Mémoires rt' Outre-Tombe, I
qui demeure et ce qui demeurera toujours à Combour, comme un honneur suprême et un souvenir glorieux, c'est d'avoir vu s'écouler la jeunesse de Chateaubriand, c'est d'avoir été décrit par lui avec amour, c'est de voir son nom associé à celui du plus grand littérateur de notre siècle!
Voilà cinquante ans que l'âme de Chateaubriand a quitté cette terre et s'est envolée, comme celle de B riz eux,
Vers une autre Bretagne en un monde meilleur !
et sa gloire brille toujours aussi belle, aussi pure que jadis. « Nul genre de littérature ne lui fut étranger. Poète génial, styliste incomparable, historien merveilleux, précurseur et initiateur des Augustin Thierry et des Michelet, orateur, philosophe, géographe, il a touché à tous les genres, toujours original, inimitable bien souvent, toujours supérieur. On ne peut essayer ici même une simple énumération des œuvres de Chateaubriand, mais il convient de rappeler l'immense influence exercée par le Génie du Christianisme sur l'esprit d'une génération qui semblait ne plus connaître que les philosophes du xvme siècle. Le Premier Consul avait rouvert les églises; l'œuvre de Chateaubriand y ramena les fidèles. Comment railler une religion qui avait inspiré de tels accents, qui avait produit un Eudore, une Cymodocée!
« Si à ces prodigieuses qualités littéraires on ajoute que notre illustre compatriote a été un des plus grands hommes d'Etat du siècle, que sa valeur politique brilla aussi bien dans les conseils du prince que dans les délicats travaux de la diplomatie; si
Ton rappelle son ardent patriotisme, son mépris de ses propres intérêts ; l'intolérante probité avec laquelle, au moment de la mort du duc d'Enghien, il brisa avec éclat une carrière qui déjà s'annonçait brillante; la clairvoyance généreuse et libérale qui, plus tard, lui fit déposer sans regret le pouvoir et se séparer en gémissant d'amis maladroits qui compromettaient la cause commune qu'ils servaient ! Ne dirons -nous pas qu'il ne manqua rien à sa gloire1? »
Devant le nom de Chateaubriand s'éclipsent les souvenirs glorieux des barons de Combour. Nous avons cherché en cette étude à rappeler les faits d'armes et les pieuses générosités de ces vaillants seigneurs, et nous avons vu naître et prospérer, sous leur puissante protection, une forteresse et un vaste comté, une petite ville et une intéressante paroisse, des manoirs, des hôpitaux, un prieuré, des églises et des chapelles. Puis nous avons trouvé Chateaubriand, éclairant de son style magique les tableaux trop sombres de l'histoire et de l'archéologie. Arrivés au terme de notre tâche, sentant que plus on étudie la Bretagne, plus on se prend d'affection pour elle, nous terminons par une dernière citation du plus illustre habitant de Combour :
Mon pays sera mes amours Toujours!
1. Discours de M. Le Meignen, vice-président de la Société des Bibliophiles Bretons (Espérance du Peuple, n° du 27 mars 1898).
Hennés. — liup. Eugène l'iiosi, rue Leperdit.