I. 30 janvier
voulez, alors ? » gémissait M. Briand, à bout de circulaires. |
Quand enfin, il y a un mois, une Encyclique nouvelle flétrit la deuxième loi du culte, qui dépouillait l'Église de tous ses biens, confisquait l'argent des morts, ordonnait la brutale expulsion des évèques, des curés et des séminaristes, et condamnait les prêtres à la caserne, le concert reprit, avec une fureur aiguë : provocation, révolte, folle intransigeance ! On en fut assourdi. ;
Et puis. après tout ce grand tapage, et ces cris et ces indignations, voilà que le chef du gouvernement, devant la Chambre, devant le pays tout enter, déclare tout crûment : © M. Allard a dit que nous nous débattions dans l’incohérence. À mon avis, il n'y à rien de plus vrai. »
Alors ? Si les lois, si les circulaires. si les contraventions, si toute cette ferraille législative que le gouvernement agite depuis six mois, si tout cela c’est de l’incohérence, où est l’intransigeance, où est la provocation, où est l'appel à la révolte? Quel homme de sens et de bonne foi pourrait prétendre que le Pape pût accepter, légitimer, reconnaître une organisation du culte catholique qui repose sur l’incohérence ?
M. Combes, dans un accès de théologie, avait déjà démontré que la constitution de l’Église lui défendait de le faire. M. Clemenceau s’est piqué au jeu. C'est à qui des deux rivaux, avec plus d'éclat, donnera raison au Pape. Mais, il faut en convenir, on ne trouvéra pas mieux que « l’incohérence ». Balaam a des mots terribles.
« J'étais ministre de l’intérieur, dit encore M. le président du conseil : il fallait appliquer la loi, qui avait tout prévu, hormis ce qui est arrivé. » Que voilà encore une forte parole, et qui va bien plus loin qu’elle n’en a l'air!
Entre toutes les illusions que M. Briand à semées sur son chemin depuis six mois, la plus tenace fut sans doute l'espérance d'une division entre les évêques, entre les curés, entre les catholiques.
Il faut, pour mesurer sa déceplion, se rappeler les tentatives mal déguisées, les insinuations à demi voilées, les nouvelles discrètes, les révélations sensationnelles, qui firent, tout l'été dernier, le fond de la politique ministérielle.
IL faut se souvenir des comptes rendus de la seconde assemblée des évêques, dérobés par surprise et dénaturés : du Pape, accusé d’avoir « sophistiqué » les textes, et des demi-confidences et des rélicences calculées de M. Briand, quand il disait à la Chambre : « Je suis un peu de la maison, je sais ce qui S'y passe. »
IL faut évoquer la courte histoire du schisme de M. des Houx, patronné par un grand journal ministériel, el qui essaye, encore aujourd’hui, de faire croire à son existence, en annonçant qu'il est fortifié d’un comité d'honneur, présidé par M. Guieysse, député de Lorient, et celle aussi des cultuelles municipales de M. Decker-David, dont on avait dit qu’elles allaient couvrir la France, et jeter l'Église dans le plus cruel embarras. |
On a cru à tout cela : M. Briand y a cru. Il n'avait
pas prévu ce qui est arrivé. que, derrière le Pape, les évêques, les curés, les fidèles formeraient un infrangible faisceau, et que les schismes espérés s’en iraient échouer rue. Legendre, entre les mains d'un soi-disant archevêque indo-américain et excommunié.
Il n'avait pas prévu cela, et qu'un jour allait venir où il se trouverait tout seul, en face de cette puissance isnorée la veille, dont il ne savait ni l’histoire, ni la doctrine, ni la discipline, qu'il apprenait à connaître, en trébuchant à chaque pas : en face de l’Église catholique représentée par un curé de village, debout au seuil de la maison de Dieu. à
Ah ! alors, quand ils l'ont vu là, hésitant, troublé,
les complices de la veille l’ont entouré, le pressant dé
leurs cris : « Mais, prenez-les donc, ces églises de village ;: vous avez dit dans votre rapport sur la loi de Séparation qu'elles appartenaient aux communes. Remettez-les donc à leurs propriétaires. » |
C'était toujours dans eette séance de mercredi; el M. Briand, embarrassé, répondait : « Les églises ! vous dites qu’elles appartiennent à la collectivité, par conséquent à la commune !... et vous ajoutez : les catholiques achèteront des locaux, ils feront bâtir. Mais, ces locaux, on pourra, dans quelques mois, les reprendre aux catholiques pour les mêmes raisons! » Et, comme M. Allard protestait : « Comment non !, s’écriait M. Briand, c’est ainsi que les églises ont été construites. » Eh! oui : c’est ainsi, et c'est pourquoi elles sont à nous.
