C:OMBATS D HIER ET DALJOiKDHLI (loi
(k'iils. les drogues de 1789. on lui peniiellraif de se mêler des affaires publiques.
Mais le terrible est qu'elle a une doetriiu» intégrale. qui n'est pas seulement un ensemble de eioyances reli gieuses, mais une règle politique et une loi sociale.
Cette doctrine est ancienne : elle est cependant tonjouis nouvelle et c'est pourquoi je pense qu'il faut s'y tenir, comme cet homme dont parle Quinet. ({ui. dans le fort de la tempête, se fait attacher au grand mat. pour ne jias être emporté par les vents.
J"ai pris ce parti au milieu de ioutes les vérités nouvelles dont je sens autour de moi la menace ou la séduction. C'est celui que prescrit encore Bossuet : « Opposons à ces esprits légers et à ce charme trompeur de la nouveauté, la pierre sur laquelle nous sommes fondés I). Ce n'est pas toujours, il est vrai, le moyen de plaire. Mais il faut s'en consoler.
Lu grand maître de la politique, dont Paul Bourget a. cette année même, l'appelé la haute autorité à notre âge inatlentif. n'a-t-il pas éei'il :
« Il y a des hommes qui par leurs sentiments appartiennent au passé et par leurs pensées à l'a^ enir : ceux-là trouvent difficilement leur place dans le temps présent. »
Je recommande la parole de Bonald à ceux queffraieraient ces propos d'un ancien.
coMBvTS. — I — 3y.
A1>1J)CUTI0N
prononcéf: a l\ soirée offerte PA1\ L'ASSOCI VTION'
I)K l.A .lElNESSE CATHOLIQUE A SON PRÉSIDENT. M. .lEAN EE»OLEE '
Mes chers Amis.
Je ne puis que pai' de brèxes paroles saluci- voire président el m'associer aux i'élicilalions doni rciiloui-c aujoui'dliui votre Assoeialioii.
Mais la elialeur des sentiments ne se mesure point an nombre des mots. Jean Leiolle sait l^ieii <jue mon atîeelion jîoiu" lui ne saurait lui faire défaul. (|ucl (jue soit le sujet qui éuxeuve son eœur.
Elle lui appartenait par droit de naissance, avant (|u"il ne l'eût conquise par l'éclat de sa parole et l'ardeur de son dévonment poui- la cause que nous défendons ensemble.
Il le sait et vous le savez aussi, vous tous dont c'est ici la fêle non moins que la sieinie.
Chacun l'a dit a^ant moi : la distinction dont le Chef suprême tic l'Armée catlioli(|ue vient d'honorer Jean Lerolle. c'est la décoration (lonnée au drapeau.
I. A l'occasion de sa nomination dans l'Ordre de Saint-(iréffoirc-le-Grand dont le Pape Pie \ l'avait créé chevalier (3o novembre igoà).
COMBATS d'hier ET d'aUJOURd'hLI 6iI
Une fois de plus, le \ôlre est marqué de ce signe des braves qui veut dire : Soldats, je suis content de vous ! Je vous en félicite de tout mon cœur.
L'encouragement du Pape vient, mes amis, je puis le dire sans excéder la mesure, à une heure solennelle pour l'Église, pour la France, pour nous tous, fds dévoués de l'une et de l'autre.
Demain, quelles que soient les dispositions arrêtées par le Souverain Pontife, quelque forme que puisse prendre la lutte provoquée par les ennemis de notre religion, demain, va s'ouvrir un combat douloureux, j^eut-t'tre tragique, dont nul ne peut prévoir le terme et les phases diverses. C'est le combat dont Pie X a dit. en répétant la parole des saints livres : « Non est veslra pugna, sed Del ».
Serrez-vous donc, par des serments renouvelés, autour de ce drapeau tant de fois décoré, comme de bons soldats au moment de l'action.
Avez-vous lu l'allocution, qu'hier, à Postdam. l'empereur allemand adressait aux recrues de la garde : (1 C'est comme chrétiens que vous avez prêté aujourd'hui serment de fidélité au drapeau >. et il leui- rappelait le geste du prince Eugène, lorsque devant les soldats, à qui l'empereur Léopoldle présentait comme leur général en chef, il élevait un crucifix vers le ciel en disant : (; Voilà celui qui doit être votre généralissime ».
Fas est et ah lioste doeerl ! Jamais le vieil adage ne fut plus vrai.
Car c'est, il faut l'avouer, un fier langage, le langage d'un chef, chez qui l'amour exalté du Christ est inséparable de la passion pour la Patrie, de la foi dans sa force et dans son esprit militaire.
Puissions-nous, si l'avenir prochain nous garde des
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épreuves nationales, n'entendre jamais (|ne de semblables paroles sur les lèvres des chefs et des soldats !
