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ment, celle lutle a pris tin, lorsque le prince de Bismark (lut faire appel aux catholiques, pour l'aider dans sa résistance contre les socialistes ; mais, depuis l'avènement de Guillaume II, la situation a entièrement changé de face : une part considérahle de liberté a été rendue à l'Eglise romaine ; le souverain recherche toutes les occasions de lui manifester des sentiments de respect cl de sympathie, et, bien loin de la considérer comme une puissance dangereuse pour l'Empire, il traite ses représentants et ses fidèles comme de précieux auxiliaires.
Ne puis-je pas ajouter que l'Angleterre donne également aux nations civilisées le frappant exemple de ce que peut, pour la satisfaction et la paix des consciences, l'esprit de liberté ? Depuis que les querelles religieuses y furent éteintes par l'émancipation des catholiques, et que cessa de retentir le vieux cri de u No popery », je ne pense pas que le pays ait eu à se plaindre du rôle joué, dans la société anglaise, parles évéques et le clergé catholiques romains, ni qu'un seul jour leur loyalisme ait pu être mis en doute, non plus que celui des jeunes hommes élevés par leurs mains ; et s'il fallait envisager la question au point de vue de leur sollicitude pour les intérêts du peuple, aussi bien que de l'intelligence de ses besoins, le souvenir des grands services rendus par le cardinal Manning se présenterait aussitôt à l'esprit.
Les faits viennent donc opposer une éclatante démonstration, la plus éloquente de toutes, à une thèse édifiée sur des souvenirs historiques, sans a])plication dans la société contemporaine, et propres seulement à ranimer les disputes du passé, ou sur des dissertations doctrinales, insuffisamment approfondies, dans les-
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quelles les distinctions, les plus nécessaires, les plus souvent rappelées par lÉglise elle-même, sont absolument négligées.
Ce n'est pas d'ailleurs, je l'ai montré par un exposé historique plus fort, ce me semble, que toutes les discussions théoriques, contre rÉglise catholique seule et ses doctrines qu'est dirigé le mouvement qu'en notre pays on appelle le mouvement» laïque », mais bien contre le Christianisme lui-même.
En vain quelques esprits, chez lesquels persiste la formation donnée à leur jeunesse parle protestantisme français, dont ils se sont, d'ailleurs, émancipés, essayent-ils de maintenir, à ce sujet, d'impossibles distinctions, et de défendre ainsi leurs conceptions aux yeux de certaines nations voisines, et particulièrement de l'Angleterre. Il y a déjà plus de cent ans que Burke, montrant dans ses Réflexions sur la Révolution de France, combien les principes de la religion sont plus nécessaires encore dans une démocratie que dans une monarchie, répondait en ces termes à cette même prétention : « Sans condamner avec violence ni le rite grec, ni le rite arménien, ni. depuis que les animosités sont calmées, le rite catholique romain, nous préférons le protestantisme. Ce n'est pas parce que nous croyons qu'il renferme moins de religion chrétienne, mais parce que nous sommes persuadés qu'il en renferme davantage. Nous sommes protestants, non par indifférence, mais par zèle. »
Cette réplique pourrait, aujourd'hui encore, s'adresser exactement à ceux qui recherchent, pour leur entreprise antichrétienne, des approbations intéressées.
En réalité, ce n'est même pas assez dire que de la
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qualifier d'antichrétiennc. C'est bien contre tout esprit religieux quelle est dirigée. Un homme important de la majorité actuelle, dont lintcrvention vient de s'exercer avec une force décisive au Sénat, pour l'abrogatiijn des dernières garanties de la liberté scolaire, disait, il y a deux ans : « Le triomphe du Galiléen a duré vingt siècles : il se meurt à son tour. La voix mystérieuse qui, jadis, sur les monts de l'ivpire, annonçait la mort de Pan. annonce aujourd'hui lu fin du Dieu liouipeur qui avait promis une ère de jnslice et de paix à ceux qui croiraient en lui. L'illusion a duré bien longtemps : il disparaît à son tour, le Dieu menteur. »
L'homme politique, qui parlait en ces termes, — M. Delpech, — ajoute à l'autorité de sa situation parlementaire celle des hautes fonctions qu'il remplit dans la Franc-Maronnerie . Je doute que celte considération soit parfaitement comprise de mes lecteurs, habitués, autant que j'ai pu en juger, à envisager encore la Franc- Maçonnerie comme une association bienfaisante et inofïensix e : la France a connu cette illusion à la fin du xvm" siècle : elle na que trop appris à s'en guérir. Aujourd'hui toute la législation antichrétienne, toutes les mesures offensives dirigées contre les catholiques, sont préparées et imposées par les assemblées maçonniques, devenues de véritables assemblées politiques
C'est là, en particulier, que furent et sont encore élaborées, pour être ensuite dictées aux ministres et portées au Parlement, toutes les lois votées contre la liberté de l'enseignement.
