‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 4)Chapitre 33 sur 58 · M. Fci'dinoiid lîiunclic'rc, de l'Académie frnr.rniso · texte numérisé non relu

M. Fci'dinoiid lîiunclic'rc, de l'Académie frnr.rniso

COMBATS d'hier ET d'aUJOURDTIUI /j ^ I

])aroles — vous êtes j^rêls à tout faire ])Our secouer l'odieuse et inepte dictature de la petite faction, très petite, il ue faut jamais l'oublier, dont M. Comités s'est institué le docile serviteur. Cela est entre vos mains, entre les mains des catholif[ues et des libéraux de tous les partis, s'ils veulent bien s'entendre, s'unir devant le péril commun, renoncer aux divisions, aux intransigeances, aux préjugés de droite et de gauche contre les alliances nécessaires, et opposer une bonne fois au bloc des oppresseurs le bloc des opprimés. {Longs applaudissements. Cris de : Vive de Miin !'

Hier, le hasard d'une recherche in'a fait ouvrir l'histoire des Romains de Victor Duruy, et mes yeux sont tombés sur cette phrase qui m'a frappé et que je vous apporte comme la forte expression du devoir présent. C'est après le désastre de Cannes ; il semble qu'Annibal vainqueur n'ait plus qu'à marcher droit à Rome, et que tout soit perdu : l'historien dit, en quelques mots, le deuil du Sénat et du peuple, et il ajoute aussitôt : u Mais la douleur d'une cité libre est active. »

Ces mots. Messieurs, sont faits pour nous. Que nous pleurions sur les ruines de tout ce qui nous est cher, que nous portions le deuil de nos écoles fermées, de l'enseignement chrétien saccagé, que nous fassions cortège aux proscrits, que nous ofï'rions l'impuissant hommage de nos larmes et de nos regrets aux saintes lilles chassées, comme des malfaiteurs, du lit des pauvres et des soldats ! c'est noti-e devoir assui'ément, et je voudrais qu'il fût plus complètement, plus universellement rempli, que tant d'honnêtes gens, livrés à leurs plaisirs ou à leurs intérêts, ne fussent pas, devant ce grand désastre de la patrie chrétienne, d'une si indiiîérente froideur ! [Applaudis s enie ni s.'

[\f\i COMBATS n'uiEU i;r d'auoliid'iili

Mais Diiruv a l)ieii raison : des vaincus qui ne savent que pleurer sont mûrs poui- l'esclavage. Vos dioits soûl oulragés, vos libertés sont foulées aux pieds, cela est vrai, et leurs débris jonelient la terre, comme à Cannes les anneaux dor des chevaliers romains ; vous demeurez des hommes, cependant, armés de votre droit civique, capables dagir, de vous organiser, de recruter des adhérents, de négocier des alliances, libres enfin de préparer les luttes électorales et d'y concourir énergi([ucment.

Voilà le vrai devoir. Tout le reste est vain. On peut bien subir une défaite, on ne doit pas l'accepter, même avec des larmes, sous peine d'une irrémédiable décadence : cela est vrai des partis comme des peuples. Le désarmement devant un vainqueur triomphant n'est pas permis aux uns plus qu'aux autres.

Si j'avais, ce soir, un discours proprement politique à vous adresser, je n'aurais qu'à développer cette pensée ; je vous parlerais non seulement de vos humiliations et de vos douleurs, non seulement de \otre devoir et de votre intérêt, mais surtout de votre force ; je vous dirais ce qu'a pu, déjà, faire dans ce pays l'énergique impulsion d'un homme qui s'est donné tout entier à une seule idée, susciter contre l'oppression une résistance unanime ; je vous montrerais, en rendant à Jacques Piou ce juste et chaleureux hommage, le résultat de sa gigantesque entreprise, l'Action Libérale populaire couvrant aujourd'hui la France du réseau de ses 35o comités et de ses i5o.ooo adhérents, devenue, par sa puissante organisation, l'objet spécial des honorables colères de .M. Combes et dénoncée par lui, à Saintes et à la tribune même de la Chambre, suprême encouragement et décisif témoignage ! comme

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le grand péril du Bloc minislériel ; je vous montrerais, avec des chiffres et des statistiques, la revanclie assurée, déjà dans vos mains, si vous voulez, pour l'emporter, faire les efforts, les sacrifices nécessaires, et j'essayerais de soulever vers cette victoire prochaine la confiance de vos esprits et l'enthousiasme de vos âmes. {Applaudissements répétés, cris de : Mve Piou .'

Mais, j'ai un autre devoir à remplir, je ne l'oublie pas. L'Association catholique de la Jeunesse française, qui m'a fait l'honneur de m'inviter ce soir à lui adresser la parole, sait déjà ce que je pense de son devoir politique : elle ma permis de le lui dire au Congrès qu'elle a tenu, le printemps dernier, à Chalon-sur- Saône, en remplaçant le discours que je ne pouvais prononcer, par une lettre qu'un de ses membres a bien voulu lire à la séance de clôture.

Je lui ai demandé deux choses : de se tenir fermement, loyalement, sur le terrain constitutionnel, d'abord parce qu'elle s'y est engagée, puis parce qu'il n'a jamais été plus nécessaire d'affranchir nos revendications de toute arrière-pensée politique (ApplaU' dissemejjts), et là, étroitement groupée par le lien de l'affu-mation catholique, d'apporter au grand parti de l'Action Libérale, ouvert à tous les hommes de bonne volonté, à tous les défenseurs de la liberté, le concours de ses forces, de son organisation et de son dévouement ! {Applaudissements . '

Je ne pourrais que lui répéter ces conseils ; mais d'autres préoccupations assiègent son esprit; elle porte en elle les longs espoirs et son regard cherche au-delà des combats d'aujourd'hui, au-delà des victoires espérées pour demain, les grands horizons d'un avenir qui lui appartient encore. Elle a raison.

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Si noljlc que puisse être ruetiou électorale, lorsqu'elle s'exej'cc pour les intérêts sacrés tle la religion, de la patrie et de la liberté, si urgent que soit aujourd'hui le travail c[u"elle impose et qui passe avant tous les autres, la jeunesse a le droit, elle a le devoir de porter plus loiii ses ambitions.

Ses ambitions ! Oui, je ne men dédis pas ! Mais vous natleudez pas, Messieurs, que je suggère à ces jeunes gens la basse tentation d'un « ariivisme » vulgaire ! >.on. et ce n'est même pas la conquête du pouvoir que je veux donner pour but à ses cfTorts, encore qu'elle soit permise à tous les partis, et l'une des plus essentielles conditions du progrès des idées, comme l'ont fait voir, par d'instructives leçons de choses, M. Jaurès et M. Millcrand. Mais, la conquête du pouvoir elle-même est au-dessous des ambitions que je vous propose : c'est quelque chose de plus grand, de plus désintéressé, de plus efficace encore que J€ veux dire : c'est la conquête des esprits, des intelligences et des cœurs, sans laquelle la conquête du pouvoir n'est qu'une vainc et éphémère satisfaction ; car le magistère qui s'exerce par l'autorité des convictions et le prestige des idées est un" mode de gouvernement autrement fort et durable, que celui dont toute l'autorité vient des circulaires administratives, et tout le prestige des escortes otricielles. (Applaudissements .)

Si cela est vrai dans tous les temps, comme on l'a pu voir dans les siècles passés, au xvi" et au x^ ni- par exemple, alors que les écrivains de la Réforme et de l'Encyclopédie ébranlaient l'immense et antique édifice de l'ancien régime, en secouaient le fondement religieux et social, et les faisaient crouler tous deux ensemble, si cela était vrai à ces époques d'autorité.

de hiérarchie et de rehgion d'ElaL comJ)ieii phis encore dans une société démocrati(j[ue fondée sur le suffrage universel et sur légahté, où lunité des croyances est abolie, où les hommes ne valent que par leur caractère et par leurs œuvres, ne se font entendre et accepter que par leurs idées, où toul est discuté, débattu librement, les croyances et les doctrines, les paroles et les actions !

