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Combats d'hier et d'aujourd'hui

Les élections législatives de 1903 donnèrent au parti radical une forte majorité. Aussitôt les Chambres réunies. la démission du ministère Waldeck-Rousseau fut officiellement annoncée (3 juin). Le 7 juin, M. Combes prenait le pouvoir, avec la mission hautement avouée de poursuivre la guerre contre les congrégations : sans tarder, il se mit à l'œuvre.

Le 27 juin, un décret édictait la fermeture de 126 écoles libres, ouvertes depuis le mois de juillet 1901, c'est-à-dire postérieurement à la promulgation de la loi sur le contrat d'association. Forts des déclarations expresses de M. Waldeck- Rousseau dans la discussion de cette loi, des propriétaires avaient cru pouvoir, comme par le passé, appeler, dans des locaux leur appartenant, des congréganistes à donner l'enseignement, moyennant une rétribution convenue.

Contrairement à l'évidence et à sa jurisprudence invariable jusque-là, le Conseil d'Etat, sur le rapport de M. Jacquin, et par un avis rendu à deux voix de majorité, prononça- qu'en agissant ainsi, ils avaient constitué des élabllsscinents congréganistes. M. Combes n'en demanda pas davantage, et tranchant par l'arbitraire administratif une question qui n'aurait pas dû être soulevée, dont la décision en tous cas appartenait aux tribunaux, il fit immédiatement exécuter son décret

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de foniicliuc avec une Ijiiitalilc exlrèmo. Il Irouva. à la Chambif. plus de ccnl \o\\ de inajorilr jiour l'approuver.

Enhardi, parce premier siiccrs, il eiivo\a aux préfets une circulaire, (pi'il data du lô juillet, et par laquelle il étendait la même sentence àdeuxmille six cents écoles, toutes fondées avant la loi de iQor, couvertes par conséquent, plus expressément encore que les premières, par les déclarations formelles de M. Waldeck-Rousseau. Ordre était donné de sommer les religieuses qui les tenaient d'avoir à les fermer dans les huit jours et à se retirer daiis leurs maisons-mères.

M. Combes avait espéré (la date qu'il lui donna en est la |)reuve} que sa circulaire ne serait pas connue avant la séparation des Chambres. Ce calcul fut trompé, et l'existence en fut ébruitée dès le lo juillet au soir. Le londemain, donner jour de la session, en même temps que M. Aynard, M. de Mun présentait une demande d'interpellation, conjointement avec MM. Denys Cochin, Desjardins, Lerolle et Lcfas. Mais M. Combes et sa majorili> ne permirent pas à la protestation du droit de se faire jour et ces interpellations furent, après des scènes violentes, renvoyées après les vacances. -

Le i8 juillet, le gouvernement fait^ait publier dans sesjournaux une note où. par un grossier mélange de promes.ses décevantes et dintimidation. il essayait d'amener k's victimes de son arbitraire à s'incliner en silence devant sa mesure despotique. C'était là un véritable procédé de a chantage gouvernemental ». M. de Mun protesta aussitôt dans mie lettre adressée au directeur du Gaulois et qui fut reproduite dans un grand nombre de journaux. La voici :

Paris, le iiS Jjiillet 1902

MONSIELK LE DIRECTEUR:

Voulez-vous me permcliro de faire appel à l liospi- Itilite cle votie jouniul pour dénoucer. non seulement

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aux catholiques, mais à tous les hommes soucieux de la liherté et de la justice, lindigne procédé au moyeu duquel le ministère essaie, en ahritant derrière les apparences de la légalité l'odieuse campagne qu'il a commencée, d'empêcher par l'intimidation les protestations dont il s€ sent menacé.

Dans une note officieuse communiquée à la presse, il fait dire que « les établissements congréganistes, « visés par la circulaire du président du conseil, se « placeraient dans une fâcheuse iK)sture, en refusant (( de se dissoudre eux-mêmes : en effet, ces établîsse- (( ments peuvent toujours, après leur dissolution, solli- « citer Tautorisation prévue par la loi ; or il est évident (( que cette autorisation ne pourrait être accordée « qu'aux établissements qui auraient fait acte de sou- « mission et auraient accepté, sans résistance aucune, « les prescriptions énoncées dans la circulaire minis- « térielle. »

Et la note ajoute : « Nous savons, d'autre part, que « le gouvernement a rintenlion de faire appliquer la « loi dans toute sa rigueur et de dissoudre immcdiac( tement par décret les congrégations autorisées — u les maisons-mères — dont dépendent les établisseu ments non autorisas qui auraient opposé quelque « résistance à la loi el auraient refusé de se dissoudre « volontairement. »

La menace est claire et la tentative d'intimidation ne l'est pas moins.