Mais ce n'est pas sevdementaux combats contre l'ennemi du dehors qu'elles s"api)li(iuent, c'est aussi, et avec une éclatante vérité, aux luttes contre l'ennemi du dedans. Car votre patriotisme même vous fait, à l'heure ])réseiile. un devoir de combattre pour votre foi.
A ceux qui ont voulu la ^iiei-re, et rpii. en s'élonnant de vous la voir accepter, vous ap|)ellent déjà de m^auvais citoyens, vous direz comme saint Maurice et ses compagnons : c Empereur, nous sommes vos soldats, mais nous sommes aussi pourtant les scrvileurs de Dieu, i^our lui, furent nos premiers serments : si nous violons ceux-là, quelle confiance aurezvous dans les autres P »
Messieurs, à la veille de ces combats, vos anciens vous saluent avec une grave émotion. Il y a trois ans, le président que la France peut bien envier aux États- Unis, parlant des hommes qui, jadis, poussèrent vers l'ouest la marche de la nouvelle République, disait à leurs descendants : <t C'étaient des pionniers, des hommes d'entreprise et d'énergie, des hommes d'espérance et d'attente ■ .
11 faut f[u"un jour on puisse dire la même chose de nous, à nos descendants. Ions nous avons voulu être des hommes d'entreprise et d'énergie, ^lous. les vétérans, nous n'avons pu être que des hommes d'attente 1 Vous, à votre tour, vous voilà des hommes d'espérance.
Verrez vous le succès, la xictoire de l'idée qu'ensemble nous avons servie, la riMiaissance de la France chrétienne ? C'est le secret de Dieu : votre honneur sera de l'avoir espéré.
COMBATS d'hIEU ET DAUJOURDHUI 6l3
On racoiile que le poète John Burns entendil. un soir, sur une plage d'Ecosse, des matelots chanter une chanson de lui ; il s'approcha d'eux et leur demanda : (( Qui a fait cela ? — Nous n'en savons rien ; personne n'en sait rien ; nous chantons cette chanson parce qu'elle esl belle. » Burns. alors, salua la mer retentis santé et dit : « That's glory. voilà la gloire ! »
Ainsi, mon cher Lerolle, les descendants de ceux qui vous entourenl aujourd'hui, répéleront vos discours et vos gestes, les discours et les gestes de votre père ! Si ([uelqu'un leur demande qui les leur apprit, nul peutêtre ne pourra le dire : ils sauront seulement que ces paroles et ces gestes sont beaux, parce qu'ils expriment réternelle vérité.
Vos fds. alors, mon cher Jean, vos petits-fils, mon vieil ami. salueront cette mémoire, et, comme John Burns. ils diront : « Voilà la sloire!... »
ADRESSE A S. E. LE CARDINAL lUCHARD
AUCHEVÈQUK DE PARIS (l" JA^MER I90O)
Le 1" janvier 1906, M. le comte Albert de Mun, président du comité et secrétaire général de l'Œuvre des cercles catholiques d'ouvriers, assisté des membres délégués du comité directeur, MM. de Gailhard-Bancel. député; GeoU'roy de Grandmaison, de Marolles, le comte de iSicolaï et Delaine, olFrait à S. E. le Cardinal-archevêque de Paris, au nom des cercles de Paris, représentés, chacun, par leur directeur et une députation, les vœux de tous les membres de l'Œuvre.
Voici l'adresse qu'il lut à cette occasion :
Eminence,
Le comité général de l'Œuvre des cercles catholiques d'ouvriers, le comité et les cercles de Paris, vous prient très respectueusement d'agréer leurs vœux les j)l us vifs et l'hommage de leur entier dévouement.
Si les représentants légaux de la nation ont décidé de ne plus reconnaître aucun culte, et de rompre toutes relations oflicielles avec l'Eglise, ils n'ont pu engager, dans cette apostasie, la France catholique qui, malgré la violence faite à sa volonté, entend rester fidèle à sa foi.
COMBATS DHIEU ET DAL JOl RDHL I 6l5
Le renouvellemenl de l'année donne à ses fils, pour la première fois depuis la promulgation de la loi de séparation, l'occasion d'oft'rir publiquement à leurs chefs spirituels l'expression de leurs sentiments. Nous la saisissons, pour notre part, avec empressement.
Catholiques et Français, nous protestons de toutes nos forces contre l'outrage infligé à notre religion nationale et à la tradition historique de notre patrie.
