‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 4)Chapitre 48 sur 58 · I. V roccasion du Coiigirs annuel do T Vssocialion on igoô · texte numérisé non relu

I. V roccasion du Coiigirs annuel do T Vssocialion on igoô

COMBATS D HIER ET D AUJOURD HUl OOI

talion contre les attentats qui les menacent et la résistance contre la persécution qui leur est annoncée .

Le Congrès n"a pas manqué d'accomplir à cet égard tout son devoir : mais il n'a point voulu enfermer son action dans ce programme de combat accepté d'avance. Il s'est donné une autre tâche.

Il a prétendu rappeler, par son exemple, aux catholiques qui pourraient l'oublier dans lardeur des luttes présentes, que rien ne les saurait détourner du devoir social dont les charge leur titre d'enfants de l'Eglise.

Il a voulu montrer que pour justifier ce titre glorieux, il ne leur suffît pas de tenir tête à leurs ennemis par la parole et par l'action, mais qu'il leur faut encore travailler sans cesse à faire aimer leur mère, du peuple détourné d'elle par la calomnie, et qu'il n'y a pas, au milieu de la tourmente, de meilleure manière de la défendre et de la servir.

C'est par là surtout que votre Congrès me paraît mériter la louange.

L'heure était particulièrement bien choisie pour offrir aux esprits attentifs cet exemple et cette leçon.

Le parti socialiste, en effet, qui. si longtemps, a promis au peuple des réformes effectives, tombe aujourd'hui dans une irrémédiable faillite. Depuis qu'il est maître des majorités parlementaires et qu'il domine les conseils du gouvernement, il a trahi toutes ses proinesses pour se livrer, sans relâche, par la destruction des forces vives de' la nation, à son œuvre de désorganisation sociale.

Il n'a donné au peuple ni une loi protectrice de son travail et de sa vieillesse, ni une institution tutélaire de ses droits. Le peu que les ouvriers possèdent, à cet égard, leur vient d'un temps où les socialistes n'exerçaient dans

5;^)2 COMBATS n HIER ET D AL JOLUn IIUI

les assemblées (inunc très restreinte influence, où, en revanche, l'initiative et la collaboration des catholiques ont permis à la législation sociale et à l'organisation professionnelle de s'établir dans le pays.

Depnis. lien ne s'est fait \)o\\v les lra\aillenrs. Nous nous déballons dans les luttes stériles, dans les discordes intéiieures. dans les tourments de la guerre religieuse : la Franc-Maçonnerie, la Libre-Pensée dictent aux socialistes et aux radicaux, asservis à leurs passions, une politique d'abdication.

Autour de nous, tous les pays du monde progressent dans la voie des réformes sociales. Seuls, ])aralysés par cette attitude des majorités, nous demeurons dans l'immobilité.

Les catholiques ne peuvent accepter cette humiliation : ils doivent non seulement dégager leur responsabilité, de cette faillite politique, mais apporter au pays des programmes positifs, des réformes pratiques, qvii suppléent à l'impuissance des partis au pouvoir.

Vous l'avez compris admirablement, vous et vos amis. Sans rien abandonner des devoirs que vous imposent les douloureuses circonstances du moment, vous avez voulu affirmer, une fois de plus, vos doctrines et vos idées, manifester publiquement le fruit de vos études constantes et désintéressées.

Les persécutés ne pouvaient faire aux ])ersécuteurs une plus belle réponse, offrir à l'Église un plus beau gage de leur amour, au peuple une marque plus éclatante de leur dévouement.

De tout mon ca^ur, je vous en félicite, et. autant que je le puis, je m'unis très affectueusement à vos travaux cl à vos résolutions.

Votre fidèlement dévoué. A. drMu.n.

RAPPORT PRÉSEMÉ V LWSSEMBLÉE ANNUELLE DE L'ŒUVRE DE VILLEPINTE

(7 juix TijoSj K

Émixexce ,

Mesdames,

Messieurs,

Que diiai-je. après tant dillustres personnages, écrivains, orateurs et poètes, appelés chaque année à Fhonneur, que je reçois aujourd'hui, de représenter un moment près de vous les hommes généreux dont le zèle et le dévouement soutiennent l'hôpital de Villepinte ?

