Potier de Courcy, Itinéraire de Rennes à Saint-Malo
s'abaissait à l'Occident, j'en étais averti par ses rayons, qui venaient à mon lit au travers des carreaux losanges de la fenêtre. Des chouettes, voletant d'une tour à l'autre, passant et repassant entre la lune et moi, dessinaient sur mes rideaux l'ombre mobile de leurs ailes. Relégué dans l'endroit le plus désert, à l'ouverture des galeries, je ne perdais pas un murmure des ténèbres. Quelquefois le vent semblait courir à pas légers; quelquefois il laissait échapper des plaintes; tout à coup une porte était ébranlée avec violence, les souterrains poussaient des mugissements, puis ces bruits expiraient pour recommencer encore. A quatre heures du matin, la voix du maître du château, appelant son valet de chambre à l'entrée des voûtes séculaires, se faisait entendre comme la voix du dernier fantôme de la nuit1.»
La chambre du grand écrivain conserve son mélancolique aspect. D'une simplicité extrême, elle est parcimonieusement éclairée par deux étroites fenêtres donnant sur les créneaux. On y voit un petit lit de fer avec son armature semblable recouverte de rideaux en calicot blanc. Ce lit vient de l'hôpital Marie-Thérèse que fonda à Paris la vertueuse compagne de Chateaubriand, Céleste Buisson de la Vigne; on dit qu'elle voulut y mourir et que Chateaubriand, prêt à son tour à quitter la vie, s'y fit transporter pour rendre le dernier soupir. Ce lit, avec son crucifix et son bénitier, furent ensuite apportés de Paris à Combour, ainsi que le bureau et le fauteuil de travail de l'illustre vicomte.
En face du lit est un buste du comte de Chambord,
l. Mémoires d'Outre-Tombe, I, 133 et 134.
baptisé avec l'eau du Jourdain qu'avait rapportée Chateaubriand de Terre-Sainte. A la tête du lit un dessin représente Chateaubriand sur sa couche funèbre. Par ailleurs, la chambre est meublée d'une armoire en forme de bahut et d'un vieux coffre, renfermant l'un et l'autre les archives du château de Combour échappées au pillage révolutionnaire. Au milieu du petit appartement une vitrine contient les décorations de Chateaubriand et quelques pièces importantes des archives du château ; signalons parmi ces papiers les lettres ducales de Pierre II autorisant en 1454 le baron de Combour à réparer son château, les lettres royales de Henri III érigeant en 15751e comté de Combour, les preuves de noblesse faites par Chateaubriand en 178G pour monter dans les carosses du roi et enfin le contrat de mariage du même daté de 1792.
Ce n'est pas sans émotion qu'on visite cette petite chambre où Chateaubriand enfant acquit le courage d'un homme : « Quand mon père, raconte-t-il, me disait avec un sourire ironique : « Monsieur le chevalier aurait-il peur ? il m'eût fait coucher avec un mort1. » Et ce lit d'hôpital, où voulut mourir M. de Chateaubriand, ancien ministre, ancien ambassadeur, quelles réflexions ne suggère-t-il pas? On s'arrêterait longtemps volontiers à rêver à René, le rêveur sublime, au haut de cette tour solitaire !
Mais il nous faut quitter ces sommets et descendant les degrés de pierre revenir à la réalité du présent. Avant néanmoins de quitter ce château toujours d'aspect seigneurial mais où règne aujourd'hui une généreuse et noble hospitalité, nous devons signaler