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avec le point d'appui de cette frontière, qui est toute la raison de notre intervention dans l'affaire marocaine.
Comme au temps de Bugeaud, plus sûrement peulêtre, à cause des àâpres convoitises qui guettent nos défaillances, si nous cessions un moment de défendre nos droits, notre prestige et notre sécurité en face du Maghreb marocain, nous nous exposerions à perdre l'Algérie.
Perdre l'Algérie ! Encore qu’une pareille perspective semble monstrueuse, je doute que, chez nous, tout le monde en mesure la portée.
Si près de nous, visitée chaque hiver par tant de touristes et de malades, l'Algérie pour beaucoup de Français est inconnue ; elle leur paraît encore une terre lointaine et ingrate, un champ d’expériences coûteuses, qui ne mérite ni leur confiance ni leur effort.
En même temps qu'ils ignorent ou qu'ils oublient les hauts faits dont leurs pères ont semé ses rivages, ses montagnes et ses plaines, et qui en font poureux un sol sacré, ils ne savent rien des développements inouïs qui, depuis trente ans, l’ont transformée, ni de sa puissance économique sans cesse grandissante. L’Algérie, c’est encore l'Afrique : il semble que ce ne soit pas un morceau de la chair nationale, et qu’on puisse l'en arracher sans la faire frémir et saigner tout entière.
C'est pourquoi tant de gens, insoucieux de ce qui touche à la France d'outre-mer, s’en vont répétant : Qu'allons-nous faire au Maroc ?
Ces pensées m'élaient, hier, suggérées tandis que je lisais, avec un intérêt, à chaque page plus avide, les Lettres sur l'Algérie que vient de publier le général Donop.
Donop! quelle évocation de souvenirs ! Toute la
promotion du Céleste Empire à connu parmi ses
anciens le brillant cavalier, plein d’esprit et d’entrain, aussi fort en « corps de pompe » qu’en instruction militaire, que nous appelions le fourrier Donop. Trois ans après, entre deux combats, je croisais sa roule un moment, à la porte du désert, pendant cette grande insurrection de 186%, qui bouleversait Ia province d'Oran, Ia moitié de celle d'Alger et tout le sud de celle de Constantine, Puis ce fut le camp de Châlons de 1869, celui de Bourbaki, le dernier camp de l’armée impériale, où, à la veille des grands deuils, elle éblouit nos regards de son éclat aveuglant, comme le dernier rayon du soleil mourant.
Trente-deux années plus tard, je le retrouvais toujours jeune et brillant, dans la plaine de Bétheny, défilant devant le Tsar, en tête de toute la cavalerie. |
Et maintenant, incapable d’inaction, dans le loisir que lui fait le cadre de réserve, il est allé de nouveau parcourir celte Algérie où son père, intendant militaire d'Alger, l'emmenait, à quinze ans, pour occuper ses vacances, voir en 1896 Yusuf enlever la zaouia de Mohammed ben Abd-el-Rhaman.
C'est ce voyage que raconte son livre. Tous les Français devraient le lire, les ministres et les députés d’abord, qui y apprendraient, sur le péril dont menace
la colonie l'application de leurs lois sectaires, des choses qu'ils ignorentsans doute, puis les commerçants, les cultivateurs, les industriels qui, je l’espère, y trouveraicnt une raison de ne pas abandonner aux étrangers cette terre riche et féconde.
Les uns, s'ils le méditaient un moment, reculeraient peut-être devant les dangers préparés à l'Algérie par la loi de séparation, qui va, en présence de cinq millions d’Arabes respectueux de leur Dieu, destituer leurs vainqueurs du prestige le plus nécessaire, en les dépouillant de toute apparence religieuse, et qui irritera les musulmans par la violation des engagements contractés après la conquête, lorsque les biens d'Église, les biens Chabbous », furent confisqués, tandis que les catholiques espagnols, italiens, maltais, toujours plus. nombreux, ne trouvant plus dans l’organisation française de leur culte les moyens de satisfaire leurs besoins religieux, appelleront, pour prendre la place de notre clergé, des prêtres de leur nation !
Les autres découvriraient, je crois, avec quelque surprise, que le port d'Alger, par son mouvement commercial, vient immédiatement après celui de Marseille, Oran après Le Havre, Bône après Saint- Nazaire ; 1ls liraient, dans les derniers comptes rendus, publiés par la direction des douanes, que le commerce général de l'Algérie a atteint, en 1907, 820 millions, c’est-à-dire 92 de plus que dans l’année antérieure la plus favorisée ; ils suivraient, non sans étonnement, la voie d'Alger à Oran, bordée de champs richement cultivés, de villages. propres et coquets, reliés entre eux par une route belle et large qui franchit les cours d’eau sur des ponts légers, 1à même où il y a trente ans de pauvres gourbis paraissaient dans des plaines
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