Comment, en cet état, a^ir sur l'opinion, sans convaincre les esprits, et comment les convaincre sans leur offrir des idées nettes et déterminées .' Mais inversement, aussi, quelle puissance, quelle influence, des hommes de volonté, de persévérance et de savoir, peuvent avoir sur leur pays, quand ils s'imposent à lui par cette précision et cette fermeté des idées, aous en avez ici même l'exemple sous les yeux. Je vous prie de comparer l'action qu'exerce ^1. Brunetière, par ses discours et ses écrits, avec... qui dirai-je ? avec celle, si A'ous Aoulez, de M. le Ministre de l'instruction publique (Rires et applaudissements), qui se déclare résolu à défendre la liberté de l'enseignement, et le lendemain accepte, sans mot dire, à la première sommation, qu'on en prive toutes les congrégations, même celles qui sont légalement autorisées, précisément pour enseigner. ■?\oiiveaux i^ires et nouveaux applaudissements.)

M. Chaumié a la majorité dans le Sénat, M. Brunetière ne l'aurait peut-être pas. Qui des deux cependant gouverne avec le plus d'efficacité les intelligences de son temps ? (Applaudissements.)

Et si cet exemple ne vous suffd pas, si vous m'opposez que tout le monde ne peut avoir la science et l'autorité d'un maître, je vous dirai : ^ oyez les socialistes ! Vous pouvez sans doute vous mesurer à leur

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taille ! \c me n'pondoz |)as qu'ils ont cxcilé les passions, tlatlé les aj)pélils, déchaîné les colères et que ce fut assez poui- leur donner le pouvoir. Non ! 11 ne sert à rien d'amoindrir ses adveisaiies : et il ne suffit pas, pour les combattre, de les maudire en masse ; il faut les étudier, les connaître, et les imiter, quand leur exemple est bon.

Si les socialistes n'avaient fait qu'exciter les passions et provoquer des violences, ils auraient pu troubler, agiter le pays, ils n'y auraient pas con{[uis une si large place : ils l'ont conquise par leurs idées, dont plusieurs pour le dire en passant, et c'est à quoi je reviendrai tout à l'heure, dont plusieurs nous appartiennent, qu'ils nous ont dérobées et que nous nous sommes laissé prendre ; ils les ont propagées avec une très grande activité, une constante ardeur, souvent avec beaucoup d'intelligence, de savoir et de talent.

C'est là que fut leur force. En ce temps-là ils parcouraient la France, offrant au peuple, après le grand soir de la société bourgeoise, un idéal de justice et de fraternité, dans le rêve poétique de l'humanité réconciliée, traçant à ses yeux la route qui devait l'y conduire, en étapes successives, par un programme précis de lois et de réformes sociales, et, chemin faisant, s'empressant partout à la défense des faibles et des déshérités. En ce temps-là, nul ne raillait plus durement que les socialistes l'anticléricalisme des gouvernements et des majorités, viandes cieuses. disaient-ils, offertes aux prolétaires pour tromper leur faim. et. ])ar la diversion des luttes religieuses, ajourner indéfiniment les réformes promises. Je le répète, ce fui leur force, et je dis : ce fut, à dessein.

Aujourd'hui, qu'ils sont les maîtres du pouvoir cl (jue

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leurs chefs commandent aux ministres et à la majorité, leur faiblesse éclate : et cette faiblesse, c'est qu'ils ont relég-ué, dans l'ombre des commissions ou dans la pompe des harangues sonores, les réformes promises, c'est que, pouvant tout faire, tout obtenir, pour le peuple, ils ne lui ont rien donné, et qu'ils n'ont rien ou ]:>resque rien ajonlé aux lois sociales que nous axions, nous, les catholiques, proposées, soutenues, malgré la résistance d'une partie de nos amis et qui, grâce à nous, au moins autant qu'à eux-mêmes, sont entrées clans les mœurs et dans les codes. {Vifs applaudissements.

Je demande que l'on me cite, depuis cinq ans. une réforme législative accomplie ! La loi sur la durée du travail et hi loi sur les accidents, les deux principales qui aient marqué Ihistoire industrielle de notre temps, c'est avec nous, il y a dix ans, qu'elles ont été faites : depuis, quoi P La loi sur l'assistance des vieillards ? Elle n'est pas encore venue devant le Sénat, elle est faite d'ailleurs de telle sorte qu'elle reviendra sans nul doute devant la Chambre, et que sa discussion remplira certainement encore au moins le reste de la législature. Quoi encore P Des grèves tumultueuses, des troubles violents, des attentats contre les églises à Paris et à Hennebonl : des tribunaux assiégés comme à Lorient. et des magistrats contraints, sous la menace, à refaire leurs jugements ; des maisons pillées comme à Armentières ! et des cortèges bruyants, et des drapeaux rouges déployés, et Y Internationale hurlée sous les pas des ministres ! tout ce qui peut enfin compromettre, souiller la cause juste et sacrée du peuple ; oui, nous avons vu cela : c'est la révolution, ce ne sont pas des réformes ! Quoi encore P La délation dans l'armée, les

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régiments coupés en deux par la politique, le commandement désarmé, la marine li\ lée aux caprices (c'est le moins (pi'cjii puisse tiire) diin ministre désorganisatcur. Nous avons vu cela. Mais les réformes sociales, où soid-ellesi' (Applaudissefjients vifs et répétés.,

Pendant deux ans, le déchirement de lallaire Dreyfus et la guerre civile dans les âmes. j)endant trois ans, le Parlement rempli des débats passioiuiés de la loi sur les associations et de la loi contre les congrégation?, et dans le pays, la chasse aux moines et aux sœurs, les écoles fermées, les portes forcées, les propriétés violées, les prétoires eiicoml)rés d'accusés en soutane cl en robe de bure, la guerre religieuse enlin organisée pailoul administrativement : oui. nous avons vu cela. Mais les réformes! Les réformes sociales, encore un coup, où sont-elles? {Nouveaux applaudissements.)

Où est la loi sur les retraites ouvrières dont le milliard des congrégations devait être le gage !' Où est l'organisation permanente de la conciliation cl de l'arbitrage, qui dispenserait, au momejit des grè\es, de l'intervention des ministres et des arbitrages improvisés;* Où est la loi développant, par l'extension du droit de propriété, la puissance et la vie normales des syndicats professionnels P

Toutes ces réformes, nous étions prêts à les voter ! On ne la pas permis : le Parlement avait bien aulii' chose à faire ! Tout son temps, tout son effort était absorbé par la guerre aux curés, aux moines et aux bonnes sœurs. (Applaudissements.)

Où est même la réforme fiscale annoncée depuis dix ans à si grand fracas ? Je l'aurais combattue pour ma part, au moins sous, la forme de l'impôt progressif et

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global sur le revenu, rpie je crois à la fois une duperie et une arme tyrannique entre les mains des partis : mais, enfin, cétait larticle fondamental du programme socialiste. Qu'cst-il devenu?