Chacun d'eux, voulant susciter votre charité, et sentant la vanité des paroles en un tel sujet, a compté, pour émouvoir vos cœurs, sur sa i)ropre émotion.

Tous a\aienl, afin de préparer leur lâche, fait une visite à Yillepinte; tous, d'un mouvement irrésistible, recommençant avec vous leur poignant pèlerinage, ont voulu faire parler la douleur, la sachant plus élo-

I. En raison de l'état de santé de ^L de Mun, ce rapport a été lu par un des membres du conseil de l'Œuvre.

qucnte que leurs discours, cl lui demander, comme le poêle

(Quelque cri plus (jrofond et plus inespéré

([u'ellc n'eûl pas eucoie n lire d'une àine humaine ».

.le l'erai comme eux. Ce nesl pas, cependant, vers la seule douleur que je voudrais tourner vos regards : tous les jours, sans aller jusqu'à Villepinte, ne la heurtez-vous pas sur votre route? C'est bien plutôt vers la vie surnaturelle qui, surgissant à chaque pas, dans cet asile de la soutTraiice et de la morl. en éclaire l'horreur d'un céleste rayon, dont le cœur, après qu'on l'a quitté, demeine illuminé.

D'autres, plus compétents, vous oïd dit les terribles progrès du lléau grandissant qui tarit les l'oi'ces vives de la nation, et. pareil au Minotaure antique, dévore la fleur de sa jeunesse.

Ils vous ont montré, en face de ce sombre tableau, le fortifiant spectacle offeit par la science de tous les pays, coalisés dans une lutte gigantesque contre l'ennemi commun de la race humaine : et. vous conduisant à travei's les corridors et les salles de Villepinte, ils vous ont fait admirer la recherche hygiénique, qui applique aux jeunes fdles hospitalisées toutes les découvertes de l'observation, toutes les prescriptions de l'art médical, toutes les ressources de la plus ingénieuse prévoyance.

Mais ce n'est qu'un côté de l'institution soutenue par les administrateurs de la maison et dii'igée par les admirables filles de Marie-Auxiliatrice.

A Villepinte, les corps sont souvent guéiis : les âmes le sont toujours. C'est la beauté pai'ticulière de l'ŒuNre, celle qui la distingue des œuvres semblal)les. la rend

plus complète, plus efficace, et lui assure une puissance qu'aucune autre ne peut atteindre.

Parlant à des catholiques, j'ai voulu lui rendre cet hommage. Leur racontant, à mon tour, mes impressions, je n"ai pu me défendre, devant eux, de cette vue surnaturelle qui. par-dessus tout, à Yillepinte, a ravi mon esprit et mes yeux.

J'y arrivais, préparé par le récit que. durant la route, mon guide m'avait fait des origines de la maison .

Les œuvres de Dieu ne sortent point tout armées, comme les entreprises purement humaines, du cerveau d'un inventeur ou des délibérations d'un savant conseil. Elles naissent le plus souvent d'une inspiration du cœur, qui jaillit d'une circonstance fortuite, et entraîne aussitôt les volontés. Quand elles s'épanouissent en succès imprévus, on interroge les fondateurs : « Comment avez-vous conçu ce grand projet ? » Us l'ignorent eux-mêmes : c'est le mystère divin.

Yillepinte en porte la marque. Beaucoup de vous savent cette histoire ; plusieurs l'ont peut-être oubliée, quelques-uns l'ignorent. A ceux-là. je la redirai ; les autres me pardonneront pour l'amour de la chère maison.

Les Sœurs de Marie-Âuxihatrice, dans leur couvent de la rue de Maubeuge, avaient fondé, pour les jeunes fdles. le Secours Mutuel qui. moyennant une faible cotisation, procure à ses membres, en cas de maladie, le médecin, un lit et des soins pendant trois mois. Un article des statuts stipulait qu'on n'admettrait pas les ouvrières atteintes de maladies chroniques.

