Mémoires d'Outre-Tombe, I
Et de celle tant vieille tour
Du More, Où l'airain sonnait le retour
Du jour?
Le fait est que la rivière sortant cle l'étang de Combour, au pied du château de ce nom, s'appelle le Linon; mais on nous a assuré qu'un minuscule affluent du Linon portait réellement le nom de la Dore. Quant à la tour du More, si cette dénomination vient vraiment de Chateaubriand, son génie Ta consacrée; désormais on n'appellera point autrement la plus ancienne tour, le donjon, de Combour.
Nous ne nous arrêterons point ici à disserter sur les origines de Combour, avant la construction de son château. Cependant il est nécessaire d'en dire quelques mots.
Tout d'abord, quelle est l'étymologie du nom de Combour et comment doit-il s'écrire? Voici l'explication assez rationnelle qu'en donnait naguère M. Moët de la Forte-Maison :
« Combourg, dit-il, est appelé en latin Combore et Combure, ou Combornium et Comburnium '. Quoique cette diversité de noms paraisse singulière au premier abord, elle ne présente cependant que deux leçons différentes qui ne s'excluent pas l'une l'autre; car toutes deux ont un sens identique et signifient le Val ou la Vallée de la limite (vallis ad fïnem). Seulement la leçon Combore est plus ancienne que celle de Combornium, et c'est d'elle que vient le nom cle Combour, devenu mal à propos
1. Voy. les chartes des xie et xuc siècles publiées par D. Morice et du Paz.
Combourg. En effet, Combore vient de Comb en breton (vallis), on de Cumba qui dans la basse latinité avait le même sens; et de or et ore, en ancien breton bord, fin, terme (ora)-; ou de ore et orée, en langue romane bord, lisière : vieux mot encore cité dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie. Combornium vient également de Comb ou Cwmm (vallis), ou de Cumba; et de bonn aussi en breton, bonna, borna et burna dans la basse latinité; bonne et boune en roman, borne en français l. »
Le nom de Combour s'explique par la situation de cette localité clans une vallée, aux limites des diocèses de Saint.-Malo et de Dol, et il ne doit pas s'écrire Combourg, puisqu'il ne vient point de Cornburgum, nom inconnu au moyen-âge.
Le monument le plus ancien de Combour est évidemment une allée couverte mégalithique, ou dolmen ruiné, située au Clos de la Pierre, non loin de l'ancienne maison noble de Chevrot2. C'est là qu'allait rêver Chateaubriand : « Au Nord du château (de Combour) s'étendait une lande semée de pierres druidiques : j'allais m'asseoir sur une de ces pierres au soleil couchant. La cime dorée des bois, la splendeur de la terre, l'étoile du soir scintillant à travers les nuages de rose, me ramenaient à mes songes : j'aurais voulu jouir de ce spectacle avec l'idéal objet de mes désirs 3. »
Peut-être fût-ce sur ces pierres de Chevrot que fut conçue la première idée de Velléda, la prêtresse