‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 4)Chapitre 35 sur 58 · LETTRE A M. L'ABBE FREMONT · texte numérisé non relu

LETTRE A M. L'ABBE FREMONT

Auteur d'un opuscule sur les ouvrages, récemment condamnés par le Saint-Siège, de M. l'Abbé Loisv.

Paris, le 2 2 février lyo'j.

Monsieur l'Abbé,

J'ose à peine vous exprimer, me trouvant si peu autorisé dans une telle question, avec quel plaisir, quel profit, quelle reconnaissance j'ai lu vos Lettres à l'abbé Loisy. La forme m'en a ravi : car vous avez su. à force de grâce dans le style, de vivacité dans l'exposition, mettre à la portée de tous les lecteurs, sans en amoindrir la gravité, ce sujet si dilïîcile et si délicat.

Quant au fond, je iTaurai pas l'impertinence de le louer : je me permettrai, seulemenl, de dire que vous avez admirablement fait comprendre aux profanes la nature du débat, en leur montrant, avec une clarté saisissante, l'erreur de labbé Loisy, sa source et ses conséquences, tout en conservant à la discussion son haut et savant caractère de controverse doctrinale.

Mais c'est surtout ma reconnaissance que je tiens, comme catholique, à vous exprimer. Les livres de M. Loisy. révélateurs de son état d'àme, ont fait appal'aître, en même temps, par l'accueil qu'ils ont reçu, toute l'étendue du mal déjà causé par une mentalité qui ne lui est pas particulière.

Je ne parle pas seulement des gens du monde, tou-

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jours enclins à so laisser séduire par la nouveauté, par ce qu'ils appellent la liaidiesse on la largeur des idées, même et peut-être surtout dans les matières qu'ils connaissent le moins. Cette disposition sest accrue, chez eux, dans la circonstance, de la tendance croissante vers le naturalisme, que développe, dans les sociétés en apparence les plus éloignées des influences officielles, l'air ambiant créé par l'état général du pays : et c'est déjà un grand mal, car. (juclle (pie soit leur incompétence, la position sociale qu'ils occupent leur conserve encore une réelle action sur l'ensemble de l'opinion.

Mais c'est parmi les catholiques actifs, militants, principalement dans une partie du clergé, que, sous une autre forme, avec moins de légèreté extérieure, le mal est le plus répandu, et, là, il est bien autrement redoutable.

Les livres de l'abbé Loisy ont été accueillis, par beaucoup, dans ces milieux, avec une sympathie vraiment effrayante : sa condamnation, redoutée, y a causé une amère déception à ceux, trop nombreux, qui avaient cru voir, dans ses écrits, le signal d'une sorte d'afl'ranchissement de l'esprit : on a clierciié, de toutes manières, à en amoindrir la portée, et précisément en insistant sur cette séparation entre l'histoire et la théologie, dont vous montrez si bien le péril.

Il y a dans le jeune clergé, — vous le savez bien mieux que moi. mais j'en puis parler cependant avec quelque expérience, — ini mouvement général d'idées, souvent vague et mal défini, déterminé sans doute par le généreux désir de conquérir plus facilement les in tel ligences, mais inspiré aussi, il faut le dire, par une certaine impatience de l'autorité, un certain dédain de la tradition, propres aux sociétés démocratiques, qui le

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porte à applaudir, presque a priori, toutes les doctiines, toutes les opinions soi-disant nouvelles, lorsquelles paraissent élargir la foi, raccommoder avec la libre-pensée.

Le rationalisme envahit ainsi, à leur insu, les âmes .sacerdotales, et pénètre celles des lîdèles. Il y a là lindice d'une crise intellectuelle et religieuse profonde, dont les effets, si on n'y prend garde, peuvent être incalculables : c'est, pour la religion, un danger bien plus grand, à mon avis, que la persécution.

Aussi souhaiterais-je que votre livre, si clair, si décisif, si charitable pour l'adversaire, en même temps que si fondé en doctrine et en véritable érudition, fût répandu à profusion dans le monde ecclésiastique et parmi les membres des œuvres catholiques. Les évoques y pourvoiront, j'espère.

Pour moi, j'ai fait, je continue à faire, en ce sens, dans ma petite sphère, ce que je puis. C'est très peu, je le sais : mais c'est le meilleur moyen, pour moi. de vous témoigner ma gratitude pour le grand service que vous aurez rendu aux âmes, gratitude dont je vous prie. Monsieur l'Abbé, de trouver ici et de vouloir bien agréer l'humble hominagc, avec celui de mon plus respectueux dévouement.

A. DE Ml>.

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Publiéo (?n tè.lc do l'oiivraffe de M. E. Dédé. sur Les SociiHés de secours nwUiels et leur mie économique el social.

Paris, le 'i mai 190/1.

Cher Monsieur .

Je vous remercie très vivemeiil tl'avoir bien voulu me communiquer les bonnes feuilles de votre livre sur les Sociétés de Secours mutuels. Le sujet, d'une si grande actualité, le nom de l'auteur si heureusement connu, pour sa compélence et sa laborieuse activité, de tous ceux qu'occupe le mouvement mutualiste, celui de la femme éminente dont le généreux exemple et l'initiative courageuse méritaient si bien l'hommage de votre travail^, tout se trouvait ici réuni pour exciter, à l'avance, mon intérêt el ma sympathie.

Cependant, je vous l'avoue, je croyais, sans que l'une ou l'autre en fussent amoindris, ne rencontrer qu'une occasion de m'instruire dans un ouvrage que je supposais purement technique, sur la législation, les méthodes d'organisation, les formes diverses de la Mutualité ; et je craignais un peu de ne pouvoir ainsi, faute de suffisantes connaissances, vous exprimer (|ue ma gralilude. sans y ajouter, au sujet d'idées plus générales, une opinion sérieusement motivée.

\ous me réserviez une très agréable surprise. Sans

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