Humblement soumis à N. S. P. le Pape, nous promettons d obéir, sans hésitation et sans discussion, aux instructions qu'il donnera à l'Eglise de France, pour ce qui regarde sa constitution et ses rajiports avec l'Etat. En attendant sa décision, nous sommes résolus à ne rien faire (|ui puisse engager l'avenir, par une liàlive participation à la législation nouvelle, le caractère purement civil des organisations que cette législation prétend imposer aux fidèles, et les dispositions qu'elle applique aux propriétés des évêchés et des paroisses, nous défendant de la leconnaître à moins d'ordre exprès de Sa Sainteté.
Docilement subordonnés à notre archevêque, nous prenons l'engagement de mettre à son service notre entière bonne volonté, pour toutes les mesures qu'il croira devoir prendre en exécution des directions pontificales, de seconder de tout notre pouvoir, dans notre sphère, son action pastorale, tant par notre dévouement personnel que par celui de nos associations, et de ne rien entreprendre, au point de vue de l'organisation du culte, qui ne soit ordonné, dirigé et approuvé par lui.
Quelles que soient les conséquences de la lutte à laquelle peut nous condamner le régime inauguré par la loi de séparation, quelques sacrifices qu'elle ]>ous
OjG combats j)"iiii:k et daljoludiht
impose, nous sommes prrls. avrc la ^ràcc de Dieu. îi les acce])ler couia^euseincnl.
iNolif œuvre. diseiiL nos statuts, a [)oui- i)iinçipe les enseignements de IKo-lise sur ses iaj)poits avec la soriélé civile. Nous uian([ueiioiis gravement aux serments qui nous lient envers elle, si, dans une circon.stunce où ces rapports sont directement, expressément en cause, nous adoptions une autre règle de conduite <(ue celle doiil le Paj)e esl. pf)urnous. le seul et souverain juge.
Les statuts de noire œu\ re ajouleni (pi'elle a j)our l)ut le dévouement à la classe ouvrière. Nous oublierions l'objet même de notre association si nous ne j)ro[estions. au nom des travailleurs, contre une désorganisation du culte religieux qui. en raison même de leur condition matérielle, les frappe plus directement que tous les autres citoyens ; nous trahirions leur cause si nous paraissions, en aeeeplanl la rupture de la France avec riiglise calholique. renier la protection mah'rnelle doni elle n'a cessé de couvrir les faibles v[' les déshérités, si. au nom de ceux dojil ikjus voulons défendre les droils, nous ne condamnions une entreprise dirigée contîc le jjlus ancicji. le plus respectable de tous, contre le droit qu'ils tiennent de leur propre origine, dont le constant exercice a fait, dans la suite des siècles, la gloire et la force de leurs pères, le droit d'apj)ar!enir à la première des nations calholiques. à celle qu'hier iiicore Pie \ a appelée « la tille aînée de n-glise ,..
^ous déposons aux pieds de Notre Éniinence l'iioinmagc de ces sentiments, et nous espérons qu'Elle voudra bien le transmettre au Souveraiji l\jnlife. a\ec celui de noire tiliaie obéissance.
COMBATS d'hier ET d'aL JOL Rd'hLI 617
Nous Lui demandons de bénir ces résoliftions et nous prions Dieu de Lui donner, dans la rude-épreu\e qui désole son âme, toutes les grâces dont Elle a besoin, loutes les forces qui Lui sont nécessaires.
Heureux si nous pouvons, par notre profonde vénération et notre ardent dévouement, consoler son cœur el adoucir sa tâche ^ !
Son Éniiuence, après avoir remercié en termes affectueux l'émineiit orateur et tous les membres de l'Œuvre, les invite à espérer, malgré tout ce qu'ont de douloureux les circonstances présentes. 11 en puise les motifs dans l'union resserrée de tous les catlioliques, prêtres et fidèles, autour du Pape et des évèques, et dans les vertus renouvelées des familles chrétiennes. Les membres des Cercles catholiques se recrutent dans l'élite ouvrière : l'Eglise sait qu'elle peut compter sur leur fidélité. L'Œuvre des Cercles, au milieu de la contradiction n'a cessé, depuis trente-cinq ans, de grandir el de s'alîermir à Paris ; l'Église, toute son histoire en fait foi, grandira aussi dans la lutte.
Les membres des divers Cercles de Paris, présentés par leurs directeurs, défilèrent ensuite devant le Cardinal, qui parla avec bonté à chacun.
La corporation de Saint-Eiacre lui offrit une magnifique gerbe de lilas blanc.
Parmi les ouvriers, il y en eut qui lui rappelèrent qu'ils venaient pour la vingt-huitième, la trentième, la trentedeuxième fois lui apporter leurs vœux.
L'émotion de tous était profonde et ce spectacle touchant était loin de ia banalité des réceptions officielles.
I. Nous croyons devoir, en raison de la gravité des circonstances dans lesquelles fut lue cette adresse, ajouter ici les détails dont la firent suivre les journaux qui la reproduisirent.
TABLE DES MATIERES