Yoilà la faiblesse, lirrémédiable faiblesse des socialistes, et qui. au faîte du pouvoir, les frappe déjà dune inévitable déchéance! C'est qu'ayant, dans l'opposition, mille si fort et si haut le programme anticlérical, une fois parvenus au gouvernement du pays, ils n'en ont plus connu d'autre : c'est qu'ils ont réduit leurs idées de gouvernement, les idées qui avaient fait leur force, à l'étroite mesure d'un programme de persécution, pressés, on vous l'a dit hier, par cette haine du christianisme qui est au fond de toute la doctrine révolutionnaire, et que. pour tout dire, au lieu de demeurer im parti indépendant, fier de ses idées, ils ont asservi leur politique à celle de la Franc-Maçonnerie, de la Franc-Maconnerie. adoratrice de néo-ations, comme dit Goyau. qui n'a besoin ni d'afïirmalions, ni de programmes, ni de réformes, parce que toute sa doctrine se réduit à la négation, à la haine du christianisme, de la Franc-Maçonnerie qu'hier au congrès de Lille l'évéque de Périgueux dénonçait en termes si forts et si courageux, comme l'ennemi public. {Salves < f 'app la iidissemen fs . )

C'est pour le parti socialiste le commencement de la faillite et le citoyen Charbonnel en est le liquidateur. Puisse cet exemple servir à toutes les oppositions, à la notre spécialement si nous devons un jour retrouver la majorité, si nos amis doivent reprendre le pouvoir, pour ne pas oublier, après la victoire, les promesses du combat ! (Vifs applaudissements.

Les chefs, les habiles du par-ti. cetix qui ont cru sin-

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cèrpmcnl à lidéal socialislo. à la haute espérance qui fut la lumière de leur vie . suivant une parole de M. Jaurès, ceux-là commencent à s'alarmer d'une si longue défaillance : ils sentent bien que. si elle se prolonge encore, le peuple déçu se tournera vers d'autres, plus oil'rants, et, à mesure que s'avancent pour eux le temps et la vie. eux aussi ils oui besoin de se tourner vers la jeunesse, de la pénétrer de leur pensée, de mettre. i)ar elle, la inain sur l'avenir : ils ont besoin, eux aussi, c'est l'anxiété de tous les pailis. de tous ceux qui ont aimé, qui ont servi une idée, ils oïd besoin d'interroger son âme, de lui demander, comme disait un jour M. Ferdinand Buisson au collège libre des sciences sociales : Que veux-tu, que crois-tu, où vastu ? Et alors, retournant aux méthodes d'autrefois, ils se reprennent à agiter devant elle, au lieu du spectre clérical, le vieil idéal de liberté, d'égalité et de justice. La jeunesse. Messieurs, a répondu à ses maîtres, dans le congrès qui vient de se tenir à Paris au commencement de ce mois. Mais, quelle est cette jeunesse!* je ne le sais pas au juste : les coinptes rendus du congrès donnés par le journal ta Petite Répuhtique portaient pour titre : ^ Congrès des jeunesses laïques » ; et ce pluriel n'a pas été sans surprendre en un temps où la grande accusation portée contre l'enseignement chrétien par M. Combes et, avant lui, par M. ^^ aldeck- Rousseau, est justement de créer en France deux jeunesses. Il y en a donc bien davantage puisque, déjà, à ce congrès où la vôtre n'était pas, il y en avait plusieurs; et je n'en fais pas la remarque sans quelque satisfaction, ayant précisément eu l'occasion, à la Chambre, en répondant à M. Waldeck-Rousseau. de lui dire : Ce n'est pas tleux jeunesses, c'est dix. c'est vingt

qui se rciu-oiitrent dans le pays, suivant la diversité des milieux, des familles, des croyances, des opinions, et c'est justement cette diversité qui, sans troubler en rien l'unité nationale et patriotique, constitue la liberté. Applaudissements.) Ainsi il y a plusieurs jeunesses laïques et nous Aoilà d'accord là-dessus.

Mais qu'est-ce qu'une jeunesse laïque ? La réponse ne va pas sans quelque embarras,

Celle-ci a une revue : Les Annales de la Jeunesse laïque, ornée d'une couverture rouge. Dans le premier numéro, qui date de l'année dernière, la rédaction annonce que ces jeunes sont « des Français, des républicains, qui ont. de la jeunesse, l'enthousiasme ardent », et que leur profession de foi « tient dans ce beau vers de Gregli : aimer le vrai, rêver le beau, dire le juste. )> Voilà qui est assurément très bien : mais encore? Ah! ces jeunes sont « émancipés de toute croyance en des dogmes étroits, et ils rêvent d'une humanité affranchie. » Je commence à mieux comprendie 1 Cependant on aimerait un peu plus de précision.

Mon éminent confrère. M. Lavisse. est venu au secours de cette jeunesse émancipée : il a voulu lui expliquer c ce que c'est que d'être laïque. > J'avoue que j'ai malaisément compris sa définition et qu'elle n'a pas été même sans accroître mon embarras : car, si. j'ai bien vu. qu'être laïque. « c'est refuser aux religions qui passent le droit de gouverner l'humanité ([ui dure , j'ai vu aussi que ce n'est pas « violenter, mépriser les consciences encore détenues dans le charme des vieilles croyances » : et. moi, dont la conscience est, en effet, dans cette c détention >;. et qui la vois chaque jour violentée par les lois, les circulaires, les décrets, les c(jmmissaires et les liquidateurs de M. Combes, qui

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rciik'iuls Ions les jours à la [libiiiiccl dans les ivimions publiques, mou pas seulemoul mépriser, mais ouliager. je me dis (piévidemmcnt la jeuucsse qui ap])laudit M. Combes u'est pas la jeunes.se laïque, suivant le cœur de M. Lavisse : il faut cheicber ailleurs!

Les comptes j-endus du coufirès. publiés par les journaux, ont élé fort brefs.

.lai \u (|ii(' le ])r(Mni(M' jour, sous la pi'ésidencc de mon collèj^ue. M. d'Estonrnclles de Conslanl. puis de M. Vaiulervelde. comme cliacun sait, dépufé socialiste belge, il avait voté que la guerre ne pouvait être supprimée qwQ par le socialisme international : depuis. M. Jaurès et M de Pressensé ont fait connaître à la. Chambre comment ils entendaient la prépaiation de la ])ai\ universelle. [Applaudissements . J'ai \ u encore que le second jour, le ])résidcnt. M. Georges Kenard, avait dit ce quattendaient des jeunes les socialistes qui les ont précédés dans la carrière.

Je n'ai pu lire — et c'est grand dommage — ce discours de M. Georges Renard et ceux qu'au banquet de clôture prononcèrent MM. Jaurès et Buisson. Le compte rendu in extenso du congrès nest pas encore paru, ce qui n*est, du reste, que très naturel puisque le congrès s'est tenu au commencement de novembre.

Mais, glace à la Petite République, voilà cependant un. premier point acquis et rpii simplifie beaucoup la situalion : la jeunesse laïque, dont il s'agit, c'est la jeune.s.se socialiste et internationaliste : il n'est que de s'entendre !

Eh ! bien, j'ai parcouru les derniers numéros des Annales de cette jeunesse, pour essayer de comprendre, comme dit M. Buisson, où elle va. ce qu'elle croit, ce qu'elle veut. J'y ai Irouvé des exhortations des cliefs socialistes, des envolées de M. Jaurès et des

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disserlations sur la libre-pensée et le militarisme, d'assez pauvres attaques contre l'Eglise catholique et les religions en général, des affirmations de l'innocence de Dreyfus, et. pour Unir, une lettre k à un vieux patriote » où on lit, après des paroles attendries sur l'humanité : c Voilà pourquoi nous ne voulons plus de votre drapeau ; voilà pourquoi nous voulons le jeter bas de ces remparts, au haut desquels vous voudriez le voir flotter fièrement... \ous ne voulons pas plus de votre drapeau que nous ne voulons des croix et des mitres... -

Ceux-là, non plus, décidément, ne sout pas des la'iques selon M. Lavisse : mais, cette fois, nous comprenons très bien et voilà un deuxièine point établi : la jeunesse qui se donne le nom de jeunesse laïque, c'est la jeunesse socialiste, internationaliste et antichrétienne. Ce qu'elle veut, c'est la révolution sociale, ce qu'elle croit, c'est qu'il faut détruire le christianisme. {Applaudissements.)