000 COMBATS D HIER ET D AL JOLRD IIUI

Or, un soir do novembre, froid et brumeux, deux sœurs qvuMcuses entraient dans la |)auvre bouticjue d'une marchande d'étoffes et demanduiciil huniblcnieiil quelques mètres de flanelle. « C\'s\ pour nos jeunes filles malades ! — Ah ! dit la marchande, vous vous occuj)ez des jeunes tilles malades? Si aous pouviez guérir ma ])auvre enfant ! » El, les yeux pleins de larmes : « Venez la voir. » Par un mauvais escalier, raide et obscur, elle les conduisit à une soupente où. sur une paillasse, râlait, secouée d'une toux profonde, une jeune lille aux joues pâles et creusées. « Quel âge a-t-elle P — Dix-sept ans. — Mais il lui faudrait un peu d'air, une chambre plus grande. — Je n'en ai pas d'autre, je couche dans la cuisine. — Alors, dirent tout bas les Sœurs, l'hôpital vaudrait mieux ! — Oh ! non, pas l'hôpital 1 Je vous en prie, mes bonnes Sœurs, prenez-la et guérissez-la 1 » Les Sœurs s'éloignèrent en pleurant, elles contèrent leur visite à leur Supérieure et, le lendemain, la petite ])htisique fut installée dans une chambre confortable.

De cet élan de charité, naquit r(J£uvre des poitrinaires : après l'enfant de la mercière, il s'en trouva d'autres aussi misérables. Comment les repousser P

Afin de donner aux malades du Secours Mutuel un peu de grand air, les Sœurs avaient loué, sur la lisière de la forêt de Bondy, près de ce Livry qu'illustra M""" de Sévigné, quatre pavillons voisins, qu'en l'honneur de la marquise, on appelait Coulanges. Chaulai. Grignan et Sévigné.

Coulanges, plus isolé, fut réservé au\ nouvelles clientes que, parla grâce de Dieu, la phtisie conduisait rue de Maubeuge.

Les Sœurs allaient d'un pavillon à i'auîre, sous

COMBATS D HIER ET D ALJOURD HLI 00'

iescorte de Slorliiie. un pauvre chien abandonné, reeneilli. lui aussi, par charité, qui les gardait, le soir, des mauvaises rencontres.

Une nuit, dans le pavillon de Coulangcs. une jeune malade se mourait : au milieu du sommeil troublé qui préparait son agonie, elle rêvait, le visage inquiet dabord. et bientôt souriant. Soudain, elle se réveille, les yeux ardents, et appelle la Sœur : ^ Quavez-vous, mon enfani i' — 0 ma Mère, j'ai vu, en songe, dans une campagne couverte de verdure, une maison grande et belle, où des jeunes filles poitrinaires entraient en foule, reçues par les Sœurs : les unes guérissaient, les autres mouraient, mais toutes avaient un visage radieux I J'offre le sacrifice de ma vie pour que Jésus réalise mon rêve. »>

L'enfant expira aux premiers rayons du jour.

Peu après, le château de Villepinle. situé non loin de Livry. était à vendre. C'était l'année même de ces décrets fameux du 29 mars 1880 qui, une première fois, avant la grande tempête de 1901, courbèrent sous un violent orage les Congrégations religieuses. Pouvait-on, dans un tel danger, engager, par l'achat d'un domaine, une si grande entreprise?

Les conseillers habituels des Sa^urs. mêlés aux affaires publiques, les détournaient de celte folie. Dieu la voulait. Elles n'écoutèrent que Lui.

La demeure en briques qui, depuis trois siècles, s'appelait le Château-Rouge devint V Asile Sainte-Marie. Le sacrifice d'une enfant du peuple, ignorée, avait d'avance marqué la maison du signe surnaturel.

Lorsque j'y entrai, un des jours de ce maussade priiilemps, le ciel était f:;iis ; un vent froid traversait la longue plaine de la banlieue parisienne : où donc était tout le u triomphe du mois de mai » que M™" de Sévigné trouvait eu arrivant à Livry ? L ue infinie tristesse tombait sur le cœur.

Du premier pas, les Sœurs me conduisirent à la terrasse couverte, abritée des vents du nord et de l'est, où les malades font leur cure d'air. Dites-moi. vous qui lavez vu. sil est un tableau plus saisaissant 1 Si vous ne lavez pas vu, allez le voir, vous ne l'oublierez jamais. Cela est plus poignant, même, que la salle terrible, celle des grandes malades, où déjà la mort est assise à tous les chevets.

