‹ Comédiens et amateurs; le théatre et ses dessous. Préf. de Frédéric PelletierChapitre 5 sur 29 · COMMENT APPRENDRE UN ROLE · texte numérisé non relu

COMMENT APPRENDRE UN ROLE

« votre cru » ce que l'auteur a écrit. Les auteurs n'aiment pas que les comédiens collaborent avec eux. Dans la prose comme dans les vers, vous devez apprendre le mot à mot.

C'est une grande erreur que de compter sur le souffleur. Indépendamment d'une crainte continuelle que vous éprouvez et qui est très apparente pour l'auditoire, vous ralentissez votre diction, vous ne jouez pas dans le mouvement que parfois vous rendez languissant. Vous jetez souvent un œil suppliant vers la boîte de cet humble et dévoué serviteur; vous souffrez et vous faites souffrir ceux qui vous voient et vous écoutent. Ne prenez pas la funeste habitude de « jouer au souffleur » comme il est convenu de dire dans le monde théâtral.

Si vous jouez un « rôle de traître », ne vous croyez pas obligé de prendre une voix sépulcrale, d'avoir un aspect terrible, de rouler vos yeux en boules de loto, vous produisez de suite l'épouvante et conséquemment vous détruisez la charpente sur laquelle l'auteur a établi son intrigue.

Rien ne ressemble plus à un honnête homme qu'un traître.

Si VOUS êtes appelé à représenter un personnage historique, consultez les dictionnaires, lisez dans les bibliothèques les ouvrages qui en parlent, voyez son portrait, rapprochez-vous le plus possible de la ressemblance et respectez l'exactitude du costume dans ses moindres détails.

L'histoire du costume civil, militaire et religieux, depuis les siècles les plus reculés jusqu'à nos jours, doit être connue de tous les comédiens, ainsi que les différentes modes de coiffures qui se sont succédées. L'artiste qui ne possède pas ces connaissances se trouve dans un état d'infériorité et sujet à commettre les plus grandes erreurs anachroniques.

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Le costume

Les costumes dits « costumes d'époque » sont fournis aux artistes par le directeur du théâtre; mais le comédien doit se fournir lui-même ce qu'on appelle les accessoires, c'est-à-dire : les chaussures, souliers et bottes de toutes les époques, les dentelles, les rubans, des bas de différentes nuances, les gants, enfin tout ce qui complète le costume.

Dans les théâtres de Paris, tous ces accessoires sont fournis par la direction. Les auteurs et directeurs tiennent essentiellement à la scrupuleuse exactitude dans le costume historique; mais il est très prudent de les avoir à soi, sous peine de se voir attifer, dans d'autres théâtres, d'une façon grotesque, ce qui vous gênera et fera rire les connaisseurs.

Quand il joue en costume moderne, le comédien

doit être correct de la tête aux pieds et vêtu selon

le caractère du personnage qu'il représente. Il

doit avoir une garde-robe bien garnie pour ne pas

se présenter trop souvent sous les mêmes habits; c'est ce qui lui permettra du reste d'être plus exigeant dans ses appointements. Les artistes, hommes ou femmes, qui ont la réputation de « bien s'habiller » gagnent toujours davantage que d'autres, et si, avec cela, ils possèdent un vrai talent, ils ne manqueront pas d'engagements.

Le comédien devra éviter de mettre à la ville les vêtements et les chaussures qu'il porte au théâtre.

Etre bien habillé, c'est la moitié du succès.

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Le maquillage

Pour compléter ces conseils élémentaires, il me reste à parler du maquillage. Savoir se « grimer )) est un art que l'on peut acquérir et développer avec de l'attention, de la patience et de l'étude.

Le comédien doit apprendre à se poser ses barbes et à se grimer lui-même. Il ne doit pas confier son visage à n'importe quel coiffeur, plus ou moins habile, qui, avant la représentation doit, à la « va-vite », lui coller une barbe en crêpé qui ne tiendra pas et lui « zébrer » la figure de quatre coups de crayons placés n'importe comment. Cet homme, qui peut être un excellent coiffeur, un remarquable perruquier, ne connaît pas le rôle que vous allez jouer et surtout le caractère que vous voulez donner à votre physionomie.

Vous devez avoir votre « boîte à grime », et, comme le peintre sur sa palette, elle doit contenir les couleurs en bâtons dont vous pouvez avoir besoin :

Trois gros bâtons : Un blanc, un couleur chair et un autre d'une couleur chair plus foncée. [77]

Six petits bâtons : Brun, rouge, gris-bleu, terre de Sienne blanc, vermillon.

Trois boîtes de poudre de riz : Blanche, couleur chair et couleur chair plus foncée.

Une boîte d'ocré jaune.

Une boîte a ocre rouge.

Une boîte de terre de Sienne.

Deux petits crayons gras : Un noir et un bleu, dans des étuis de métal.

Ces derniers doivent spécialement servir à agrandir les yeux et accentuer les cils et les sourcils; la meilleure manière d'employer ces crayons, pour cet usage, consiste à fermer les yeux et à passer légèrement le crayon entre les deux paupières soit le noir ou le bleu suivant les goûts; le bleu adoucit le regard.

Quand on doit se présenter en scène dans un rôle qui ne nécessite pas un maquillage spécial, c'està-dire quand vous devez garder votre visage naturel, essuyez-vous bien le visage avec une serviette éponge, de préférence; ensuite passez très peu de vaseline boriquée, puis votre gros bâton de fond de teint couleur chair que vous étendrez soigneusement sur toute votre figure. Votre petit bâton de rouge vous servira à en mettre délicatement sur

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