Oh I je sais les protestations ! M. Ferdinand Buisson, qui exerce, dans la religion laïque, le haut sacerdoce de la pédagogie, a écrit tout dernièrement dans la Bévue politique et parlementaire un article considérable pour montrer que l'anticléricalisme scientifique et politique, qui est le sien, n'est nullement tenu de déclarer la guerre au sentiment religieux, qu'il ne le pourrait sans <( arracher à la nature humaine f[uelque chose d'elle-même », et qu'aucune raison d'intérêt public ne lui commande — ce sont ses mots — un tel sacrifice.

11 est bien vrai qu'il y a quatre ans, le même M. Ferdinand Buisson, dans cette conférence au collège libre des sciences sociales dont j'ai cité l'apostrophe à la

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jcniiosso. (lisait aussi, en ])arlaiit do l'elloit que fail la Kt''|)ul)liqii(' pour coiisliluiT la sc^ciété laïque et la défeiidaiil de toute [)eusée d'hostilité religieuse :

(( Par exemple, pour prendre un détail caraetérislique, elle n'a fermé ni une église, ni une chapelle, elle n'a supprimé ni les couvents, ni les écoles... » (Rires.)

Depuis. M. Ferdinand Buisson s'est résigne, làdessus, à quelques sacrifices! Il en fera d'autres, soyezen sûr. tout en protestant de son respect pour le sentiment religieux. (Rires et applaudisseine/ils .)

Voilà le maître de la jeunesse laïque et. j)Our savoir où elle va derrière lui. vous n'avez eu qu'à la suivre, le 8 novemhre dernier, au Trocadéro, où la deuxième fête de la liaison fut organisée par MM. Charbonnel et Henry Bérenger, et célébrée par MM. Marcelin Berthelot et Ferdinand Buisson. M. Berthelot ayant entendu « l'orgue capitaliste laïcisé I) comme dit V Action, le journal de MM. Chaihonnel et Bérenger, accompagner les couplets de V Internationale, fil. comme il couAient, l'éloge de la tolérance, de la bienveillance jiour tous, de la liberté absolue des croyances et des pratiques personnelles, au milieu d'un silence qui n'était pas. dit encore VAction, c le calme honteux, tout d'humilité et de superstition des gens d'église. » M. Ferdinand Buisson, au milieu du même silence, demanda ([uc l'Etat fît disparaître tous les monopoles pour assurer seulement le règne de la liberté et de la raison. (Rires.)

Ce fat admirable : et justement célail la veille du jour où le Sénat allait voter linlerdiclion du droit d'enseigner pour toute une catégorie de citoyens, coupables du crime de célibat, où M. Combes s'en-

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gageait à prendre en considération la proposition déjà faite d'étendre cette interdiction à tous les citoyens conpables dn même crime et marqnés dn signe sacerdotal, où. en attendant, il annonçait le vote prochain d'nne loi fermant 3.ooo écoles de pins, et mettant snr le pavé 3 on ^oo.ooo enfants du peuple.

Ainsi, en 1790 et 1794, les philosophes de la Convention parlaient d'humanité, de fraternité et de sensibilité, pendant que les charrettes faisaient, à la porte de l'Assemblée, leurs sinistres voyages. Aujourd'hui, on ne guillotine que les consciences, mais c'est toujoiu-s avec le même accompagnement. {Applaudissements.) Et. pour que le rapprochement se fd naturellement dans l'esprit public, le jouiiial de MM. Charbonnel et Henry Bérenger. annonçait en gros caractères que la fête du Trocadéro était donnée « en mémoire de la fête de la Raison, célébrée le 20 brumaire an II (10 novembre 1793) à l'église métropolitaine de Paris ».

Voilà où va cette jeunesse la'ique : c'est sa réponse à ses maîtres, à l'idéalisme philosophique de M. Jean Jaurès, à la tolérance scientifique de M. Marcellin Berthelot, à la liberté pédagogique de M. Ferdinand Buisson. Elle va droit au but et. après tout, elle n'a pas tort, elle est simplement logique : elle ne s'embarrasse pas des formules ; elle sait très bien que. derrière le rationalisme intégral, suivant M. Buisson, derrière la sécularisation complète de la société, suivant M. Clemenceau, il y a nécessairement, inévitablement, l'abolition de la religion chrétienne. M. Jaurès avait bien tort de dire, dans son discours à la distribution des prix du lycée d'Albi. qu'elle était menteuse la parole de l'Ecclésiaste : « Il n'y a

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rien de nouveau sous le soleil ! » Non. il n'y a rien de nouveau, dans noire pays moins qu'en aucun autre, et celui qui a raison, ce n'est pas M. Jaurès, c'est Eugène-Melchior de Yogiié : « Ce sont les morts qui parlent !» La jeunesse laïque, la jeunesse socialiste et internationaliste, la jeunesse anliclirétienne, jious la connaissons, elle est très vieille, elle a iio ans ! {Apj)l((U(Us.-<eincnts.)

Donc, Messieurs, en l'ace d'elle, la Aotrc se dresse. C'est l'objet de ce congrès, comme c'était l'objet du congrès de 1898, comme ce sera, de plus en plus, l'objet de tous vos congrès ultérieurs. Dans votre rev.ue, votre camarade Zamanski a netlemenl, vigoureusement accepté en votre nom cette position de combat. Je l'en félicite, je vous en félicite avec lui, et je n'ai pas besoin de vous demander ({ui vous êtes. Vous le dites très baut. Vous êtes bien, vous aussi, une jeunesse Jaïque, au seul sens précis que ce mot puisse avoir et doive conserver, malgré l'effort de nos adversaires pour égarer, suivant leur coutume, l'esprit public, sur ce point comme sur tant d'autres, en créant, par des confusions de mots, des confusions d'idées, {sippkiudissements.) Vous êtes une jeunesse laïque en ce sens que la plupart d'entre vous ne sont, comme s'exprime le dictionnaire de l'Académie, ni ecclésiastiques, ni religieux, ni du clergé séculier, ni du cleigé régulier. {Rires et applaudissements.) ^lùh vous êtes aussi une jeunesse catholique, et vous n'entendez pas, par prudence et par calcul politique, vous découronner de ce titre glorieux. Ah ! j'entends bien qu'à vous aussi, on vous dira que votre jeunesse est très vieille, (prellc })lie sous le poids d'une trop longue histoire, et de tout un passé à jamais balayé

COMBATS D HIER ET D AUJOLRD HUI ^\ô'J

par lo grand souffle de la Révolution. Ne vous en défendez pas ! Oui, cela est vrai ! vous portez un très lourd fardeau, que votre nom et votre foi vous imposent ; je vous conjure de ne pas le traîner comme vous feriez d'une charge importune, dont votre marche s'embarrasserait, et dont, à chaque détour du chemin, aous iriez, en vous cachant, laisser tomber une part pour en délivrer vos épaules ! Non. non, au contraire, soutenez-le fièrement, les reins droits et le front levé comme il sied à des soldats ! {Applaudissements.) Car ce fardeau, c'est celui de la civilisation chrétienne, c'est celui de toutes les œuvres de fraternité dont l'Eglise catholique a couvert le monde, des pauvres secourus, des captifs rachetés, des malades soignés au péril de la vie, des humbles relevés, défendus devant les puissants de la terre, protégés contre leurs violences ; c'est le fardeau de ces longs siècles chrétiens, oii. dans les rudes tourmentes du moyenâge, elle relevait et ravissait les âmes populaires, par l'enchantement de ses fêtes, et le mystère profond de ses vieilles cathédrales ; c'est le fardeau de l'histoire illustre que, de la prison Mamertine au cirque du Vatican, racontent les monuments païens de la Rome antique, couronnés de la Croix et des images chrétiennes, témoignage immortel des victoires de la foi sur la persécution ; et c'est aussi, par le prodigieux effet d'une vocation quinze fois séculaire, c'est aussi le fardeau de notre histoire nationale, des champs de Tolbiac au vallon de Domrémy. {Applaudissements prolongés. )