La mort est toujours un sujet d'effroi ; mais on la rencontre partout. Le pavillon de la cure dair n'est qu'à \ illepinte : et là, sur ces chaises longues d'osier, rangées en un large demi-cercle, vers l'air qui porte l'espérance, ce n'est pas la mort, c'est bien la vie. mais une vie torturée, tourmentée d'angoisse et de souflrance. plus effrayante que la mort : des visages pales, d'autres ardents, avec des yeux brillants, de pauvres faces creusées, et des corps amaigris, enveloppés de couvertures, étendus presque immobiles, et de toutes ces poitrines, des toux qui s'exhalent, pénibles, haletantes, dans un dialogue affreux, d'une chaise à l'autre.

Il faut monter là. défder devant les malades, dont les têtes s'inclinent doucement, avec des sourires pâles, pendant que les yeux regardent, un moment distraits.

COMBATS D HIER ET D ALJOURD HUI OOQ

On se sent gêné, mal à l'aise, dans cette sorte de revue qu'on se reproche, au fond du cœur, comme une indiscrétion : on n'ose regarder, on voudrait aller près des lits, dire une parole! Mais laquelle? El, humilié d'être impuissant, en face de ces douleurs, on suit la Sœur qui dit gaîment bonjour à ses enfants, appelle les sourires, encourage d'un mol, réconforte d'un regard.

jNous revenons sur nos pas : des cris joyeux, des rires enfantins, nous font tourner la lête. C'est la troupe des petites. « Celles-là, ma Mère, si gaies, avec ces belles mines, sont-elles donc aussi des malades? — Elles ont la tuberculose dans le sang : l'hérédité, l'alcoolisme des parents, la maison empoisonnée par les microbes ! »

Et. sans songer à la marque fatale, elles s'amuseni, joyeuses, sous la garde dune Sœur qui rit. bavarde, j oue avec elles. On arrête un instant devant moi le petit troupeau, et on me montre la plus petite, que sa voisine, de six mois plus vieille, appelle <( baby » : une bonne grosse figure joufflue, au regard épanoui. « Atteinte aussi, celle-là, avec ce visage, ma Mère? — Oui. et c'est la méningite qui la guette. »

Justement, comme la douloureuse image du lendemain réservé à ces pauvres enfants, d'autres, plus grandes, sortaient de la maison, déjà flétries, avec toute une histoire de souffrance dans les yeux. On dirait qu'elles vont chanter le cantique d'Ezéchias : « Ma vie a été coupée comme par le tisserand I loisque j'ourdissais encore, il m"a tranchée. »

56o COMBATS d'hier ET d'aUJOURD'hL I

Je ii(> ïrviù pas avec vous la visite des dortoirs : ce n'est j)iis ce (juc je vous ai promis. Mais laissez-moi, au tenue du chemin, vous arrêter un moment, à la sortie de celle salle des grandes malades, au fond de lM([uelle. (jeviinl la slalue de la Vierge Marie, une lamj)e loiijonis allumée semble une image de ces vies prèles à séleindre, dans un souille que recueilleia la Mèie de Dieu.

Là. sur le seuil de ce calvaire, jai causé doucement avec les Sœurs, el leurs paroles brûlent encore mon cœur. Ce fui un enlielien presque joyeux.

« Quand la mort vient, ma Mère, disais-je loul oppressé, là. entre ces lits si ra|)j)iocliés. counncnl fait-on pour dérober la \uq de l'agonie dernière aux survivantes 1>

— Oh ! dit la Sœur en souriaid. on met bien un paraventautour du lit ; mais pourquoi cacher la mort? Elles l'attendent toutes, elles y sont prêtes, elles n'en ont pas peur. Songez d'abord comme elles ont souffert, et quelle vie malheureuse, pleine de misères elles vont quitter; et puis, si vous saviez comme la grâce de Dieu opère en ces âmes! Celles mômes qui arriAcul. ignorantes de toute religion, révoltées, irritées contre la souffrance, sont bien vite apaisées, ramenées par la divine almosphère qui règne ici. Alors l'horreur s'évanouit, il n va plus que de doux et pacifiants spectacles. Un jour une ])nuvre petile, presque une enfanl, interrogeait aACc un peu d'anxiété la Sœur qui la \ cillait: (' Qu'esl-ce ([ue c'est donc que la mort! » Con)ment lui dire, aulrement que par une image? elle était si

