Mémoires d'Oùtre-Tombe, I
Les deux salons sont clone entièrement neufs. La décoration du premier, ou grand salon, est riche et de bon goût; les murailles y sont couvertes de peintures figurant au milieu de charmants rinceaux les armes de France avec la' devise : Mont joie Saint- Denis, le vieil écusson des barons de Châteaubriant : de gueules à des pommes de pin d'or, et pour devise : Je sème l'or, et enfin les armes actuelles de Chateaubriand données par saint Louis, accompagnées de leur noble devise. Deux personnages en pied sont également peints dans cette salle : d'un côté Alain III, duc de Bretagne, qui eut des intérêts à Combour, et de l'autre Tihern, père de Briant, premier baron de Châteaubriant et tige de la famille de ce nom. Les anciennes cheminées de la Grand'salle ayant été enlevées, on en a construit deux autres en pierre blanche richement sculptées clans le style de la Renaissance; celle du grand salon présente deux lions supportant son manteau, couvert de médaillons et de figurines; celle de la salle à manger est ornée du buste de la célèbre comtesse de Châteaubriant, la belle Françoise de Foix qu'aima trop le roi chevalier. Par ailleurs, la décoration de la salle à manger se compose d'hermines au naturel, de chiffres entrelacés, de rinceaux et de fleurs.
Du grand salon on entre dans un boudoir occupant la tour du Chat et qu'orne sur un chevalet le portrait du comte de Chateaubriand restaurateur du château de Combour.
De la salle à manger on communique avec la tour Sibylle. Le nom de cette tour rappelle une autre baronne de Châteaubriant, bien différente de Françoise de Foix : Sibylle fut, au contraire, une victime de l'amour conjugal et sa touchante histoire mérite
d'être conservée. Lorsque saint Louis combattit à la Massoure, Geoffroy de Châteaubriant fut laissé pour mort sur le champ de bataille; plusieurs années se passèrent sans qu'on entendit parler de lui. En réalité, il vivait encore; mais, prisonnier des musulmans, il ne pouvait donner signe de vie en Bretagne. Sibylle, sa femme, portait toujours son deuil lorsqu'elle apprit tout à la fois sa conservation et son retour; elle courut au devant de lui; mais, « remplie d'allégresse, à la rencontre et accolade, ceste bonne dame trespassa de joie entre ses bras, témoignage de la parfaite amitié qu'elle portoit à son seigneur et mari l. »
Rentrés dans le hall nous montons le grand escalier d'honneur pour gagner les appartements supérieurs. En le gravissant nous apercevons sur la muraille une inscription moderne que nous croyons devoir reproduire sans y ajouter aucun commentaire :