Ah ! oui, votre fardeau est lourd ! il est lourd de gloire et de fraternité, d'œuvres et de hauts faits ; il est lourd de tout le poids de l'humanité ! Mais ne

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craignez pas qu'il vous écrase ni qu'il ralentisse a os pas en courbant votre tête, comme on voit des vieillards attardés dans le passé, impuissants à suivre le temps qui s'avance et les laisse en chemin ! Non, non ce n'est pas la vieillesse de l'Eglise catholique qui j)()ii irait décourager votre efï'orl, mais bien plutôt son immorlelle jeunesse, dont — nous qui sommes ses serviteurs dévoués, mais entravés si souvent par de vains préjugés, que nous prenons pour des principes, par de secrètes résistances que nous prenons pour des devoirs, — dont nous avons peine à suivre l'admirable mouvement, incapables presque toujours de nous plier comme elle, au temps, aux circonstances, aux conditions et aux besoins des nations et des peuples, en retrempant, sans rien abandonner de l'immuable doctrine, nos énergies et notre foi à ses sources divines. {Applaudissements prolongés.)

Laissez. Messieurs. laissez-vous traiter de survivants d'un autre âge. travaillez seulement à vous montrer toujours aussi jeunes que l'Eglise, et si on vous dit que. pour vous aussi, ce sont vos morts qui parlent, oh. ne le niez point I Car ces morts se sont fait écho d'âge en âge. ])our défendre les petits contre les grands, les opprimés contre les oppresseurs, depuis saint .\mbroise, arrêtant, au seuil de sa basilique, l'empereur Théodose, encore teint du sang de ses sujets ; depuis tous ces pontifes qui, ayant aimé la justice et haï l'iniquité, ont tout bravé pour résister à la force couronnée ; depuis le doux et mystique mendiant d'Assise, soulevant par sa parole et son exemple, ces légions de Tertiaires, berceau de la démocratie italienne, qui émancipèrent les bourgeois et les gens des campagnes, dans un gigantesque effort

COMBATS D HIEll ET d'aL JOLRd'hL I ^ÔQ

de justice et de fraternité : jusqu'à ce grand moit dhier. qui dort dans Saint-Pierre son éternel sommeil en attendant sa sépulture dernière, et qui. retrouvant les accents de Grégoire IX dans sa bulle pour l'approbation du Tiers-Ordre de saint François, tendait aux travailleurs, au nom de leur misère imméritée, ses bras largement ouverts. (L'auditoire fait une longue ovation à M. de Mun.)

Voilà comment nous sommes vieux I

Au reste, ce débat est stérile. J'ai dit que cette autre jeunesse, qui se lève en face de vous, avait plus de cent ans : je me suis trompé. Elle est bien autrement vieille : elle est comme la vôtre : elle a ses origines aux sources de l'histoire : et le grand enthousiasme pour la raison qui la soulève aujourd'hui, qui transportait ses pères de 1793, c'est celui qui déchaîna les tempêtes du xvi* siècle et qui fd. au iv*". presque triompher l'hérésie d'Arius.

Ce n'est pas. coinme ils le disent, la lutte infatigable de la liberté contre l'autorité, de la science contre le dogme, c'est la révolte inlassable de l'orgueil contre la foi. [Applaudissements .)

Eh ! bien, dans cette nouvelle et inévitable rencontre, vous êtes les tenants du catholicisme ! quelles sont vos armes ? Je veux dire quelles sont vos idées ? Il faut que là-dessus vous soyiez prêts à répondre. Si. comme je l'ai dit en commençant, s'il est vrai que, par les idées, on peut gouverner son temps et d'une manière plus etïîcace que par l'action ministérielle, c'est à la condition que ces idées soient précises et accessibles à tous ; et s'il est vrai, aussi, que vous soyez- lilîres de pousser jusque-là vos ambitions, c'est une raison de plus pour qu'on soit en droit de vous

'iGo COMBATS d'hjEH KT d'aL.IOUUd'h LI

interroger. De vous inleiroger '} Ksi ce que je veux dire que vous avez ù répondre à toutes les objeclions que dressent au-devant de vous vos adversaires, aux calomnies par lesquelles ils dénaturent votre histoire, votre caractère et vos actes, à celte sorte de constant et captieux examen quils voudraient vous faire subir pour entraver votre marche par des polémiques sans issue ? Non. il faut sans doute être armé là-dessus, et vous lètcs, pour tenir, dans la presse et tians les réunions, la place qui vous appartient. Mais ce n'est qu'une lutte de surface, un combat de parade.

L'interrogation que je veux dire, autrement grave, profonde et digne d'attention, vous la connaissez bien : c'est cette interrogation muette qui monte autour de vous, du fond des ateliers et du silence des champs, qui monte du cœur et de l'esprit des travailleurs, quelquefois même de leurs regards étonnés et inquiets ! C"est l'interrogation, troublante et solennelle, parce qu'elle porte en elle et dans la réponse qu'elle appelle, le secret de l'avenir, de ce peuple si souvent trompé, si souvent délaissé, jouet perpétuel des promesses intéressées et des désenchantements cruels . {Applaudissements . )

Vous êtes catholiques et vous le dites très haut ';' Qu'est-ce que, pour le peuple, signifie ce titre auguste et cette fière profession de foi?... Ah ! quand je parle du peuple, vous le savez bien, nos adversaires le savent bien aussi, je ne parle pas de ces troupes de hasard, recrutées pour les besoins des manifestations révolutionnaires, à qui on apprend, en se glorifiant d'être appelés « les Apaches », à envahir les églises, à assaillir les processions, et à croire qu'il suffît de crier : A bas la calotte ! » pour formuler leurs reven-

COMBATS D HIER ET D ALJOLRDHLI ^Ol

tlicalions sociales. A ceux-là. vous avez déjà fait la seule réponse qui convienne: en repoussant, par la lorce. les violences sauvages, et les clameurs imbéciles par la publique affirmation de vos droits. {Applaiidisseinents.)

Il n'y a pas en France un homme respectueux de la liberté, qui ne vous ait approuvés et nait applaudi à votre courageuse attitude. Mais ces rencontres passagères n'ont rien à voir avec la question que je pose ici devant vous : ce sont des incidents révolutionnaires et, quels qu'en puissent être le nombre et la gravité, ils ne lui apportent aucune réponse elïicace ; ceux qui les font naître ne sont pas le j^euple sérieux, attentif et réfléchi des travailleurs, qui. au fond de son âme. je n'en doute pas. les désavoue, parce qu'il sait que, bien loin de servir sa cause, ils ne peuvent que détourner de lui les concours utiles et retarder les solutions pratiques. Ce n'est pas aux Apaches, c'est au peuple qu'il faut répondre.

Vous savez trop bien quelles montagnes de préjugés, de malentendus douloureux et de persistants désaccords ont élevées entre les catholiques et lui. d'abord, sans doute, la mauvaise foi des partis, la confusion des luttes électorales, et aussi le long enchaînement des circonstances et des habitudes politiques, mais — il faut avoir la fermeté de le dire — mais, pour une large part encore, la légèreté, l'indifférence ou l'erreur d'un trop grand nombre de catholiques. {Applaudisse- ?nents.)