COMBATS d'hier ET DAL JOLTIDULI 56 1

petite! « Mon enfant, c'est le saut d'un eufanl sur les genoux de son père! » Et la voilà, ravie, (pii jusqu'à la fui. sans peur, répète cette parole avec joie.

(( Avec joie ! Oui. Le mot paraît prescpie une piofanation. et cependant, c'est bien, dans cette salle qui vous semble si affreuse, le sentiment dont les âmes sont pénétrées. Il faut voir ces visages souriants, les jours de fête : à Xoël. quand les lits sont enguirlandés elles crèclies illuminées ; à la Fête-Dieu, lorsque Jésus vient lui-même, au milieu des tleurs. visiter les malades ! Les larmes coulent, mais non des larmes de douleur! Même les fêtes les plus profanes sont gaîment célébrées : cette année, au jour de Tan. nous étions frappées plus que jamais de la joie qui riait dans les yeu\ ! »

Le jour de l'an! Pour ces jeunes filles. cependaiiL la terre n'a plus d'avenir. Alais il leur reste le Ciel ! et d'avance elles en rêvent, comme d'un grand repos lumineux. Ce sont, entre elles, d'étranges émulations : (( Ah ! disait l'une, en voyant sa voisine près de mourir, elle partira avant moi ! Surtout, dès que vous serez jugée, dites au bon Dieu de venir ine chercher!»

Tandis que j'écoutais, malgré moi ma pensée é^oquait ces drames de la misère dont, chaque jour, la presse nous apporte les douloureux détails : le père sans travail, ou chassé de la maison par la tentation de l'alcool. i)rometteur d'oubli ; la mère découragée, sans force et sans secours, vouant ses enfants à la mort pour les sauver de la vie, et le réchaud terminanf . dans une agonie désespérée, les souifrances inconsolées. Ici, du moins, la mort n'est plus une fin mais un commencement.

Celle qui m'initiait à ces mystères de l'âme devina-telle les comparaisons qui s'offraient à mon esprit?

562 COMBATS d'iIIEK ET DAUJOURD'hUI

(( N'allez j)as croire. r('|)rit elle ([uc. dans celle aspilalioii vers la (léli\ raiicc, il iiy ail qu'un rêve eiiranlin, on même vme sonllrancc lassée. Oli ! non. Il se l'ait ici, loiis les joins, dhéi'oïques sacrifices: la pelile morte de Coulanges a laissé sa trace partoid. Et ce sont des vies offertes pour un père incroyant ou perverti, pour une mère mourante, pour des frères, pour des sœurs malades ! L'année dernière, qualre jeunes filles avaient l'ail, entre elles, un vœu pour le salut de leur famille ; elles n'avaient lien: elles prirent leurs vies, en les désignant chacune d'vni nom de fleur, en formèrent un bouquet qu'elles présentèrent à la Sainle-Vierge, en échange de la grâce espérée ; elles ne s'appelèrent ])lus. depuis lors, que le lys. la violette, la rose et la marguerite. Le bouf[uet s'est elTenillé fleur à fleur: la violette fut cueillie la dernière. »

Nous avions, cependant, traversé la maison, et sur ces derniers mots, la Sœur m'ouvrit la chapelle. Ce fut comme une réponse aux questions qui se ])ressaieid encore à mes lèvres. La Croix se dressait dans l'ombre du sanctuaire, et la parole de Bossuet montait vers elle : « Oii Marie a-t-elle trouvé ses enfants?... Avec Jésus-Christ... buvant l'amour des souffrances aux sources sanglantes de ses blessures. »

Le moment du départ approchait. Les Sœurs voulaient me laisser d'autres souvenirs. En gagnant la porte, elles me tirent Iraverseï* le réfectoire desenfanls. (jui se termine en demi-cinire. « C'est notre théâtre! » et, comme j'interrogeais, surpris : « Oui. il faul distraire, amuser les mahules encoi'e à j)eu près

