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Depuis, M. Julien de Narfon a sollicité et obtenu de
plusieurs évêques, et non des moindres, des réponses
à une question intimement liée, au moins dans ma pensée, à celle que soulève l’article de M. d'Hausson-
ville. Il les a interrogés sur le « rôle social et poli-
tique du clergé », et, en publiant leurs réponses, il
disait qu’à cette question « nul catholique, nul bon
Der, e # LS Lt Fée
citoyen, ne saurait demeurer indifférent ».
Je suis, à cet égard, tout à fait d'accord avec M. de Narfon, et c’est pourquoi je demande la permission d'indiquer mon opinion sur le sujet si vaste ainsi proposé aux lecteurs du Figaro.
M. d'Haussonville me paraît, je l'avoue, s'être un peu hâté dans ses conclusions. Pour le moment, ce qui frappe surtout les yeux dans le spectacle offert par la malheureuse Église de France, c’est le monceau for: midable des ruines morales et matérielles, accumulées en quelques mois, et le travail gigantesque auquel sont condamnés les évêques pour en relever les débris.
La Croix les à consultés : presque tous ont eu, avec ses envoyés, des entretiens dont l’ensemble constitue, pour l'histoire, un document de la plus haute valeur. Il est impossible de les lire sans une profonde émotion : en même temps qu'ils montrent, par un simple exposé
des faits, l'étendue d’une si prodigieuse catastrophe, ils révèlent dans ces âmes épiscopales un courage, une
sérénité, une confiance, qui remplissent le lecteur d’admiralion, et peu à peu le gagnent à une invincible espérance. ;
Cette espérance, cette confiance, je les éprouve profondément. L'Église de France, grâce à l'énergie de ses évêques, au dévouement de ses prêtres, à la fidélité de ses fils, se relèvera de ses ruines.
Mais au prix de quelles épreuves, longues et cruelles !
On a bientôt fait de dire que rien n’est changé, en France, parce que les églises sont encore ouvertes, et, sauf quelques rares tentatives dont les tribunaux, il faut le reconnaître, ont fait justice, laissées à la dispo- -sition incontestée du clergé catholique.
Ce fut la grande habileté de M. Briand d’avoir offert à l'esprit public l’appât de cette trompeuse sécurité, à l'heure même où, interdisant aux maires de signer, pour les édifices religieux, les contrats de jouissance proposés par les évêques, il jetait l'Église, sans ressources et sans titre légal, dans une situation innommée de tolérance arbitraire, qui l’expose à toutes les violences. |
Les curés sont dans leurs églises à la merci d’un incident : le mobilier, les autels, les bancs, les statues, les ornements, tous les objets du culte leur sont concédés provisoirement : on peut les en dépouiller quand on le voudra. Demain, pour une réparation, une toiture à refaire, un mur à soutenir, un conflit s’élèvera : le curé ne pourra s’en charger, la commune ne le voudra pas ; il n’en faudra pas plus pour que l'église soit fermée.
Qu’à la Chambre, une interpellation périlleuse oblige le ministère à donner de nouveaux gages aux socialistes, à refaire contre Dieu l'entente troublée sur la patrie, tout sera remis en question. Il suffira d’un ordre du jour pour que la dernière garantie qui subsiste contre la profanation des églises, disparaisse de la loi.
Quant au logement des prêtres, c’est, à l’heure présente, dans toute la France,-un sujet continuel de violences et de brutalités. Déjà, dans plus d’une paroisse, le culte est supprimé, faute d’abri convenable
-- pour le curé. Tandis que j'écris ces lignes, autour de
moi, tous les recteurs des paroissés bretonnes qui occupent des presbytères ayant appartenu aux fabriques, ont, au mépris de toute légalité, reçu sommation de les évacuer, sous peine d’en être chassés par la force : dans quelques jours, ils seront jetés dans la rue !, et c’est grand'pitié de voir ces malheureux prêtres, souvent des vieillards, emportant leur pauvre mobilier et cherchant une chambre chez des voisins compatissants.
Les séminaires sont partout en pleine crise de reconstitution. Les évêques ont fait des prodiges d’ingénieuse activité pour rendre, sans interruption, un asile aux jeunes étudiants, mis sur le pavé par M. Briand. Mais dans combien de diocèses l’organisation nouvelle est-elle encore incomplète, faute de locaux suffisants ! dans combien aussi, les petits séminaires, qui sont la pépinière sacerdotale, n’ont-ils pu être rétablis !
\ Il est inévitable qu’en de telles conditions le recru-
tement du clergé devienne plus difficile. Cela fait partie du plan maçonnique. Déjà, par la loi militaire, on a cherché à diminuer les vocations ou même à en tarir la source: la loi de Séparation est un coup plus rude encore. Il fallait beaucoup de courage à des jeunes
r. Ces expulsions ont eu lieu, depuis, dans toutes les paroisses.