La légèreté. Tindiff'érence, elles sont, elles seront, je pense, de tous les temps ! La gravité des événements les trouble le plus souvent sans les guérir. Je n'ai pas l'illusion de penser que les discours y suffisent,

462 COMBATS d'hIEK ET DALJOLUd'uLI

lion plus qu'à vaincre le découragement qui si souvcnl nest qu'une forme de lune et de lautre. parce (piil leur offre un commode oreiller, en abritant leur défection derrière ces mots, destructeurs de toutes les én(M'<>ies : a A quoi bon ■* Il ny a rien à faire, n {A ppla ndissenien ts . )

Ce n'est pas à ces catholi([ues honoraires (Appkui- (iissemenls) qui laissent leurs noms à la .«société commune, sans participer à sa vie active, que je puis parler avec quelque chance d'être entendu : et ce n'est pas non plus à ceux pour qui le catholicisme est affaire de sentiment ou de poésie, de style ou d'esthétique, et qui bercent leur esprit dans quelqu'une de ces religiosités vagues, sans dogme et sans discipline, tour à tour inspirées par les beautés de l'Evangile ou par celles de l'Acropole.

Que ceux-là soient, pour une bonne part, responsables du malentendu qui nous éloigne du jjeuple. Je n'en doute pas. Mais ni la légèreté, ni l'indifférence, ni le découragement, ni le dilettantisme mondain, ne sont les seules ni peut-être les pins hautes barrières qui nous séparent de lui.

Il y a encore, il y a peut-être surtout chez beauconj) de catholiques sincères, fidèles et actifs, ce que je crois être, une insuffisante intelligence dn catho licisme et de son esprit, si vous voulez, une insuffisante notion du sens catholique. {Applaudissements.)

J'espère qu'aucun de ceux à qui je m'adresse, ici ou au dehors, ne pourra s'offenser de mes ])aroles. ni les trouver importunes ovi déplacées. Ce serait méconnaître entièrement ma pensée.

Je sais quelles merveilles de charité, de dévoue ment et d'abnégation accomplissent un très grand

COMBATS d'hier eï d'aujourd'hui '(63

nombre de catholiques, quels sacrifices ils s'imposent dans leur vie, dans leurs habitudes, dans celles de leurs familles, pour soutenir les œuvres charitables, et ces œuvres scolaires frappées aujourd'hui d'une si redoutable persécution. Je connais, comme vous, ces âmes admirables, dévorées de l'amour de Dieu et de celui des pauvres, qui, pressées par le précepte divin, consacrent, au milieu du monde et de ses obligations sociales, leur force et leur temps à la visite des pauvres, au soulagement des malades, à l'éducation chrétienne des enfants du peuple. (Applçiudissements.)

J'en sais, vous en savez tous, dont la vie se déroule sur de tels sentiers qu'il faudrait baiser la trace de leurs pas. Et, sans doute, ceux-là ont bien le sens ciitholique : car le catholicisme est avant tout la religion du sacrifice et de l'amour.

Et, pourtant, Messieurs, n'est-il pas vrai, malgré ceux-là même et malgré leurs vertus, le malentendu persiste, la défiance demeure éveillée, et ce malentendu et cette défiance se formulent en une parole que vous ne connaissez que trop bien, en une de ce"s paroles qui ont des ailes, qui volent d'un bout à l'autre du pays et qui saisissent les esprits d'autant mieux qu'elles sont plus obscures : <( Les catholiques sont les ennemis de la démocratie ! » Quoi donc !* et que veut on dire ;' C'est une question qu'il faut serrer d'un peu près. iN 'attendez pas que j'ouvre ici des débats stériles et de pure théorie sur les origines et le caractère de la démocratie, ni que je m'attarde à chercher si l'état social dont elle est l'expression, est un progrès salutaire ou une dangereuse transformation.

Il est, c'est la vérité de fait qui domine toutes les discussions : et il est, non seulement par suite des

/i64 COMBATS d'hier ET d'aUJOURD'hLI

brusques commolious de l'oidre |)oliti([ue, mais par Icftel duue lenle évolution de Tordre social, dont la Iracc se découvre dans toute notre histoire, que nos vieux rois ont préparée par l'afiranchissement des communes et l'abaissement des seif>-neurs, et que la Uéxûlulion n'a fail que précipiter, je ne dis pas organiser, en cela, comme en tant de choses, comme en adminislralioii. comme eu diplomatie, comme dans la guerre elle-même, continuatrice de lancicn régime.

Contre un fait si considérable, si anciennement établi, nul ne peut élever d'opposition, et je crois bien quen effet nul ne songe à le faire.

Que, dans notre état social, la loi résulte du consentement universel de la nation ; que les fonctions publiques soient ouvertes à tous, suivant les mérites de chacun, au moins en théorie, et quil faille tendre à mettre de plus en plus, par linstruction et l'éducation, la pratique d'accord avec la théorie : que pour tous aussi les droits civiques soient les mêmes, et que Torganisalion administrative du pays, celle de l'impôt, celle de la justice, doivent être conçues en conformité avec celle règle fondamentale ; que l'hérédité ne confère point de privilèges particuliers, et que la richesse, avec tous les avantages moraux ou matériels qu'elle apporte, soit une source de devoirs spéciaux et non de droits exceptionnels: ce sont là des principes que tout le monde reconnaît, qui forment bien l'essence de la démocratie et qui contiennent, ou à peu près, toute la somme d'égalité politique compatible avec les iné^ itables inégalités de la vie.

Oii donc est la difficulté? Si je l'aperçois bien, elle n'est j)as dans l'ordre politique, mais dans l'ordre économique. ( . ipplaucUsseinents.j

COMBATS DHIER ET DAL JOLRDHUI 'jÔS

Le peuple — en quoi à mes yeux il se^ trompe, et on le trompe, car la juste revendication que je vais dire le serait également dans dauljcs conditions sociales et politiques, et cest pourquoi noire devoir vis ù vis de lui est le même, quels que soient les régimes et les gouvernements, — le peuple s'est habitué, de plus en plus, à identifier l'état démocratique non seulement avec régalité des droits politiques, mais avec l'égalité des droits économiques. Or, dans ma conviction, si l'égalité est là plus chimérique que partout ailleurs, parce qu'elle se heurte plus évidemment, plus fortement, à toutes les inégalités qui sont dans la nature, il n'en est pas moins vrai que les ouvriers ont des droits économiques certains, et que très souvent leur refuse l'organisation moderne du travail. (Applaudissejnents.) Si cela est, l'effort constant de la société doit être de donner satisfaction, dans toute la mesure possible, à leurs légitimes aspirations, en reconnaissant, en sanctionnant, en protégeant les droits économiques qui leur appartiennent. {Applaudissements. )

Voilà, comment, dans ma pensée, le problème doit être posé : il est très grave, assurément, parce qu'il touche aux intérêts, et qu'aucun terrain n'est plus difffîcile à aborder.

Pourtant, je i3ense que les catholiques doivent l'envisager résolument et prendre nettement paiti dans le débat. Je le pense parce que je suis persuadé que, de leur attitude là-dessus dépend leur situation dans le pays, et la question de savoir si la barrière, qui trop souvent les sépare du peuple, tombera ou s'élèvera davantage.

Je le pense aussi, je le pense surtout, parce que, dans ma conviction, c'est l'esprit même du catholi-

COMBVTS. 1. 3o.

A66 COMBATS DHIEU ET D AL JOURd'hUI

cisme. ce que j'appelais tout à l'heure le sens catholique qui leur dicte ici leur devoir, et que, bien audessus de leur intérêt public, bien au dessus de leur avenir dans le j)ays. le souci désintéressé de rester fidèles à la tradition de leur K<ilise. à son en sei finement constant, à rasj)iralion divine de leur foi, doit dominei- leurs esprits. {\ ifs applaudissements.)

Mais quand nous disons ces choses, on nous arrête aussitôt et on nous oppose que l'heure est mal choisie pour parler aux ouvriers de leurs droits : bien plutôt, dans les conditions révolutionnaires qui troublent la ^société, faudrait-il leur parler de leurs devoirs.

