IV. — LE SERMON DE LA PROVIDENCE
remercie infiniment les auteurs, qui la plupart me de 5 sont inconnus. Quelques-uns, il est vrai, m'adressent des critiques assez vives : c’est à eux que j'essaierai de répondre aujourd'hui. Comparant l'état de la société moderne à cette fin du xvin° siècle qui vit périr celle de l’ancien régime, je disais que la bourgeoisie, comme = la noblesse d'alors, était incapable de se défendre contre - la révolution grandissante, parce qu'elle porte en elle, dans ses doctrines et dans ses œuvres, le germe même de cette révolution qui la dévore. Et mes correspon- dants, émus, presque irrités, m'écrivent : « Pourquoi : cet anathème? Vous parlez comme les socialistes ! » D. = Expliquons-nous donc, très loyalement, ‘ Est-il vrai que l'oligarchie qui, depuis plus d'un
quart de siècle, s’est attribué tous les privilèges, toutes Het les jouissances, tous les bénéfices du pouvoir, s’est Lee servie de celte puissance usurpée pour démoraliser Le . peuple, en Fhabituant, par son propre exemple, à | ” détourner de toutes les préoccupations idéales sa pensée, ve rabaissée vers l'unique souci des profits matériels, afin
1, 7 septembre 1908.
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COMBATSS ER TIERE—N 21.
d'établir sur une clientèle de satisfaits la perpétuité de son règne ?
Est-il vrai que, systématiquement, et par calcul d'ambition, inféodée à la franc-maçonnerie, dominée par les étroites conceptions des sectaires, elle a détruit sur notre vieux sol chrétien toute vie religieuse, n’en laissant subsister, malgré elle, que les restes disputés à ses lois, dans une lutte sans trêve, par le courage et Je dévouement des catholiques ? à
Est-il vrai qu'elle a courbé sous la tyrannie de sa politique le front de la justice, et qu'enfin, par une aberration qui suffirait à la condamner devant l’histoire, elle a désorganisé l’armée de la France. pour la livrer aux haïines et aux colères de ceux qui rêvent de l’anéantir ? Quel homme de bonne foi pourrait à ces questions répondre négativement ?
Si encore cette bourgeoisie avait gouverné pour le peuple, source de son pouvoir ? Mais appuyée sur la force financière, soutenue par elle, mêlée à ses affaires, intéressée à ses profits, elle s'estenfermée dans l’égoïsme, ne consentant à jeter aux déshérités quelques lois sociales rares et imparfaites, que pour les fausser aussitôt par son esprit bureaucratiqne et jacobin, jusqu'au point d'en faire une menace permanente de ruine pour l'État.
Voilà le bilan des hommes qui, depuis trente ans, administrent et gouvernent la France. L'heure du chàtiment semble venue pour eux. Qui pourrait s’en plaindre ? :
Est-ce donc, me dit-on, que vous leur préférez les hommes de la Confédération générale du travail? Làdessus, il faut encore s'expliquer.
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Nul, j'imagine, ne m'accusera d’être partisan de la guerre aux patrons, des violences contre les gendarmes et les soldats, des attaques contre les propriétés. Les hommes qui poussent les ouvriers à ces excès sont des criminels : cela est entendu. La question n’est pas là. YŸ a-t-il, dans l’entreprise révolutionnaire de la Confédération, l'effet d’une juste revendication sociale, voilà le fond du débat. Joseph de Maïstre dit : « Dans toutes les séditions, dans toutes les insurrections, dans toules les révolutions, le, peuple commence toujours par avoir raison et finit toujours par avoir tort. » C’est l'histoire de celle qui se prépare. Le peuple a tort dans ses violences, il à raison dans sa revendication professionnelle. Or, pour beaucoup de très honnêtes'gens, il s'agit surtout, en détruisant la Confédération générale du travail, d'atteindre du même coup le syndicalisme d’où elle est issue. L'individualisme vaincu retrouve ainsi, dans l’effroi de la révolution sociale, un espoir de revanche. Ici, nous ne sommes plus d'accord.
Ce que je reproche à la Confédération, ce n’est pas d’avoir soutenu l’idée syndicale, ou, pour mieux parler, l’idée professionnelle, c’est de l’avoir dénaturée en la faussant, de la déshonorer en la compromettant dans la révolution.
M. Pataud a dit à M. de Metz, chef du cabinet de M. de Selves, à propos de la révocation d’un employé municipal, une parole qui découvre toute une mentalité : « Lorsqu'un travailleur est atteint, toute la collectivité a le droit d'intervenir. »
Quelle collectivité ? IL y à, ou plutôt il devrait exister
non d'ouvriers, mais de travailleurs, comprenant Îles patrons et les ouvriers du métier ; c’est le corps pro-
patronale, l’organisation de classe est Ia forme la
constitutionnellement dans le pays, des collectivités,
fessionnel. Cette collectivité-là, oui, elle aurait le droit. d'intervenir au nom de ses membres. pour les défendre contre les abus de la force et du pouvoir.
Maïs ce n’est pas à cette organisation que travaille la Confédération générale. La collectivité ouvrière qu'elle tend à former n’est qu’une agglomération plus ou moins compacte : elle veut grouper des individus bien plutôt qu'unir des professions.
Sa prétention est de représenter la classe ouvrière, et ce n’est qu'une prétention, puisqu'elle n'en réunit, sous sa direction, qu’une très faible partie.
Mais cette préten tion, par elle-même, est antisociale. Qu'il s'agisse de la elasse ouvrière ou de la classe
plus dangereuse de lindividualisme : la seule concepion de ces deux classes opposées dans un conflit perpétuel est une monstruosité. C’est l'état de guerre en permanence. Voilà par où l'œuvre de la Confédération génér«le est une œuvre néfaste.
De fait, elle ne s’en cache pas : elle veut la guerre, parce qu'elle veut la destruction du patronat. Sa formule sociale ne va pas au delà de ce programme enfantin, eomme si la transformation du patronat et du salariat modernes, à supposer qu'elle doive se produire, pouvait s'accomplir par un coup de force, au lieu d’être le résultat progressif du lent travail des idées et des mŒUTS.