V. p. 70 de ce volume
Qu'étaient les contrats de jouissance? Au lieu d’un grand concordat conclu par le gouvernement français avec le Saint-Siège, c'étaient trente-six mille petits concordats conclus par les maires de toutes les communes, avec les curés de toutes les paroisses, l’évêque, au nom du Pape, autorisant ceux-ci, le préfet, au nom du gouvernement, autorisant ceux-là.
Les maires, avec empressement, sûrs de répondre au sentiment public, se sont jetés dans ce régime nouveau comme dans un port qui les défendrait de la Séparation ; les uns l’ont fait par religion, pour assurer l’exercice du culte, les autres par intérêt, pour éviter l’année prochaine, des difficultés électorales, ou pour se débarrasser de l'entretien des églises; mais tous l’ont fait, ou presque tous, et je n'imagine pas une condamnation plus formelle de l’idée de Séparation.
Je crois que M. Briand s’en rend très bien compte et, qu’au fond, il est de mon avis. Il faut l’entendre à présent parler des catholiques, quand il se tourne vers l’extrême-gauche : « Vous ne pouvez pas nier que l'Église, les prêtres, les fidèles aient fait preuve d’une certaine discipline et, quels que soient nos désirs de voir l’Église se transformer en France, vous êtes bien obligés de reconnaître qu’ils ne se sont pas montrés très disposés à entrer dans les voies nouvelles... Il y a des milliers et des milliers de citoyens qui sont catholiques et qui exigent qu'on leur permette de continuer à l'être ! »
Ces paroles promettent pour l'avenir. La discipline des catholiques, leur droit absolu de continuer à l'être, tout cela ne va pas sans le Pape. M. Briand commence à le savoir, et voilà déjà qu'il se met à railler ceux qui ont peur du Pape. Carnot, l’an-
cien, disait de La Reveillère : « Il avait tellement peur
du Pape qu'il le voyait sans cesse à sa poursuite. » Ainsi, l’autre/jour, comme M. Briand parlait du
culte catholique, M. Lagasse lui cria : « Papal l», et
M. Briand répondit au milieu des rires : « Ceux qui ont
ainsi sans cesse l’esprit hanté par le Pape, sont beau-.
coup plus près de lui que moi. »
M. Briand se moque aujourd’hui de ces apostrophes-là ; c’est bon signe. Il n’y a pas jusqu’au légendaire Canossa dont il ne parle en badinant. « C’est un mot! » dit-il. /
Il s'habitue. Encore quelques leçons comme celles de la dernière quinzaine, il en prendra tout à fait son
parti. Tous les chemins mènent à Rome : c’est la mo-
ralité de l'histoire.
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