‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 4)Chapitre 49 sur 58 · VI · texte numérisé non relu

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LES NOCES D'Oil DU CERCLE MOMPAUN ASSE ET L'(t;CMlE DES CEHCLES CATHOLIQI ES DOl \ KIERS »

TieiilcH|iiatie ans onl [)assé depuis le jour où, pour la prcmièie lois, jeulrai au Cercle Monlparuasse ; ce jour a décidé du reste de ma vie.

Le soir de Noël, de Tannée 1871. l'OEuvre des cercles catholiques d'ouvriers y naissait dans une petite chambre d'ouvriers. La maison où elle trouva son berceau, demeura pour elle, j^eudant les années de sa florissante jeunesse, le foyei" l'amilial où elle ^iiit. dans l'ardeur de ses grandes eiilrejnises. retremi)er ses forces au contact de l'amitié populaire, et chercher, au soir de ses succès, l'accolade émue des amis du prcmici' jour.

Réunions de la grande salle, oii les armoiries des anciennes corporations d'artisans évoquaient les gloires du travail chrétien, banquets joyeux où. dans l'élan des étreintes l'ratei'uelles. prêtres et travailleurs, soldats et hommes du monde, patrons et ouvriers, choquaient leurs verres en buvant à la France régénérée, quels sou\enirs garde, entre ses murs, cette maison du boulevard Montparnasse !

I. Préface de la Ijrochiire publiée par le Cercle Montparnasse, Il loccasion du cinquantenaire de sa fondation (iSôô-igoS).

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A l'heure où elle célèbre le cinquantième anniversaire de sa fondaHon. ils viennent en foule assiég'er ma pensée.

Ces trente quatre années écoulées depuis que j'y fis mon ])remier pas. ce n'est pas seulement une vie d'homme, c'est une page d'histoire pour mes compagnons et pour moi.

•Sans doute, si je voulais essayer de l'écrire ici. il me serait trop facile d'en retracer les tristesses et les humiliations. Si. envisageant les fruits de la politique humaine, ou même le destin terrestre des causes qui me sont chères, j'en voulais compter les déceptions, ce serait peut-être une parole de découragement qui viendrait sous ma plume.

Pour beaucoup de nos contemporains frivoles et légers, les quelques hommes qui, le 20 décembre 1871, s'assemblaient au Cercle Montparnasse, paraissent d'éternels vaincus. Après l'accablement des défaites militaires, navons-nous point connu lamerlume des défaites civiles •} N'avons-nous j^as. douleur suj)rème, vu notre religion sainte couverte d'outrages et livrée à la haine de ses persécuteurs ? ?s 'avons-nous pas enfin subi l'inévitable souffrance des temps troublés, les déchirements intimes, le partage des consciences et l'épreuve de nos propres divisions !' Oui. j'en conviens, cette histoire fut douloureuse,

Et pourtant, quand je ramasse d'un regartl tous mes souvenirs, quand je compare notiv temps à ceux qui le précédèrent, je trouve encore que notre part fut belle et que nous fûmes des privilégiés.

Si. de ces années d'inquiète et obscure démocratie, nul de nous ne peut dire, comme Talleyrand, de l'ancien régime expirant, qu'il a connu la douceur de

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vivre. Ions peuvent leiidro à leur tcmj)s un plus noble lénioignaj^c. Ils ont connu la joie de Inllei' (pii. même dans la dél'aile. csl une j)lus profonde, plus enlièi'c et pins sa i ne jouissance (juc la doncenr de \i\ie. parce ([u"el le saisil riiomnie tout enliei", le grandit, le tiansl'oinie et le l'ait \il)rcr jusqu'au fond de lui-même. Ils ont conini des heures incomparables, (piand, em|)oilés pai' la foi. l'âme exaltée dune ardeur inconnue, ils se livjaient sans rései've, au «rand ïéve (jui les possédait, à l'espoir enthousiaste de la réconciliation sociale accomplie par la force du dévouement.

