‹ Combats d'hier et d'aujourd'huiChapitre 34 sur 94 · février · texte numérisé non relu

février

Un si beleffet d’une politique, dépouillée d'artifices, a mis en goût mon honorable collègue et le voilà qui,

sans souci du dégât, s'emploie de son mieux à élargir

la fêlure. « IL est bien difficile, dit-1l, d'accepter la thèse de M. Briand, sans répudier celle de M. Clemenceau. » ee Moi, je ne trouve pas que ce soit si difficile. L'un tient le chloroforme, l’autre le bistouri : tous les deux se meltent très bien d'accord sur le patient. C'est ce que, l’autre soir, M. Jaurès leur fit entendre sans trop de peine, bien qu'avec son ordinaire véhémence:; Les sénateurs, qui sont d'esprit pratique, nous l’ont appris avec moins d'éloquence, en s’ajournant sans bruit, pour examiner la loi de M. Briand, jusqu'au moment où les allocations des membres du clergé pourront être légalement supprimées. M. Briand trouvait que ce geste serait sans beauté : le voilà fait tout de même. Nous n'avons rien senti : le chloroforme a opéré. On comprend que M. Paul Meunier, qui est du

côté du bistouri, ait eu sa préférence. Pour le patient,

l'affaire est de moindre importance.

Ce n'est pas cependant que, mercredi, le spectacle füt sans intérêt. |

Vous souvenez vous de cette belle parade du mois

de juin, où M. Clemenceau, ceint des lauriers du pre-.

mier mai et chargé des trophées électoraux, cribla M. Jaurès et son « palais de féerie » de traits impitoyables, parmi les transports d’une majorité ravie de trouver, dans le radicalisme à poigne, un refuge contre le collectivisme menaçant ? Quelle revanche hier, quand le vaincu parut à la tribune, en médiateur, dictant à son vainqueur l'amende honorable nécessaire envers le collaborateur indispensable ! Ces choses ont

leur prix : ce sont, pour les victimes, les petits profits de la persécution.

Mais j'ai déjà, ces jours derniers, expliqué pourquoi je me soucie assez peu des aventures ministérielles, accidents sans valeur historique et sans portée profonde, dans le drame qui nous emporte.

« L'incohérence » n’en subsiste pas moins: et c’est tout le fond de la question. Thiers disait un jour : « Quand on a la main sur la vérité, il suffit d'appuyer un peu pour la faire jaillir. » M. Clemenceau a appuyé, la vérité a jailli. Quoi qu'on fasse pour la refouler, il n’est au pouvoir de personne d'arrêter son cours.

C’est le grand intérêt, le grand bienfait de la séance de mercredi!. Le reste n’est rien.

Quand parut l'Encyclique du mois d'août, qui condamna définitivement les associations cultuelles, ce fut un tolle. Quoi? le Pape repousse une loi si libérale, si généreuse, si respectueuse de la religion! C’est qu'il veut la guerre, c’est qu'il excite à la rébellion ? M. Clemenceau parcourait les campagnes de l'Ouest et du Midi, en dénonçant les complots et les fonctionnaires de l'étranger, M. Briand adjurait les catholiques d’aller à Rome supplier le Pape de revenir à la raison.

Quand, au mois de décembre, la déclaration pour les offices religieux fut interdite, quand les évêques et les curés se laissèrént poursuivre pour délit de messe plutôt que de remplir ‘une formalité inconvenante, ce fut encore une explosion : « Qu'est-ce que vous

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