Potier de Courcy, Nobil. de Bret., II
Plus loin, de l'autre côté de la rue, se trouve le vieil hôtel de la Bannière, que possédaient en 1789 Mmes de Polignac; ailleurs sont les Trois-Compères, la Croix-Verte, les Tourelles; voici encore près de l'église le pied-à-terre des seigneurs de la Bouteillerie quand ils venaient à Combour ; l'ancienne porte ogivale de cette maison est de 1699; voilà deux autres logis ayant chacun sa tourelle cage de son escalier, et non loin un bel hôtel du siècle dernier avec de vastes appartements et une grande cour d'entrée; signalons enfin les maisons de la Templerie et du Temple et le quartier du Moûtier1.
La Templerie nous rappelle qu'au moyen-âge les Chevaliers de l'Ordre du Temple possédèrent à Combour un fief s'étendant jusqu'en Lourmaie. Ce fief — devenu après l'extinction de l'Ordre des Templiers la propriété des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem — s'appelait le bailliage de Terre-Rouge; il faisait partie de la commanderie du Temple de la Guerche, et il y était dû au commandeur une petite rente en argent, quelques dîmes et « une paire de gants blancs à la feste de Monsieur sainct Gilles, chacun an''. »
Quant à la maison du Temple, c'est un souvenir de l'essai infructueux que firent au xvie siècle les Protestants pour s'établir à Combour. « Guillaume Presleux fut le premier et le seul pasteur de Combourg, entre Rennes et Saint-Malo. On ne sait pas au juste à quelle époque il commença d'être pasteur de cette Eglise, mais en 1565 il figura à ce titre au
1. Ces dernières maisons sont citées dans le Registre parois, de Combour.
2. Déclaration du Temple de la Guerche en 1681. (Arch. de la Loire- Inférieure).
synode provincial de Ploërmel. Il demeura à ce poste jusqu'en 1571. Après cela on ne retrouve plus ses traces, et son Eglise dut se fondre en celle de Saint-Malo1. »
Enfin on appelle le Moûtier de vieilles maisons dans le haut de la ville, aux alentours de l'église paroissiale; ces maisons dépendaient vraisemblablement des Bénédictins du prieuré de la Trinité, situé, il est vrai, à l'opposé de la ville, mais dont la juridiction était assez étendue.
Veut-on savoir quelle était au siècle dernier la vie des habitants de Combour, tant au château que dans la ville? Recourons encore aux Mémoires de Chateaubriand :
« Mon père — dit-il — avait fait revivre quelquesuns de ses droits féodaux, afin d'en prévenir la prescription. Lorsque toute la famille était réunie, nous prenions part à ces amusements gothiques : les trois principaux étaient le saut des poissonniers, la quintaine et une foire appelée l'Angevine. Des paysans en sabots et en braies, hommes d'une France qui n'est plus, regardaient ces jeux d'une France qui n'était plus. Il y avait prix pour le vainqueur, amende pour le vaincu.
« La quintaine conservait la tradition des tournois : elle avait sans doute quelque rapport avec l'ancien service militaire des fiefs. On devait payer les amendes en ancienne monnaie de cuivre, jusqu'à la valeur de deux moutons d'or à la couronne de 25 sols parisis chacun.
« La foire appelée l'Angevine se tenait dans la
1. Vaurigaud, Ilist. des Eglises réformées de Bretagne, I, appendice, XLV.
prairie de l'Etang, le 4 septembre de chaque année jour de ma naissance. Les vassaux étaient obligés de prendre les armes ; ils venaient au château lever la bannière du seigneur; de là ils se rendaient à la foire pour établir Tordre et prêter force à la perception d'un péage dû aux comtes de Combourg par chaque tête de bétail, espèce de droit régalien. A cette époque, mon père tenait table ouverte. On ballait pendant trois jours : les maîtres dans la grande salle, au raclement d'un violon; les vassaux dans la cour verte, au nasillement d'une musette. On chantait, on poussait des huzzas, on tirait des arquebusades. Ces bruits se mêlaient aux mugissements des troupeaux de la foire ; la foule vaguait dans les jardins et les bois, et du moins une fois l'an on voyait à Combourg quelque chose qui ressemblait à de la joie.
«.Les visiteurs que Ton recevait au château se composaient des habitants de la bourgade et de la noblesse de la banlieue : ces honnêtes gens furent mes premiers amis.
« Le premier habitant du lieu était un M. Potelet1, ancien capitaine de vaisseau de la compagnie des Indes, qui redisait de grandes histoires de Ponclichéry. Comme il les racontait les coudes appuyés sur la table, mon père avait toujours envie de lui jeter son assiette au visage. Venait ensuite l'entrepositaire des tabacs, M. Launay de la Billardière, père de famille qui comptait douze enfants, comme Jacob, neuf filles et trois garçons, dont le plus jeune, David, était mon camarade de jeux. Le bonhomme
1. Jean Potelet propriétaire de la terre de Saint-Mahé, mais demeurant en la ^ille de Combour.
s'avisa de vouloir être noble en 1789 : il prenait bien son temps ! Dans cette maison, il y avait force joie et beaucoup de dettes. Le sénéchal Gébert, le procureur fiscal Petit, le receveur Corvaisier, le chapelain l'abbé Charmcl, formaient la société de Combourg. Je n'ai pas rencontré à Athènes des personnages plus célèbres.
« MM. du Petitbois, de Châteaudassie, de Tinténiac, un ou deux autres gentilshommes, venaient le dimanche entendre la messe à la paroisse et dîner ensuite chez le châtelain. Nous étions plus particulièrement liés avec la famille Trémaudan, composée du mari, de la femme extrêmement belle, d'une sœur naturelle et de plusieurs enfants. Cette famille habitait une métairie, qui n'attestait sa noblesse que par un colombier. Les Trémaudan vivent encore. Plus sages et plus heureux que moi, ils n'ont point perdu de vue la tour du château que j'ai quitté depuis trente ans; ils font encore ce qu'ils faisaient lorsque j'allais manger le pain bis à leur table; ils ne sont point sortis du port dans lequel je ne rentrerai plus1. »
De nos jours Combour perd peu à peu son antique cachet, son château seul sauve la petite ville de la banalité contemporaine. A part les maisons que nous avons signalées, les vieux logis de la Grand'rue tendent de plus en plus à se moderniser ou à faire place à des constructions récentes. Des familles que Chateaubriand fréquentait dans sa jeunesse il ne reste guère en Combour maintenant que celle des Pinot du Petitbois, continuant toujours d'habiter leur pittoresque manoir du Grand-Val. Ce