COMBATS d'hier ET DAL JOLRDHUI 563

Aalides ; et souvent, pour les fêtes, on organise de petites représentations qui les ravissent, où leur imagination vive, éveillée, se plaît infiniment: cela les détourne du reste ! Tout est bon pour y réussir, et les personnes qui s'intéressent à nous ne savent pas quel bien elles font, quel plaisir elles causent, quand elles veulent bien nous envoyer pour nos enfiints. des jouets, des images, des cartes postales, dont les grandes, même, et les mourantes s'amusent, ou bien quelques bouteilles de bon vin qu'elles boivent à leur santé ! Le moral est la moitié de la guérison !

— Guérison. ma mère? Vous en guérissez donc vraiment P — Oh! certes, quand elles sont prises à temps! Plusieurs, sorties d'ici, se ])ortent très bien, se sont maiiéos. ont des enfants Aigonreux. Au second degré, c'est plus rare ; là encore nous réussissons. Mais que voulez-vous!* Quand elles sortent, les mêmes causes produisent les mêmes effets. La tuberculose leur est venue de la misère, du mauvais air de l'atelier, de la veillée, du travail de nuit, des maisons contaminées où elles dorment : elles y retournent et elles retombent. 11 le faut l)ien. La famille les attend pour gagner le pain de cha(|ne join\ A demi guéries, elles reprennent le fardeau de misère, et alors!... Il y a quelque temps, l'une d'elles nous disait : (( Il faut ([ue je m'en aille : ma mère est veuve, elle a deux petits enfants à nourir. elle ne peut pas travailler ; on meurt de faim à la maison ; je vais y retourner, gagner encore pendant quelque temps, si je peux, jusqu'à ce que les enfants soient en âge de gagner à leur tour; et puis je reviendrai: cette fois-là, ce sera pour mourir ! » Elle est revenue et elle est morte. »

L'heure est arrivée. Nous partîmes. Quand nous ren-

56/i COMBATS d'hieu et d'aijolhd'hui

liâmes à Paris. !a iiuitcommeiivail. Sur les IxjiilcAai'ds. la > ic s'agilail l)rillanl(' et luxueuse, les aulomobiles se croisaienl, les lliéâlies uioulraient en lellres de feu l'annonce de leurs plaisirs, les reslauraids s'allnmaient |)()in' les fêles du soir, les magasins Jîrillaieiil. et. derrière les vitrines, je croyais voir les pauvres ouvrières, pressées par le travail, faisant, la poitrine courbée, leur premier pas sur la loute de Villepinte 1 Qui paiera la rançon de ces joies, mères de tant de soulïVancesP

Je m'arrête bien vite. Il ne faut ici que des paioles de charité.

Les bienfaiteurs n'ont jamais fait défaut à l'Œuvre de Villejîintc ; mais la mort, qui frappe partout , éclairci t leurs rangs cbaque année.

MM™" la comtesse de Chabiol. la baronne de Sénarmont. Le Riche, Paliard, Leduc, la comtesse de Goulombiers. souscrivaient une part de fondation annelle : Dieu les a rappelées à Lui.

M. Bailly. un des amis les plus dévoués de r()En\re. non content de sa fondation de capital et de renlietien annuel d'un second lit, ouvrait sa bourse au\ pauvres malades, chaque fois ([u"(^n lui signalait une nécessité pressante.

M. le baron Davillier, dont le nom est inscrit sur une plaque de marbre à la tête d'un des lits, donnait chaque année un souvenir à la maison.

M'"" Lebauily. qui s'était (diargée dune annuité, venait, quand la mort l'a frappée, d'en fondtM' une nouvelle.

COMBATS DHIER ET DAUJOLRD'hUI 565

M. Eugène Bazin entretenait, avec les souscriptions de quel([ues-uns des siens, celle qu'autrefois avait donnée M"" Bazin.