Mais c'est trop |)eu dire. Les après joies de la lutte et les intimes satisfactions du cœur ne sont que les récompenses personnelles du labeur chrétien. Notre long effort a porté d'autres fruits et j'ai eu tort de parler de nos défaites.

Par nos idées, par nos œuvres, nous avons déterminé un mouvement, désormais impossible à refouler, ou plutôt, car une telle vue des choses contemporaines peut paraître trop présomptueuse, l'évolution irrésistible des esprits et des événements a apporté, apporte chaque jour, à ces idées et à ces œuvres, une éclatante, une croissante consécration.

Il y a trente ans, on nous jugeait coupables de dangereuse intransigeance et de folie réaction naiie. Dix ans plus tard, lorsque nos idées sui' la législation sociale et les réfoimes économiques se furent affirmées, par des projets de loi, au grand jour des débals parlemeidaires, ceux mêmes ([ui nous reprochaient d'attaquer trop ouvertement la Révolution, nous

accusèrent d'être devenus d'inquiétants révolutionnaires.

iNous n'avions pas chano^é cependant. Quand nous parlions de la Contre Révolution, nous n'étions pas des rétrogrades ; quand nous ])roposions nos idées sociales, nous n'étions jias des révolutionnaires.

Notre ambition, dès le premier jour, et jusqu'au dernier, fut d'être des réformateurs chrétiens, dociles aux enseignements de l'Eglise catholique, résolus à les appliquer dans la mesure de nos forces, sans nous émouvoir des colères et des résistances.

Tout pénétrés des ardeuis de la foi, ayant pris pour programme « les définitions de l'Eglise sur ses rapports avec la société civile ». entraînés vers le peuple par l'attrait le plus sincère et le plus désintéressé, nous entendions répudier de toute notre énergie la philosophie du xvm" siècle, les doctrines individualistes, et régo'isme des grands, qui sont les traits caractéristiques de l'ancien régime. Ceux-là seuls s'y trompèrent qui voulurent nous dénoncer à ropiniou, et ce ne furent pas tous des ennemis de l'Eglise.

J'ose dire, après plus de trente ans écoulés, que notre programme était juste, qu'il l'est encore, et que les faits, mieux que tous les discours, se sont chargés d'en démontrer Tactualité.

J'ose dire, quelque paradoxe qu'il puisse y avoir dans un tel propos, à l'heure même où la Révolution, toute-puissante, exerce sa force plus tyranniquement que jamais, j'ose dire que la Contre-Révolution a fait lentement, mais sûrement, son chemin dans les esprits, dans les idées et dans les faits.

La llévoluli(jn csl une doctrine philosophique et sociale : c'est le ralioiialisme érigé en règle de gouvernemeiil et d'éducation, la loi liumaine, afl'ranchie de la loi di\ine ; et c'est aussi l'individualisme établi en maître dans la vie nationale, le faux dogme de légalité absolue substitué à la nolion dos devoirs réciproques.

L'histoire du dernier siècle repose tout entière sur celte double erreur.

Or quelle est, à l'aurore de ce vingtième siècle, encore si trouble, chargé de si menaçants orages, quelle est l'évolution profonde de notre temps ?

Sans doute, l'éducation rationaliste encouragée par l'exemple des hautes classes, imposée par les gouvernants a pénétré les masses populaires, y semant à pleines mains l'irréligion cl l'impiété. La révolution sociale est partout, dans l'Etat, dans les institutions, dans la famille. Cela est vrai et c'est l'etfet naturel d'un siècle de Révolution.

Mais, est-ce que, de toutes parts, dans les milieux intellectuels, parmi ceux qui pensent, qui écrivent et qui parlent, il ne se fait pas contre le rationalisme une éclatante réaction ? est-ce que le besoin de croire, de soumettre la raison humaine à un critérium supérieur, n'apparaît pas chaque jour plus impérieux, plus pressant, à mesure que grandit l'anarchie morale ■*

Et n'est-ce pas la plus certaine des défaites qui s'annonce pour l'esprit de la Révolution, que cet aveu d'insuffisance de la raison souveraine à gouverner seule les esprits et les âmes?

