LES SEIGNEURS
Ilivallon de Combour. — Jean de Dol et sa maison. — Les sires de Malestroit. — Les marquis de Coëtquen. — Les Chateaubriand.
L'évêque de Dol eut toujours une position exceptionnelle parmi les prélats bretons; au moyen-âge, non seulement ses prétentions à la dignité archiépiscopale rélevaient au-dessus d'eux, mais encore sa puissance territoriale lui donnait une importance et des richesses que n'avait aucun d'eux. Il était si bien considéré comme un baron de Bretagne que, seul de nos évêques, il était tenu de fournir son contingent à l'armée ducale, c'est-à-clire dix chevaliers, autant que les sires de Goello et de Porhoët et plus que le vicomte de Rohan. Et ces chevaliers lui devaient personnellement à lui-même le service militaire lorsque l'évoque leur ordonnait de prendre les armes l.
Au commencement du xie siècle et jusque vers l'an 1032, le siège épiscopal de Dol fut occupé par un des plus grands seigneurs de ce temps, l'archevêque Ginguené ou Junkène. Fils de Haimon, vicomte de Dinan, il eut quatre frères tous haut placés comme lui : le vicomte Haimon, Rivallon seigneur de Combour, Josselin seigneur de Dinan, et Salomon seigneur du Guesclin2.
1. A. de Barthélémy, Mélanges histor. sur la Bretagne, III, 113.
2. Du Paz, Hist. génèal. de jjlusieurs maisons de Bret., 49'J. — Comtesse de la Motte-Rouge, Les Dinan et leurs juveigneurs, 9.
Ce puissant prélat « résolut de donner à son Eglise un protecteur laïque (comme c'était alors l'usage) tout en clotant sa propre famille. Il fit donc bâtir à quatre lieues de Dol le château de Combour qu'il donna à son frère Rivallon avec de vastes domaines, et, sous sa mouvance, douze fiefs de chevalerie (feuda, XII militum) ou fiefs de haubert, nom qui désigne invariablement, surtout en ces temps antiques, des fiefs d'une étendue considérable, décorés de la haute justice. En revanche, il lui imposa et à ses successeurs l'obligation de défendre les terres et les sujets de l'Eglise de Dol, et de commander, son ost (ou armée) quand besoin serait : aussi voyons-nous au xne siècle le sire de Combour prendre dans les chartes le titre de signifer Sancti Samsonis, « porte -enseigne de Saint-Samson, » c'est-à-dire défenseur, avoué, ou, comme on disait en d'autres pays, vidame de l'Eglise de Dol '. »
Le premier seigneur de Combour est donc ce Rivallon, surnommé Chèvre-Chenue; il est vraisemblable que le territoire de Combour avait été donné à Ginguené par le duc de Bretagne Alain III, mort en 1040, qui nous est signalé ailleurs comme ayant eu des intérêts à Combour 2.
Rivallon de Combour épousa Aremburge, fille d'un seigneur du Puiset en Beauce, qui lui donna plusieurs enfants. Parmi ceux-ci, deux, Gilduin et Guillaume, se distinguèrent par leur piété et méritèrent d'être, après leur mort, honorés d'un culte par l'Eglise : saint Gilduin, chanoine de Dol, élu archevêque de cette ville en 1070, refusa cet honneur
1. A. de la Borderie, Le regaire de Dol et la bnronnie de Combour (Mémoires de la Société Archéologique d'Ille-et-Vilainc, 1862, p. 175). ■2. I). Morice, Preuve* de l'Ilist. de Bret., I, 426.
par humilité et mourut en l'abbaye de Saint-Père de Chartres, où de nombreux miracles illustrèrent son tombeau; sa fête se célèbre à Rennes le 27 janvier; — le bienheureux Guillaume devint en 1070 abbé de Saint-Florent, prit part au concile de Clermont en 1095 et mourut en odeur de sainteté le 30 mai 1118; il figure parmi les saints personnages d'Anjou dont l'histoire vient d'être écrite par dom Chamard.
Rivallon, sire de Combour, mourut vers 1070 et fut inhumé dans le prieuré de la Trinité qu'il avait fondé, près de son château, en faveur des religieux de Marmoutiers. On y voyait encore en 1789, dans l'église priorale, son tombeau surmonté de sa « statue mortuaire, couchée sur le dos, en armure de chevalier l. »
Outre saint Gilduin et le bienheureux Guillaume, Rivallon laissait un troisième fils nommé Jean, né d'une autre femme appelée Innoguen. Ce fut lui qui hérita de la seigneurie de Combour et qui fonda vers 1076 aux portes de Dol, dans les fiefs qu'il tenait de l'archevêque, le monastère de l'Abbayesous-Dol. Il épousa Basilie et prit le nom de Jean de Dol — nom que conservèrent la plupart de ses descendants et que justifiaient sa possession de nombreux fiefs à Dol et la construction d'une forteresse élevée dans cette ville par Rivallon son père, malgré l'opposition de l'archevêque de Dol. Ce nom a néanmoins fait croire faussement que les sires de Combour et de Dol étaient possesseurs de la cité archiépiscopale. Il n'en était rien; l'évêque — ou, comme on disait alors, l'archevêque — de Dol était