Balaam, dit le Livre Saint, continua à parler : « Est-ce que je puis dire autre chose que ce que m'a commandé le Seigneur ? »
Nous ne sommes pas au bout de ses discours.
Voici la déclaration de l’Épiscopat. Pour sauver ses biens, la demeure de ses prêtres, les donations qu'elle avait reçues, l'Église n’a pas dit une parole, pas fait un geste.
Il ne lui reste que ses temples : elle y est tolérée, suspectée, chaque jour menacée d'expulsion, et cette expulsion, c’est la fin du culte public, c’est le signal de la guerre religieuse dans toutes les communes.
Pour épargner au pays ce double malheur, les évêques se tournent vers le peuple de France, vers ses représentants naturels, qui sont les maires des villes et des villages. [ls lui disent : «Nous voulons la concorde entre vous : nous voulons vous conserver l'exercice public de votre religion : pour le faire, nous accepterons, s'il le faut, de lourdes charges ; en retour, laissez nos prêtres en paix dans leurs églises, et donnez-nous, de cetaccord, la double garantie sans laquelle il n’y a, pour le culte catholique, ni sécurité, ni établissement légitime : la durée et le respect de la hiérarchie. »
Rien de plus juste, de plus loyal et de plus précis. Cette fois, pas moyen de dire, avec des gestes impatients : («Qu'est-ce que vous voulez ? » Ce n’est plus à l'Église, c'est au gouvernement qu'il faut poser la question. Que veut, que dit, que fait le gouvernement ?
On n’en sait rien, mais on le devine. C’est toujours la même histoire. L'homme au bistouri et l'homme au chloroforme essayent de s'arranger. Au premier moment, mercredi, M. Clemenceau a coupé dans le vif: « La proposition des évêques, nous la repoussons du pied. »
COMBATS. — Il: — 9.
Puis M. Briand est venu: «Je n’ai pas, de ce docu-
ment. la même impression ; allons doucement ». Alors
il a ouvert le flacon de chloroforme, je veux dire le tiroir aux circulaires. Nous en avons déjà une; nous en attendons une autre, sans compter les instructions confidentielles aux préfets.
Pendant ce temps-là, la Lanterne dicte aux maires les raisons qu'ils ont à produire pour refuser. M. Jaurès, qui, mercredi, à la Chambre, s'indignait qu’on püt offenser la liberté des maires paysans en leur offrant un contrat sous conditions, leur explique dans son journal pourquoi ils ne peuvent pas l’accepter et ce qu’il faut répondre à leurs curés. Songez donc ! s’ils allaient, eux, ces petits élus du peuple, faire la paix à eux tout seuls, sans la permission des ministres et des députés ! quel scandale ! quelle défaite ! quel « referendum » populaire contre la Séparation !
J'espère de tout mon cœur que les maires, forts de leurs droits, respectueux aussi de ceux de leurs concitoyens, et-conscients des intérêts des populations qu'ils représentent, ne se laisseront pas endormir par les circulaires de M. Briand. x
Je l'espère, mais je n’en suis pas sûr, et je ne le suis pas non plus qu’on en reste là. | :
Ce matin, M. Pelletan demande une loi nouvelle, «sérieuse et définitive ». Ce sera, si je compte bien, la, quatrième : ce ne sera pas la dernière.
« Vous vous obstinez, écrit M. Pelletan, à vouloir découvrir un régime que l’Église consente à accepter, sans pouvoir en causer avec elle ! » M. Pelletan parle comme M. Paul Meunier. Quand je disais que Balaam continue | |
Eh! bien, oui, il faudra qu’on en vienne Ià, à
COMBATS D'HIER ET D AUJOURD'HUI re
« causer », comme on dit. M. Briand le sait à merveille et je suis persuadé qu'il regrette amèrement de ne lavoir pas fait, de ne pouvoir le faire encore,
On y arrivera un de ces jours sans nul doute. Mais M. Briand sera-t-il encore là, ou, étant parti, aura-t-il eu le temps de revenir ?
« Balaam, employant sa parabole, dit encore : Hélas! qui vivra quand Dieu fera ces choses ? » (Nombres, CL XXIW, V. 29.)