COMBATS d'hier ET DAL JOURDHUI 5'j3

Sans (loiite aussi, le socialisme dElat. fniil spontané de l"indi^idualisme. est devenu, dans une Sîjciété privée de tous ses organismes naturels, la ressource suprême des faibles et des déshérités, et son impuissance à les soulager provoque les soubresauts, chaque jour plus elYrayants, de la révolte anarchique.

Mais est-ce que, dans le monde du travail tout entier, le mouvement syndical, expression moderne de lorganisation professionnelle, ne surgit pas comme la pierre d'altente du régime corporatif? Est-il une industrie, une entreprise, un effort d'organisation, d'action, de l)roduction. qui puisse réussir sans la jiTiissance de la collectivité ?

Dans ce mouvement toujours ascendant, c'est folie de croire que la vie sociale se limitera aux transactions individuelles : plus on ira. plus, dans toutes les manifestations de racti\ifé humaine, dans tous les rapports du capital et du travail, dans tous les contrats qui les régleront, la forme collective prévaudra. Lassée, épuisée de la longue lutte entre lindiA idu et l'Etat, de l'éternel et stérile recours de la faiblesse au despotisme, notre société, celle du monde entier, cherchera, de plus en plus, dans l'association, le dernier abri de l'initiative privée, le dernier rempart des intérêts individuels.

L'association est maîtresse du temps et du paAs. Hiei-. lorsqu'on a voulu détruire la plus vénérable de toutes, l'association religieuse, on n'a pu le faire qu'en envelopi)ant l'attentat dans l'association elle-même : on a exclu de son bienfait une catégorie de suspects, mais il a fallu qu'on en reconnût aux autres le droit natureL Cela seul est une révolution politique, arrachée par la force des situations, aux héritiers directs de la doctrine individualiste.

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Deniiiiii. quiiiKl la conjiiralioii maçonnique triompliaiilt'aiiia clécoiiiomié la France de son tilre séciilaire de nation ealliolique. c'est encore l'association qui sauvera la Foi menacée, (jui préseix cra l'Eglise ])ersécutée. qui reconstituera le peuple cliiéticn.

Ainsi sur tous les terrains» aussi sûrement que la Révolution était en marche dans l'ancien régime, la Contre Révolution est en maiclie dans la société moderne.

Elle ne se fera pas sans souffrances et sans épreuves. Le temps est lointain, sans doute, où le christianisme re})rendra ses droits dans la société, dans ses mœurs, dans ses lois, dans ses institutions, où. du chaos syndical et de l'anarchie révolutionnaire, sortira l'ordre régulier de l'organisation corporative.

Mais déjà, le germe de ces grandes transformations apparaît dans notre âge inquiet.

Un jour, peut-être, lorsqu'elles seront accomplies, les chercheuis de documents retrouveiont, dans quelques archives poudreuses, le procès-verhal de la réunion où fut fondée rCEuvre des cercles catholiques, et ils feront placer sur l'humble porte de la maison, ([ui fut le cercle Montparnasse, une plaque commémorative où ils graveront ces mots : « Ici. le 25 décembre 1871. fut commencée la Contre-Révolution 1 »

LETTRE \ M. ALBERT HYRVOIX DE LANDOSLE '

Paris, le i5 juillet njn'j.

Mon cher Ami,

Je vous remercie de m'avoir communiqué les premières livraisons de la nouvelle publication que vous a>ez entreprise, avec le savant bénédictin dom Besse, en vue de contribuer à la restauration de lesprit chrétien, dans notre société que le naturalisme a si profondément pénétrée.

J'espère, en généralisant ainsi votre pensée, ne pas la dénaturer. Ce n'est pas seulement, en effet, un organe d'études spéciales, c'est une œuvre que vous avez voulu fonder.

Si la lecture des premiers fascicules de la Vie de la Paroisse ne suffisait à m'en convaincre, je n'aurais, pour m'en assurer, qu'à me reporter aux souvenirs d'un passé lointain, mais toujours présent à mon esprit comme à mon cœur.

