces par ces Français qu’on déclare impropres à coloniser, si bien qu’un délégué des

États-Unis à pu dire, en la visitant : « Nous créons

peut-être aussi rapidement, mais à coup sûr pas aussi complètement. »

Le livre du général Donop abonde en informations exactes, en statistiques lumineuses, en observations décisives : il célèbre les succès, il glorifie Les efforts, et en même temps, d'un trait sûr et juste il signale les périls, d’un mot discret il découvre les plaies saignantes ; l’une surtout qui mettra des larmes aux yeux des vieux soldats, celle que creusa dans notre armée

africaine l'application funeste de la loi de deux ans!

L'année dernière, consullé sur le nombre d'hommes dont il pourrait disposer, le colonel du 3° chasseurs d'Afrique, mon cher, mon beau régiment, répondit qu'après le renvoi de la classe 1904, il ne pourrait donner que deux pelotons de vingt-quatre cavaliers ! Mais, à travers ces études techniques, tour à tour économiques et militaires, le voyage marche d'une allure toujours vivante, et ce n’est pas un voyage quelconque, c’est le pèlerinage d’un soldat. Toute l’histoire des combats d'Afrique, de ceux d'autrefois, au temps de la grande guerre, et de ceux aussi dont notre génération connut les acteurs et les témoins, se déroule

dans ces pages vivantes, animées comme un récit de bivouac. £

Je l'avoue, quel que soit l'intérêt du livre tout entier, c'est par là qu'il m'a ravi. J’ai trouvé, en suivant mon vieux fourrier, quelque chose de cette émotion qui jadis poignait nos cœurs quand tout à coup, sur un sentier d'Algérie, l’escadron faisait halte et front devant un amas dé pierres, pendant que les cavaliers, au commandement bref du capitaine, tiraient et présentaient le sabre : là, quinze où vingt ans plus tôt, un combat héroïque s'était livré, dont ces pierres marquaient la place: et, tandis que les plus vieux restaient impassibles, la pipe aux dents, saluant Île souvenir funèbre comme l’image de leur destin, nous, les jeunes, nous étions pénétrés jusqu'aux moelles par cette muette leçon d'esprit militaire. Ge n'était qu'un moment ; la voix du capitaine rompait vite Le silence : « Remettez le sabre et en route ! » Et alors on reparlait avec une chanson de marche, au refrain joyeux :

Chassez les cercles du tonneau, Maillet sonore, Pour cnfermer Ie vin nouveau...

J'ai revécu toute cette belle vie africaine dans son cadre ancien, avec les expéditions presque constantes, les alertes, les combats soudains, les longues routes de la Kabylie et du désert, et les soirs de bivouac où, devant la tente de la popote, en face de la plaine sans fin, endormie sous un voile rose, ou des montagnes violettes estompées sur l'horizon transparent, les anciens racontaient la légende du régiment, que les chiens des douars voisins accompagnaient, au loin, de leurs rauques aboiements.

COMBATS D HIER ET D AUJOURD HUI 173 Doudp m'a rendu lillusion des jours passés, et de celle joie Je lui sais un gré infini.

Ah! je sais bien, tout cela c'est Le vieux jeu ! ce sont les radotages des vieux soldats ! On va maintenant en chemin de fer à Biskra, sans s'arrêter dans l’émerveillement du col de Sfà; on ira demain à Tugeurt, sans s'asseoir sous les palmiers de Tamerna, et les beaux messieurs, et les belles madames, qui promènent leur désæuvrement au bord du désert comme sur la Côte d'Azur, sont aussi blasés sur la danse des Ouled-Naïl que sur la musique des Tziganes. Pourtant, ce vieux jeu a fait l'Algérie ; ces vieux soldats ont donné à la patrie ce prolongement d'elle-même! Cela vaut qu'on les écoute un peu. R

Quand ïls rentraient à Constantine, et que, le dimanche, sur Ia place du Palais. ils attendaient l'heure où les boules hissées au grand mât, au-dessus de l’église, signalaient l’arrivée à Stora du paquebot chargé du courrier, leur cœur partait pour France ! On disait France comme si c'était une personne vivante, et ces trois mots « partir pour France » éveillaient tout un monde de pensées. C'était pour elle qu'on vivait cette vie de fatigues et de périls, et dans celte terre algérienne, durement conquise, c'était elle qu’on aimait. ;

Aujourd'hui des inquiétudes hantent les survivants de ces temps lointains. « Derrière le rideau enchanteur se cache un sombre avenir. »

Le général Donop le dit, et il montre, sur tout Île territoire algérien, en Oranie plus encore que dans les

autres provinces, celte race qui se forme, composée d’Espagnols, d’Italiens, de Maltais, de Juifs et de Mauresques, «dont la caractéristique, qui ira toujours en grandissant, est d’être cosmopolite, etalors indifférente à l’idée de patrie telle que nous la concevons », race nouvelle, toute de croisements, et que les influences étrangères travaillent obscurément à détacher d’un pays « qui lui a donné le moyen de naître, mais qui a négligé de l’alimenter et de la vivifier de son sang | »

Que les Français de France y songent ! S'ils veulent conserver l'Algérie, il faut qu'ils se décident à la connaître, à l’aimer!, et à porter sur son sol riche et fécond leurs ressources et leur activité. C’est la haute leçon qui se dégage du livre d’un soldat.

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