M. Saly Stern continuait, depuis longtemps, à payer le quart de lit souscrit par M""" Saly Stern.

L'Académie Française déplore encore la perte d'un des siens, illustre dans les arts, qui représentait une des traditions de la France chrétienne, au milieu de cette ville de Rome dont une politique impie veut la détourner. M. Eugène Guillaume aimait ^illepinte. il admirait le bien prodigué aux âmes, en même temps que les soins donnés aux corps: il offrait à la maison l'entretien annuel d'un demi-lit.

Enfin, il me sera permis, pour clore cette liste funèbre, de saluer, avec une particulière émotion, le nom d'un homme de bien à qui m'unissent des liens chers et intimes. M. Maurice Hennessv était de ceux dont on peut presque dire qu'ils n'ont pas d'histoire, en leur a[)pliquant la parole de David : « Le juste qu'a-t-il fait ? » Le Psalmiste se répond aussitôt à luimême : c< Le Seigneur aime la justice : son visage a vu l'équité. » La mort, qui s'était éloignée de M. Hennessy après lui avoir, une première fois, annoncé son approche, le surprit en quelques heures. Il l'accueillit avec une calme sérénité, confiant dans la justice et l'équité de sa vie, que le Seigneur avait vue ; il dit, lorsqu'il eut. en pleine connaissance, reçu l'Extrême- Onction : u L'Eglise est une bonne mère, elle aide ses fils à mourir en paix ! » Ce furent ses dernières paroles.

Peut-être se souvint-il alors, pour fortifier son âme, du généreux appui qu'il prêtait à la maison de Villepinte, en mémoire de la compagne, toujours pleurée.

566 COMBATS d'hier et D'AUJOUnn'lIlI

(le SCS licurcusL's aiiiici's. (|iii en lui uik- des insigm'S bienfaitrices.

A ces noms, je dois aj ou le r encore ceux de MM.Houelte. Baroclie. Louchet. Besnard, le comteEliede Bcaunionl ; de MM"' " Delornu", Simon. Duez. Cli. Martin. Bigaull, Porte, la comtesse d'Elampes.

Sans doute, les fondations et les dons se reiiouNcllcnl pour fermer les \ ides ouverts par la mort.

Dans Tannée qui s'est écoulée depuis votre dernière Assemblée, l'OËuvrc a recueilli, de neuf fondateurs, des souscriptions qui s'élèvent ensemble à 79.960 fr. ; en même temps, elle recevait 72.186 francs de dons, parmi lesquels figurent: la souscription du Figaro pouv 2i.3o3 francs ; un anonyme pour 25. 000 francs, et une toucbante offrande de 5oo francs, que je me reproclierais de ne pas citer, car elle est le pieux souvenir offert à sa patrie par Sa Majesté la Reine de Portugal.

Ce sont, assurément, de féconds encouragements. Mais, d'un mot. je vous en indiquerai rinsuirisance, en disant que le budget de l'Œuvre est en déticit de 55.583 francs.

Ae vous récriez pas! Il y a d'abord, à ce déficit, une très bonne raison. L'hôpital a dû, cette année, faire une dépense considérable pour l'établissement des bassins filtrants qui épurent les eaux usées. La salubrité de la maison, celle du pays voisin, exigeaient ce sacriiice. Les administrateurs l'ont fait, en escomptant votre charité.

Puis, esl-il nécessaire de le dire? les besoins de ces pauvres poitrinaires, qu'il faut entourer de soins particuliers, dans leur hygiène, dans leur alimentation, vont toujours grandissant.

Songez qu'en ajoutant à la maison de Yillepinte celle

de Ghamprosay et le sanalorium d'Hyèies. où soûl recueillies les anémiées et les uon-bacillaires, l'Œuvre doit pourvoir à rentretien de plus de lioo malades, qui représentent, pour l'année, 120.275 journées.

Et pourtant on ne gaspille rien : une jeune fille, à l'agonie, ayant reçu, de la Sœur qui la soignait, deux cuillerées d'esprit de menthe, refusait la troisième, en disant: u C'est assez, ma Sœur, je vais mourir, et cela coûte cher ! »

Je vous laisse sur ce mot qui, une fois encore, évoque la grande pensée du sacriiice volontaire !

Puisse l'exemple liéroïqne des mourantes de Milepinte susciter dans vos âmes des merveilles de charité !

Page 1