L'intimité de l'action commvme et du travail quotidien nous rapprochait alors. Que de fois, dans les causeries qu'appelaient entre nous les événements, la

I. M. Hyrvoix de Landolle. ancien secrétaire du comte Albert deMun. venait de fonder une revue intitulée La Vie de la paroisse.

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Icclure. la icnconlrc des hoiuiiu's. nous ;noiis rcliangé lies idées donl jo rctroHxc. a\cc riiiolioii. jns([ii"à la forme, dans \os écrits danjoiirtihiii ?

Avez-voiis. comme moi. jyai'dé la iiu-nioire de ces enireliens ([iii charmaienl nos longues routes à travers les clieuiins de la J3asse-Brclagne, et. le soir, reposaient noses])rits des prosaïques soucis de la campagne électorale, quand nous devisions, dans l'hund^le chambre du Faouët. près des restes du modeste souper où la bonne Anna avait mis tout son savoii"?

J'étais dans 1e l'eu de l'ardeni' calholiqne <pii end)i'asait mon âge mûr, et qui bride encore au loyer refroidi de ma vieillesse. Yous étiez tout pénétré des leçons de cette grande école de Solesmes. doù rayonnait encore la gloire, à peine éleiide. de dom (înérangei".

C'est l'u vous écoulant (jue j'appris à connaître les beautés, entrevues jusque-là, de la liturgie catholique.

Louis Yeuillot m'avait dit. lorsque je lui lis ma |)remière visite, au début de ma vie publique : u Ayez toujours près de aous un Nolunn' de rinsloiic de l'Eglise I I) J'ai connu, en avançant dans la carrière où Dieu m'avait jeté, toute la portée de celte parole, et comment l'intelligence de l'histoire générale, les vues d'ensemble qu'elle suggère, varient profondément, suivant qu'on y considère la marche et l'action de l'Eglise, ou qu'on n'y aperçoit que les effets de la politique linmaine.

Xos entretiens m'ont aidé à suiM'c le conseil de Louis ^enill()t. En pénétrant avec vous dans les niNsléiicnscs l)eaidés de lait chrétien, en sni\ant sur le cycle sacré le développeineid annuel de la \ie catholicpie. j'ai compris quels trésors de sagesse l'I de poésie trop sou-

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vent dédaignés, quelles sources abondantes de force et d"émolion. ignorées de ceux mêmes pour qui elles sont ouvertes, découvrent aux enfants de l'Eglise l'evplicaiion de ses fêtes, la signification de ses pompes, l'interprétation de ses chants et la description de ses monuments.

Que ses ennemis repoussent ces joies de Tâme, de l'esprit et de riiiTagination, qu'ils les méprisent ou s'efforcent de les nier, cela sans doute est naturel.

Qu'elles soient étrangères aux indifférents, tout entiers livrés à la vie superficielle du monde, à l'orgueilleuse contemplation de la science, aux jouissances bornées de l'art païen et des lettres humaines, cela se conçoit encore sans peine.

Mais que les chrétiens, nourris dans la foi catholique, habitués à en pratiquer les préceptes, se refusent à eux-mêmes cette connaissance de leur religion, si propre à enthousiasmer leurs âmes, c'est une faiblesse que peut seul expliquer le rationalisme invétéré dont la société issue de la Révol ition a, pourainsi dire, imprégné les esprits.

Votre Revue réagira contre cette funeste tendance. Dans la littérature, dans l'art, dans l'histoire, dans la politique contemporaine elle-même, elle se placera au point de vue chrétien, développant ou restaurant chez ses lecteurs le sens catholique, leur enseignant, dans tous les ordres d'idées, l'amour et l'admiration de l'Eglise.

?Sul ne sera plus heureux de la seconder et d'applaudir à ses succès que

Votre vieil ami. toujours très dévoué.

Â. DE MuN.

COMIÎATS. — I. — 07.

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