‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 3)Chapitre 61 sur 97 · d décembre · texte numérisé non relu

d décembre

L'ATeS

litarisme, d’antipatriotisme n’ôént eu aucune prise sur notre armée. » En est-il bien sûr? Comment ces campagnes que rien n'arrête ni ne réprime, ces discours impunis, ces manuels du soldat, ces appels à la désertion, librement répandus, comment resleraient ils sans effet sur cette foule de jeunes hommes qui, la veille, les entendaient applaudir dans les réu-

nions ouvrières ?

J'ai parlé ici, il y a quinze jours, du congrès de Marseille, et j'ai écrit que la motion antipatriotique du comité confédéral avait été repoussée. Hélas! je suis obligé de me rectifier moi-même. La motion a été votée, et elle se terminait par ces mots: « Le congrès préconise, en cas de guerre, la grève générale révolutionnaire, car les travailleurs n'ont pas de patrie. »

S'imagine-ton que ces idées, martelées dans la tête des ouvriers par une incessante propagande, commentées au nom de l’étroite solidarité de tous les prolétaires, vont s'évanouir en fumée dès que ces hommes seront entrés dans les rangs, dès qu'ils porteront, comme dit le comité confédéral, la livrée militaire ? L'illusion est affreusement dangereuse. On pourrait concevoir cette sorte de dédoublement du citoyen et du soldat si l’armée formait comme autre-

fois, par le service de longue durée, un corps spécial dans la nation. Il n’en est plus ainsi. L'armée est

l’image de la nation. Pour que l’une soit moralement intacte, il faut que l’autre le soit d’abord.

Tant que cette vérité ne saisira pas tous les esprits, notre réveil ne sera qu'un réveil verbal, et les gestes de fierté, qu'en face d’une sommation par trop insolente, fera jaillir le vieil instinct de la race, ne seront.

que des mouvements réflexes, sans profondeur et sans durée.

M. Francis de Pressensé à fait, à propos des affaires étrangères, un discours qu'il faut méditer. Le ministre lui a opposé une dédaigneuse fierté ; M. Ribot l’a flétri d’une éloquente et haute riposte ; la Chambre en à désavoué l’audacieuse impiété. Mais M. Edouard Vaillant, quand il eut fini, s’écria : « Vous avez tout le parti socialiste avec vous », et nul n'a protesté. Cette attitude de tout un parti qui exerce sur la politique du pays une influence dominante, et la motion de Marseille votée par les représentants autorisés des travailleurs, voilà ce qui domine les harangues officielles.

Je crains que, sous le blasphème des mots, il n'y ait. dans le discours de M. de Pressensé, de cruelles vérités. IL a dit que le prolétariat conscient et organisé était foncièrement antimilitariste. C’est une parole qui fait trembler. Je veux qu'elle soit injuste : je le crois, et la crise salutaire que nous avons traversée fortifie cette confiance.

Mais quoi ? qu'est-ce, au fond, que l'antimilitarisme ? C’est l'horreur de la guerre, expression suprême des grands espoirs et des justes ressentiments. Si ces espoirs ne font plus vibrer les cœurs, si ces ressentiments ne soulèvent plus les âmes, qui est responsable de cette résignation, prélude de l’irréparable décadence ?

M. de Pressensé, expliquant pourquoi son parli aspire à réconcilier la France avec la patrie de Kant et de Karl Marx, a dit : « Nous ne croyons pas que Iles revanches de la force obtiennent les réparations

du droit. » Ce sophisme a rempli trente années de notre histoire. Il a étiolé la nation, en l’étouffant sous le poids de sa défaite invengée. |

M. de Pressensé à rappelé durement à ceux qui l'écoutaient cette histoire d'hier, la revanche, «idée caressée, chérie par la population française, et que. Jamais, n'ont voulue les gouvernements ». Hélas ! les souvenirs montaient au cœur, tandis qu'il parlait : la fameuse parole de Gambetta, ordonnant d’enfermer dans le silence un deuil éternel, et peu à peu, au lieu de la muette fidélité qu'il espérait, l'oubli du cœur naissant de l'oubli des mots. J'ai sous les Yeux, pendant que J'écris, le dernier. livre de M"° Juliette Adam, comme les précédents, palpitant d'intérêt et d'émotion dans sa courageuse sincérité. Le titre du livre est à lui seul une leçon d'histoire : Nos amiliés politiques avant l'abandon de la revanche.