Messieurs, je voudrais là-dessus, et une fois de plus, m'expliquer très nettement.

Sans doute les ouvriers ont des devoirs, ils en ont comme ceux qui les emj)loient et comme nous tous, quel que soit notre état. Ils ont des devoirs envers Dieu, envers eux-iuêmes, envers le prochain, ils en ont envers la société et envers le pays. Ces devoirs, le catéchisme chrétien et la loi civile les leur apprennent : et, précisément, comme nous croyons, nous autres catholiques, que la loi civile est souvent impuissante à gouverner la conscience, et que le gendarme est \\\\ insuffisant prédicateur de morale, comme nous sommes convaincus que la grande erreur de la Révolution dans l'ordre philosophique, sa véritable hérésie, a été de séparer la loi civile de la loi divine, par une rupture définitive, nous demandons énergiquement que l'éducation chrétienne soit conservée aux enfants du peuple comme aux nôtres, et que toute liberté au moins soit donnée aux prédicateurs de morale, institués par l'Eglise, pour leur enseigner leurs devoirs, comme nous voulons qu'ils nous les enseignent à nous-

mêmes. (Applaudissemenls .) Si on entend tirer de cette constatation, que la société ne saurait subsister pacifiquement sans le secours de la religion, nous sommes tous d'accord et je ne pense pas qu'on puisse reprocher à ceux dont j'essaye d'exposer les idées, de méconnaître cette grande vérité, ni les obligations qu'elle leur impose, pour la défense de la liberté religieuse. {Applaudissements.)

Mais cette constante et essentielle revendication n'épuise pas leur action sociale. Les devoirs et les droits se tiennent dans une étroite corrélation et c'est la meilleure manière d'obtenir le respect des uns que de reconnaître les autres.

Messieurs, vous êtes prêts à applaudir quand des hommes, dont nul ne peut récuser l'autorité et le savoir, quand M. Brunetière. hier encore, comme dans ses précédentes conférences, démontre et fait éclater à tous les yeux le caractère social de la religion catholique, faction sociale que le christianisme exerce dans le monde. J'applaudis avec vous et je remercie de tout mon cœur le maître qui apporte aux idées qui nous pressent, lappui de sa forte parole et de sa puissante dialectique. {Applaudissements.)

Mais ce n'est pas assez d'applaudir : il faut conclure et conclure pratiquement par des résolutions et par des actes; et comme il s'agit ici, non pas de la vie privée de chacun de nous, mais de la vie publique de tous les catholiques, c'est sur le terrain découvert de cette vie publique qu'il faut porter ces actes et ces résolutions. Je ne connais pas, pour des citoyens, d'autre manière de témoigner leur adhésion à une doctrine.

Donc, Messieurs, le catholicisme étant, par essence,

468 COMBATS IJIIIEK El D AL JOLUDHLI

une religion sociale. — cest de fjuoi ()ersoiine ne disj)ule plus entre nous — son aetion doit nécessairement s'étendre au ilelà des questions personnelles, audelà des relations individuelles : elle doit s'étendre à la vie même de la société, à toutes les relations quelle fçiit naître, et particulièrement à celles quenf^endre la vie écouoinique ; car la vie économique met en cause toutes les questions ([ui intéressent le plus directement l'humanité, la famille et sa subsistance, la propriété et son usage, la paix publique et la prospérité de la nation.

Dans cet ordre d'idées, il ne s'agit plus seulement de soulager la misère et de secourir la pauvreté, il s'agit de garantir des droits sociaux : il ne s'agit plus seulement de charité, il s'agit de justice.

Et la justice, dans son acception sociale, se reconnaît d'abord à ce trait décisif : qu'elle a pour eflet d'assurer la protection des faibles contre tous les dangers de la force, qu'ils naissent de l'abus volontaire que les hommes en peuvent faire, ou de l'involontaire excès où les entraînent les circonstances. {ÀfjplaudLssemenf^.)

Voilà, tel que je l'aperçois, le caractère social du catholicisme, celui qui apparaît toutes les fois qu'on pénètre son histoire et sa doctrine, qu'on les dégage des obscurités dont les ont enveloppées les passions humaines, les ambitions temporelles, les circonstances et les mœurs des longs siècles durant lesquels cette histoire s'est déroulée, celui qui a fait, par dessus tout, la grandeur, la puissance et la gloire de l'Eglise, celui qui a inspiré toutes ses grandes œuvres d'apostolat, qui a donné à ses œuvres de miséricorde inie action si profonde, et que j'ai moiilié éclatant, à travers les âges, en paroles immorlellcs, depuis les

COMBATS d'hier ET d'aUJOLRD'hUI /jÔg

temps de saint Ambroise jusquà ceux de Léon XIll. {Applaudissements prolongés) .

Il en devait être ainsi justement parce que le catholicisme est avant tout une religion d'amour et de sacrifice, et que le propre de lamour et du sacri lice est, pour les grands, dabandonner au profit des petits, quelque chose de leurs forces et de leurs avantages, pour tout dire en un mot, de vaincre l'égoïsme.

Trop souvent. Messieurs, les catholiques ont oublié ce caractère fondamental de leur foi et c'est ainsi, je le disais en commençant, qu'ils se sont laissé dérober par le socialisme une portion de leur héritage. {Applaudissements.)

11 faut la réconquérir. Il ne faut pas permettre que cette religion d'amour et de sacrifice soit abaissée au point de paraître une religion d'intérêt, et qu'on puisse reprocher à quelques-uns de ceux qui la professent, d'y voir surtout une organisation de sécurité publique, une institution établie pour la défense des riches contre les révoltes des pauvres, et comme une sorte de gendarmerie sociale. {Applaudissements.)

Cela, c'est la théorie de la religion bonne pour le peuple, et je n'en connais pas de plus odieuse. {Vifs applaudissements .) Pourtant voilà l'accusation qu'on nous jette à la face.

Tant que nous n'en aurons pas triomphé, le malentendu persistera : on rendra hommage aux vertus de ceux qui donnent l'exemple de la charité et de la bienfaisance, mais au fond des âmes populaires subsistera une incurable méfiance.

Ah ! je sais qu'à cette façon de poser la question on oppose encore une objection. On dit : qu'appelez-

/lyO COMBATS d'hier ET d'aUJOURd'hUI

VOUS les faibles ? dans lélat écononHqiu' aclucl, les ouvriers ne sont pas les plus faibles, ils ont pour eux la force dune organisation puissante, dont ils abusent trop souvent, et l'appui déclaré des pouvoirs publics.

Ma réponse sera très brève et paraîtra, je lespère. sulïisamment précise.

Ceux qui doivent, par leur labeur quotidien, gagner leur pain de chaque jour et celui de leur famille, dont la subsistance est soumise à la fluchialioii constante des circonstances économiques, et pour qui la maladie et la vieillesse sont une perpétuelle menace d'insécurité, ceux-là sont les plus faibles : parce qu'il n'y a pas. pour une créature humaine, de plus grande faiblesse que l'incertitude du lendemain. {Applaudissements répélés.)

Or c'est la grande, la criminelle erreur de la Révolution dans l'ordre économique, d'avoir laissé cette multitude, sans autre arme que la colère et la révolte, en face des injustices et des inégalités de la vie ; et c'est de là que résulte pour les ouvriers la faiblesse organique de leur condition. 11 faut y porter remède ; je ne connais, pour le faire, que deux moyens : la solidarité professionnelle et la protection de la loi.

