LE COMEDIEN A LA VILLE
Le véritable artiste ne recherchera pas le monde. Il y gagnera toujours de n'être connu que sur la scène; vu de trop près, il risque souvent de perdre de son prestige et d'enlever parfois l'illusion qu'on a de lui.
Si le comédien se trouve dans l'obligation d'accepter une invitation ou d'assister à une réunion mondaine, qu'il évite le plus possible de parler de questions théâtrales et surtout de sa personnalité.
Ne prenez jamais, comme étant sincères, que la moitié des compliments que l'on vous fait. Gardez-vous bien de faire chorus avec ceux qui, justement ou injustement, amoindriraient le talent d'un ou de plusieurs de vos camarades, soyez plutôt un palliateur; le comédien est assez souvent critiqué pour que ses camarades s'en mêlent d'une manière peu fraternelle.
Si les comédiens étaient plus solidaires les uns des autres ils éviteraient bien des déceptions et rehausseraient leur réputation.
Il arrive parfois que la jalousie règne en maîtresse dans une troupe de comédiens; personne n'y gagne, ni les artistes, ni le public et encore moins la direction dont on paralyse les efforts en entravant
la bonne marche du répertoire, en lui créant des difficultés à propos de tout et de rien.
Il faut aussi se méfier de cette triste catégorie de régisseurs et de comédiens toujours prêts à critiquer, partout et toujours, le Directeur dans sa façon d'administrer son théâtre, de choisir les pièces, de distribuer les rôles; ils pontifient avec une audace sans égale et un bagout pernicieux. « Ôte-toi de là que je m'y mette », c'est là leur devise. La plupart du temps ces dangereux démolisseurs ne sont que des mécontents aigris par les insuccès, des fruits secs, des ambitieux mesquins se complaisant dans l'intrigue; ils ne sont que de vulgaires incapables qui profitent parfois de la crédulité ou de l'ignorance de ceux qui les écoutent.
Il est bon de dire que ces pénibles et justes remarques peuvent s'appliquer, non seulement à un certain monde de théâtre, mais aussi à un bon nombre de cabotins de la vie.
Dans vos fréquentations, méfiez-vous de ces soidisant amateurs de l'art, à la poche souvent largement ouverte, qui vous feront généreusement les plus grandes politesses; c'est un moyen pour eux