L'abandon de la revanche! Oui, voilà le mal qui, pareil à un virus mortel, s’est lentement glissé dans nos veines, énervant les âmes, déprimant les volontés. et révélant enfin par la plaie de l’antimilitarisme ses ravages secrets.

M. Ribot, dans sa réplique vengeresse à M. de Pressensé, à dit : « Je pourrais lui demander pourquoi, en 190, nous étions moins prêts qu'aujourd'hui? »

Oui, il faut le demander, en effet, et il faut le dire, non pas seulement à M. de Pressensé, mais à quelques autres. Sept années s'élaient écoulées, pendant lesquelles tous les ressorts de l'esprit militaire avaient été volontairement brisés dans notre pays, tandis qu’une

politique impie déchirait les âmes et livrait la nation à la plus meurtrière des discordes. Voilà où nous en élions en 1909. Et maintenant ? Sommes-nous, décidément, pour toujours, sortis de ce cauchemar? La question se pose devant nous, brülante, impérieuse.

Nous avons traversé dignement une heure périlleuse. D'un bout à l'autre du pays, devant la provocation germanique, 1l y eut comme un sursaut d'honneur. Mais le péril n’est pas passé: nul n’en doute; il n'est qu'annoncé. L'Europe est secouée par des événements redoutables. Des accords, des conventions. des traités nous fient, qui ne nous laissent pas la liberté de l'indifférence. If faut nous préparer.

À dessein, je ne parle pas ici de la préparation mililire. J’y reviendrai. Ce n'est qu'une face de la queslion. Voici l’autre, la plus importante. Voulons-nous, résolument, unir dans l’amour de la patrie les âmes françaises, ou bien allons-nous laisser l'esprit sectaire continuer son œuvre néfaste de haine et de division ? Le général Peigné dénonce les patronages catholiques parce qu'ils forment des gradés chrétiens. L’écouteraton? A Versailles, on consigne à la troupe le cercle catholique militaire, en même temps, dans la même phrase, que les bouges malfamés. Est-ce là ce qu’on appelle la forte organisation morale de l’armée ?

Tout le monde à lu l'incroyable histoire, sur laquelle il faudra bien qu'on s'explique, de ces officiers de Laon, frappés pour avoir assisté à une cérémonie catholique. Est-ce que la persécution pour crime de religion va recommencer ?

“ COMBATS D HIER ET D'AUJOURD'HUI 5000 La propagande antimilitariste, assure M. Gervais, ne pénètre pas dans l’armée. Mais elle sévit dans l’école, pépinière de soldats. Allons-nous en finir avec les odieuses déclamations des maîtres sans patrie, ou subirons-nous les lois préparées pour les couvrir et les défendre contre la colère des familles ?

Avant de croire à l’optimisme de tribune, j'ai besoin «qu'on réponde à ces questions.

M. de Pressensé a terminé son discours en disant que le prolétariat ne veut plus du patriotisme professionnel. Le mot veut être outrageant! Je l'ac-. cepte, quant à moi, comme un titre d'honneur. Oui, il faut faire profession de patriotisme. Profession, dit Littré, expression publique d’un sentiment habituel. Ainsi le patriotisme jaillit du cœur comme le sang des veines, et s'échappe des lèvres en cris spontanés. Je demande qu’on réveille dans l'âme populaire ce patriolisme professionnel. C'est celui qui jette sur les pas du régiment l’escorte de la jeunesse, qui, devant le drapeau, mel une larme aux yeux et découvre les fronts : c'est celui dont le souffle, l’autre Jour, courait dans la salle du Gymnase, quand Marcel Habert parlait du soldat-poète, que je voudrais, demain, appeler mon confrère, et quand sonnait, comme un appel de clairon, la chanson du brave, héroïque et joyeuse :

En avant ! tant pis pour qui tombe !

La mort n’est rien, vive la tombe !

Quand le pays en sort vivant !

En avant !

COMRATS CINE, 1/.

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