Messieurs, vous entendez bien que je ne puis, ce soir, sous peine de prolonger indéfiniment cet entretien déjà trop étendu, passer avec vous en revue tous les droits qu'il me paraît nécessaire de garantir aux ouvriers, et dresser un programme complet des revendications sociales que je crois juste de soutenir avec eux. J'ai, d'ailleurs, en d'autres circonstances, déjà anciennes, essayé de remplir, au moins en partie, cette tâche difficile. L'Association catholique de la Jeunesse a bien voulu, tout récemment, au congrès

COMBATS D HIER ET DAUJOLRDHLl 47I

de Chalon, accueillir de nouveau les idées qu'il y a plus de dix ans, j'exposais devant ses membres à Saint-Etienne. {Applaudissements.)

Aujourd'hui, je n'ai voulu toucher, pour ainsi dire, que les sommets de la question, et indiquer les fondements sur lesquels repose tout le programme social que je ne cesse de recommander à mes amis.

Tout à l'heure je les précisais en deux mots, en disant que les droits des faibles me paraissent devoir trouver leur garantie dans la législation et dans la solidarité professionnelle.

Inscrire dans la loi. pour la protection de la famille, pour la sécurité et pour l'hygiène des travailleurs, pour la préservation de leur vie contre les accidents, de leur vieillesse contre la misère, des dispositions formelles qui empêchent légoïsme ou, si vous voulez, la fatale pression des intérêts, de prévaloir contre la justice : ouvrir largement la porte, en la facilitant de toutes manières, à l'initiative des particuliers et des associations, pour compléter l'action nécessairement limitée de la législation ; assurer aux travailleurs le plein exercice de l'association professionnelle, en favorisant son développement naturel, jusqu'à ce que le progrès des mœurs permette de l'universaliser, en la prémunisant contre ses propres excès, par l'extension même de ses facultés et spécialement par le droit de propriété : seconder, enfin, franchement, sincèrement, par l'exemple multiplié des œuvres sociales, la marche toujours grandissante de ce mouvement syndical qui emporte l'Angleterre, la Belgique, l'Allemagne, les Etats-Unis, malgré les profondes différences de leur état social et politique, bien plus rapidement encorv^ que la France : tel est.

à mos yeux, le très bref résumé d'un programme qui, vous le voyez, Inisse a])par;tîlre, dans ses détails et dans ses eoiisé(|iienees, toutes les applications que peuvent l'aire naître les relations économiques, et parlieulièreniiMil — car cesl le fond de la question — réfablissement du contrat de travail. (Àpplaitffi.sseinrnfs jjrolo/Hjés.)

Ces idées, Messieurs, ne me sont pas personnelles et elles ne sont plus noiivelles. Elles ont fait, depuis un quart de siècle, un chemin rapide dans l'esprit de tous ceux qui réfléchissent à l'avenir de notre pays, et qui veulent consciencieusement aider la démocratie à trouver sa forme définitive.

J'ose supplier les catholiques de les étudier sans parti piis. sans se laisser aller surtout à la peur des mots, à la suggestion des opinions convenues, à la trop facile tentation de les écaiter davance sous prétexte de socialisme.

La question est plus haute, en vérité, et plus profonde.

A beaucoup de gens, aujourd'hui, qui ne sont ni des utopistes, ni des perlurbatcnirs, mais seulement des observateurs attentifs, il apparaît que l'extrême développement des droits individuels, qui est le propre de la démocratie, appelle comme un contrepoids nécessaire la puissante organisation des forces sociales : peu à peu, par la force naturelle des faits, par l'impérieuse pression des besoins, supérieures à toutes les théories, plus puissantes même que les révoltes de l'égo'isme. peu à peu s'effrite ainsi, tombe en ruines et succombe, la funeste conception de l'individualisme. iApplaudisseineiils.)

De toutes parts et dans tous les pays, la loi tend

COMBATS d'hier ET d'aujourd'hui /iyS

davantage, en raison de l'immensité des entreprises industrielles, et du lien qui, par là même, les unit à la vie nationale, à intervenir dans le coiitrat du travail ])our la protection des faibles, pour la garantie de l'hygiène et de la sécurité.

De toutes parts aussi, et plus s'élargit l'hori/on économique, l'association devient davantage le recours nécessaire de tous les intérêts, leur grand moyen de défense et d'action, le grand instrument de leurs accords mutuels et de leurs transactions.

Comment, par les restes d'une opposition d'école, pourrions-nous résister à un mouvement si universel ?

Comment, en vertu de quel principe, en raison de quelle indignité, les ouvriers seuls pourraient-ils être tenus en dehors de cette immense transformation ?

Comment, dans un état oii la puissance politique leur appartient pour une si grande part, cette portion , de la puissance économique pourrait-elle leur être refusée ?

C'est une question de justice {Appkiiidissements) : et c'est pourquoi une telle contradiction est, précisément, l'une des causes principales qui menacent et qui troublent l'ordre politique. Car il n'y a rien de si profond que le sentiment de l'injustice ; quand il s'éveille dans les âmes, elles perdent promptement la maîtrise d'elles-mêmes, et si, comme un soufiQe de tempête transforme en incendie le feu d'une étincelle, si quelque parole enflammée, quelque appel à la révolte et à la haine vient alors les soulever, nul ne peut mesurer jusqu'ofi elles peuvent se laisser emporter ; c'est l'histoire, c'est !e fond de nos discordes civiles.

Messieurs, il y a trente ans passés, que les ayant

[\'][\ COMBATS d'iIIKU KT d'aUJOUUd'hUI

vues, hélas ! de trop près, nous nous sommes jetés, mes amis et moi, dans la vie puhlicpie et dans l'action sociale. (Applaudissements.) Nous y sommes entrés avec la sincérité la plus entière, avec un désii- ardent de contrihuei' dans la mesure de nos forces à ajjaiser les âmes populaires, avec une foi profonde tlans la vertu sociale du calholicisme. Un élan du ((rur nous a |)iéci|)ilés sur la roule où nous mai'clions encore, l'alignés cl vieillis, mais non découia^yés : la réflexion, rélude et l'observation des faits nous y ont affermis : un joui" est venu oii l'Eglise, en qui nous avions mis notre confiance, a élevé la voix et, nos idées, nos travaux, nos espérances se sont trouvés confirmés {Longs applaudissements) : par là, nous avons connu la joie la plus haute que des cœurs chrétiens puissent resseidir. Puis, autour de nous, dans les milieux les plus divers, nous avons recueilli l'écho i)eu à })eu grandissant de nos propres paroles, et. par là. nous avons connu la plus noble satisfaction que puissent goûter les serviteurs d'une idée. (Applaudissements .)

Aujourd'hui que, pour nous, l'âge esl venu, ralenlissant nos ardeurs, et faisant moins forle notre \o\x. demeurés fidèles au grand enthousiasme tic nos premières années, nous nous tournons vers cette jeunesse, qui grandit dans la lutte et dans la douleur, mais que tourmente, comme la nôtre, le besoin de communiquer quelque chose de son âme au peuple qui l'environne, au pays qu'elle veut servir ; et nous éprouvons ce suprênnie réconfort de la vieillesse, (jui est de se donner l'illusion de la durée, en reconnaissant dans ceux qui lui succèdent ses aspirations et ses pensées. (Vifs applaudissements.)

Gardez, jeunes gens, gardez comme un inesliinable

trésor et votre foi religieuse et votre foi sociale. L'une servira de lumière et d'aliment à lauJre.

Défendez avec une ardente énergie votre foi religieuse, proscrite et persécutée, mais dans lardeur de ces combats, n'oubliez pas que vous ne la servirez efficacement qu'en la faisant connaître dans sa plénitude, aimer dans toute sa fécondité sociale {Applaudissements) : par-dessus les obstacles, par -dessus les résistances, par dessus les échecs, élevez sans cesse votre regard et votre pensée vers l'avenir : c'est pour lui que vous vivez, c'est lui qui vous appelle et c'est lui qui vous récompensera. {Longues salves d'applaudissements. Une ovation prolongée est faite à M. de Mun.)

îlï

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