Au mépris de toute justice, du principe de la nonrétroactivité des lois, des déclarations formelles faites à la tribune par M. ^^ aldeck-Rousseau, des engagements les plus précis pris par lui et par ses agents, on

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somme les Sœurs enseignantes d'avoir à évacuer, dans un délai de huit jours, les locaux où elles sont employées par la volonté des légitimes propriétaires : on annonce qu'on les y contraindra par la force : bien plus, ressuscitant le vieux droit régalien du temps où le roi. évèquo du dehors, était gardien de la résidence monastique, on prétend leur enjoindre de réintégrer la maison-mère, qui, la plupart du temps, est dans l'impossibilité de loger ces nombreuses religieuses, ainsi réduites à se trouver sans domicile.

Pour excuser ce triple attentat contre le droit de propriété, contre la liberté individuelle, contre la liberté d'enseignement, on ose invoquer le respect de la loi, et on dénonce, comme des rebelles, les malheureuses femmes, coupables d'avoir cru en la parole de M. A^'aldeck-Rousseau !

Et puis on leur dit : u Prenez garde ! si vous ne tendez vous-même votre joue à l'outrage, si vous ne vous condamnez pas volontairement à la dispersion, si un mot de protestation, un geste de résistance passive ou le seul cri de l'indignation publique nous obligent à ajouter la force à la violence morale, prenez garde ! l'autorisation, que peut-être, nous aurions pu dans la suite vous concéder, nous vous la refuserons ! Bien plus, nous punirons vos amis en frappant toute votre congrégation, en fermant toutes ses maisons, en jetant à la rue. comme vous-mêmes, vos supérieures et toutes vos sœurs ! »

Eh! bien, il faut crier, par toutes les voix de la publicité, puisque la tribune nous est fermée, lodieux de cette manœuvre. On s'est laissé prendre une première fois aux promesses de M. AValdeck-Rousscau et on l'expie cruellement. Se laissera-t-on cette fois encore

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abuser par la vague espérance dune autorisation cliimérique ?

Je n"ai pas de conseils à donner aux congrégations dans la cruelle alternative où les place la barbare ironie de M. Combes : c'est à elles de décider l'attitude qu'elles jugeront la plus digne, la plus sage, la plus conforme aux intérêts supérieurs dont elles ont la responsabilité.

Encore moins voudrais-je mériger en conseiller des évêques. gardiens naturels, défenseurs nés des libertés religieuses : c'est à eux de marquer l'heure ou leur voix se fera entendre pour flétrir de tels attentats, où ils viendront, au milieu du peuple chrétien, inspirer et bénir ses protestations.

Mais je puis du moins ni'adresser à ce peuple luimême et à tous ceux que révoltent encore, en France, l'arbitraire et la violence, à tous ceux qui, indépendamment de toute question confessionnelle, aiment la liberté d'enseignement, à tous ceux enfin, quels qu'ils soient, qui gardent envers les Sœurs ce sentiment de respectueuse admiration que leur humble dévouement assurait jusqu'ici dans notre pays à leur habit vénéré.

A. tous ceux-là je puis dire et je dis de toute l'énergie de mon a me :

Ne vous laissez ni intimider parla menace, ni séduire par les fausses promesses. Usez pleinement, largement des droits que vous donne votre qualité de citoyen. Dans un pays de suffFage universel, l'opinion publique est toute-puissante.

Manifestez hautement la vôtre ! Pères et mères violentés, propriétaires lésés, citoyens troublés dans l'exercice de la liberté, parlez, agissez, montrez-vous, péti-

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tionnez : que les maîtres du pom^oir soient forcés ft'entendre votre voix 1

Leur audace est faite de \otre faiblesse, fis ?ie prétendent anjoHi'd'lîvii fermer 2,Goo écoles que parce qu'il y a quinze joins, ils en ont fermé i25, sans que, suivant l'expression des journaux officieux, « il se soit produit d'incident ». Ils n'oseront aller jusrpi'an bout de leurs menaces, dissoudre toutes les congrégations et, au mois d'octobre prochain, rejeter en bloc, coiume ils le font annoncer déjà, toutes les demandes d'autorisation, que si, aujourd'hui encore, tout s'accomplit « sans incident. »

Je ne demande ni violences, ni procédés illégaux : je les déconseille même formellement.

Mais je voudrais que partout ori il \ a une école tle Sœurs décrétée de proscription, les agents du pouvoir ne pussent arriver jusqu'aux portes des religieuses qu'en traversant les rangs d'une population, calme et maîtresse d'elle-même, aussi bien que ferme et résolue, qui témoignât à la fois par son attitude son indignation contre les proscripteurs et sa respectueuse affection pour les victimes.

Puisse cet appel être entendu ! Je le conlie. Monsieur le Directeur, à la .grande publicité de votre journal et je vous prie d'agréer, avec mes remerciements, mes sentiments les plus distingués et les plus dévoués.

A. DE Mu.\.

Un grand nombre de membres de l'Inslilul, de séiiateiu-: et de députés, envoyèrent à M. de Altin leur adhésion ban le ment motivée.

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