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gens, élevés dans la paix du séminaire, pour affronter la caserne et résister à ses dangers : il en faudra davanlage aux enfants des familles chrétiennes, pour embrasser un état voué à toutes les menaces de ia persécution, à toutes les incertitudes de la pauvreté.

La plupart des évêques constatent douloureusement ce péril certain. Sans doute, comme, dans les régiments, prêtres el séminaristes ont été souvent des apôtres imprévus, il arrivera que le clergé, après la orande épreuve d'aujourd'hui, moins nombreux peutêtre, sera plus trempé, plus résolu, plus tourné vers les vues surnaturelles. |

Mais ces seuls mots « moins nombreux » expriment un désastre, quand on songe aux campagnes sans curés, aux faubourgs sans culte, à tout ce peuple qui ne verra plus ni le rabat blanc du frère, ni la cornette des sœurs, ni même la soutane du prêtre, qui n’entendra plus jamais parler de Dieu ! Ces paroisses, ces quartiers populaires, il faudrait les traiter comme des pays de mission ! ce peuple, il faudrait l’évangéliser comme une tribu païenne ! Et, à l'heure où les religieux proscrits font défaut à l’Église pour cette œuvre nécessaire, à l'heure où le clergé séculier devra seul suffire à celte tâche écrasante, comprend-on quelle menace dans ces mots : il sera moins nombreux ?

Voilà pour le recrutement. Reste la subsistance. On se rassure très vite sur le «denier du culte ». parce qu'en beaucoup de diocèses, les premiers résultats d'une quête improvisée ont été assez satisfaisants, : quelquefois même inattendus : on y à vu, non sans

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raison, un heureux symptôme de la vieille fidélité chrétienne que, malgré tout, le peuple de France garde dans son sang. Les évêques le déclarent, avec une paternelle satisfaction. | - Mais combien sont divers les aspects du sujet, et quelle difficulté de former, après six mois à peine; des prévisions d'avenir ! Je sais des régions où le prêtre peut vivre du casuel habituel, médiocrement, mais suffisamment, sans rien demander de plus ; il s’y est - résolu sans hésiter. Dans d’autres, il faudra nécessaire- __ ment que, pour subsister, il aille quêter presque de porte en porte : rude et crucifiant apprentissage ! Ailleurs. même réduit à cette extrémité, il ne pourra vivre, comme les missionnaires, qu'avec le secours extérieur. Comment savoir ce que deviendra, dans un . an, dans deux ans. une situation si variable, encore si imprécise ? | . Aussi bien, qu'il vive de peu ou qu'il mendie, le clergé de France est voué au sacrifice ! Hier encore, M. de Narfon publiait la liste, d’une lamentable éloquence, de curés obligés de recourir au travail manuel ou même à des commerces variés. J’ai lu cette liste ; avec une tristesse infinie.

À Certes, j’admire ce prêtre, émule des grands moines } d'autrefois, savant ou érudit, artiste ou poète, qui tra- - vaille pour la gloire de Dieu et le bien de l'humanité,

qui enrichit de ses découvertes et de ses études le trésor de la science ou de l’histoire, qui chante les splendeurs du ciel et les vertus de la terre, qui peint ou qui sculpte les beautés divines et les merveilles de la nature ; j'honore cet autre, artisan de la civilisation, comme nos vieux évêques, qui enseigne à son peuple les moyens de perfectionner son travail el d'en tirer

une plus grande prospérité. Mais le prêtre qui, pour vivre lui-même, se fait, à son seul profit, ouvrier ou commerçant. qui a des clients et débite sa marchandise, j'aimerais mieux, je l'avoue, le voir tendre la main à ses paroissiens.

Qu'on ne m'’accuse pas d’en parler trop à mon aise! Je suis sûr d’être compris par l’immense majorité des petits curés de France. J'en connais plus d’un qui regarde venir la misère dans un silence héroïque ; j'en sais qui saluent la pauvreté avec une joie apostolique. Il en est qui m'ont dit : «Il nous faut cette épreuve, nous nous endormions dans la sécurité, on nous croit trop soucieux de nos aises et de notre repos : nous montrerons que nous sommes des apôtres ! » |

De telles paroles, qui mettent à celui qui les entend des larmes dans les yeux, sont, pour l'avenir; la plus belle des promesses.

Le désastre, cependant, n’en est pas moins immense, . incalculable : désastre matériel, désastre moral, désastre non seulement pour l'Église et pour les prêtres, mais pour tous ceux qui vivaient de sa charité et de ses œuvres, désastre pour le pays tout entier menacé de voir la barbarie prendre la place de la religion proscrite.

Il fallait, ce me semble, avant toute chose, faire ce tableau de notre situation présente. Je ne crois pas l’avoir assombri.

Mais je n'aime point à m'asseoir longtemps sur les ruines, et si des divergences de sentiment, aussi tenaces que notre vieille et fidèle amitié, me séparent, en cette question, comme en quelques autres, de M. d’'Haussonville, je répète après lui qu’il est temps, pour les catholiques, « de passer de la période des gémissements à la période de l’action ».

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