Les écriA'ains informés ont bien souvent marqué la trace des mêmes inspirations dans l'histoire de la Hévolution. Ainsi de toutes manières, la crise actuelle fait apparaître la tradition de cette époque décisive, et. en
même temps, l'étrange contradiction créée, dès lors, entre les principes de liberté proclamés en 1789 dans l'ordre politique, et le despotisme intellectuel, inauguré, dès cette époque, dans l'ordre philosophique, par la haine du christianisme.
Cette contradiction s'affirme à nouveau, de nos jours, dans la prétention que veulent faire prévaloir les modernes jacobins, d'établir, en se couvrant, comme autrefois, des mots d'unité morale, une certaine doctrine d'État, incompatible avec lidée même de liberté des consciences. M. Clemenceau a. sans doute, cherché à sauver la liberté des conséquences inévitables de sa thèse anticatholique, et à soutenir que lune pourrait demeurer intacte, trouver même son plein développement, alors que l'autre aurait reçu, par la destruction de l'enseignement chrétien, sa définitive consécration. Il n'a paru, ni à ses adversaires, ni à beaucoup de ses amis, qu'il y eût réussi, et ceux-ci ont nettement indi- (jué, ainsi que ceux-là l'avaient prévu, la suprématie de l'enseignement et de l'éducation d'État comme l'aboutissement normal de la nouvelle législation scolaire.
Il serait naturel de conclure cette étude en cherchant ;i prévoir comment se dénouera la crise religieuse dont souffre la France. Mais on ne pourrait le faire qu'en examinant toute la question des rapports de l'Église et de l'État, dont celle des congrégations et de l'enseignement n'est qu'un des aspects. Mes lecteurs, de la patience desquels je n'ai que trop abusé, comprendront assurément que je ne puisse aborder ici un nouveau et si long développement.
COMBVTS. — I. — [).
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Il me siiffîra de dire (j[ue, dans ma (îonvictioii, la sé])aralion de l'Église el de l'Elal, {)réconisée par nos adversaires, comme le terme nécessaire de la lutte, et la formule d'un régime nouveau, me paraît, dans la condition actuelle de nos mœurs politiques et de nos habitudes religieuses, une dangereuse chimère. L'histoire, ici encore, le démontre surabondamment. L'expérience de cette séparation, tentée sous l'empire des mêmes idées el dans l'emportement des mômes passions, de 1795 à 1799, a abouti à la persécution violente du clergé et du culte catholiques. Il en serait de même, aujourd'hui. La tentative de la Révolution s'est terminée par le Concordat, dont le réveil spontané de la foi catholique, après la période sanglante de la Terreur, fut, dans l'esprit de Bonaparte, la cause déterminante.
Si la situation a changé de nos jours, c'est en ce sens que le mouvement religieux, aussi bien dans les milieux intellectuels que dans le peuple, est, en dépit de certaines apparences politiques, plus intense, plus réfléchi qu'il n'était alors.
Tandis que les gouvernants, dans un prodigieux aveuglement, s'efforcent de déraciner l'arbre impérissable du christianisme, il jette dans les âmes de nouvelles et profondes racines. Bannie des lois, des institutions, des cadres officiels, entravée dans son action publique, l'Église reprend chaque jour, par l'effet même de la persécution et le besoin naturel des hommes, une place inattendue da^is la vie nationale. Plus que jamais elle apparaît comme une force morale immense, indispensable dont aucun gouvernement avisé ne saurait méconnaître la puissance. On peut essayer de la combattre, on ne peut pas l'ignorer : tôt ou tard, il faudra traiter avec elle.
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Au-dessus des disputes, des passions, des excès même de tous les partis, un fait domine l'histoire de ces dernières années, obscurci par l'épais nuage de nos discordes religieuses, mais évident pour quiconque pénètre le cœur de la nation : c'est son immense, son uniA^erselle aspiration vers l'apaisement et la réconciliation des âmes ; c'est le désir impérieux et qui finira par triompher, de voir les cœurs se ra()procher, et les volontés, déjà si fortement, si indissolublement unies par l'amour de la patrie, se confondre dans le commun dévouement à son service et à sa orandeur.