‹ Comédies bourgeoisesChapitre 13 sur 77 · MADAME DIDARD, MADAME LEGROS, CHARLES · texte numérisé non relu

MADAME DIDARD, MADAME LEGROS, CHARLES

MADAME BIDARD. — Il PC faul pas VOUS demander de VOS nouvelles, vous avez des couleurs superbes.

MADAMB LKGRos. — Je me porte assez l)ien.

MADAME BIDARD. — Et M. Legros? à lui, non plus, il ne faut rien demander, il a une santé de fer.

MADAME LEGROS. — 3Iais jc VOUS reuiercie.

MADAME BIDARD. — Et la uiaman?

MADAME EEGRos. — Vous èlcs trop Iiounc; maman a eu tout riiivcr un rliunif qui l'a honucoup [Mlliruée.

LE PEINTRE ET LES BOURGEOIS. 3o

MVDVME iMDiRu. — Il 116 l"a pas plus fatiguée que celui que j'ai depuis deux jours, que j'en pleure comme une Madeleine: il a fait si lellemenl humide depuis six mois.

MADAME LEGRos. — Le IcHips cst micux dcpuis quelques jours.

MADAME DiDARD. — Il iic faut pas eucore chanter victoire, je ne crois pas le mauvais temps parti.

MADiME LEGRos. — M. Bldard se porte bien? ces messieurs aussi?

MADAME BiDARD. — Tout mon moude Va bien, Dieu merci! c'est moi qui suis la plus malade. Ernest et l'idmond sont à la campagne chez leur oncle. J'attends Arthur d'un moment à l'autre; je ne l'ai pas vu aujourd'hui, il est sorti de bonne heure. Mais c'est votre petite demoiselle qui doit être une petite femme, à présent?

MADAME LEGROS. — ElIc grandit beaucoup ; on est très-content d'elle à sa pension.

MADAME EiDARD. — Comment! elle est donc en pension ?

MADAME LEGROS. — Depuis Ic commencement de l'hiver.

MADAME BIDARD. — Dcpuis le Commencement lie l'hiver? Vous l'y avez mise de bien bonne heure.

MADAME LEGROS. — Muis Zoé « sjx aus ; et, quand je l'avais à la maison, je ne me souciais pas

de la laisser seule; je remmenais avec moi qiiaïul nous dinions en ville, au spectacle, partout; ma fille ne me quillail pas, elle se couchait tard, ça la fatiguait liorriblenient.

MADAME liiDARu. — Alors, je conçois que c'est bien plus commode pour vous de l'avoir en pension. Elle a toujours ses beaux yeux?

MADAME LEGROS. — TOUJOUrS.

MADAME BiDARi). — Comblcn dc fols n'avonsnous pas l'ait la partie de vous aller voir! mais toujours, au moment de sortir, crac! quelqu'un nous tombait sur le dos; c'était vraiment comme un fait exprès. D'un autre côté, je ne sors pas beaucoup, je ne sors même pas assez; aussi, quand je marche, je suis tout de suite à souffler comme un bœuf; et puis, dans une maison aussi conséquente comme la nôtre, c'est une chose, c'est une autre, ce qui fait que l'on est des siècles sans se voir : avec ça que vous demeurez si tellement loin, au bout du monde!

MADAME LEGuos, — ^ous avous l'espoir de nous rapprocher cet hiver.

MADAME uiDARi). — Voilà quI Serait bien aimable. Toutes les fois (pic nous venons à parier de vous avec mon mai'i, et ça nous arrive souvent, nous nous disons toujours : « Où diable les Le- .S'ros onl-ils é(é se niclur. r:i na pas le sens commun! »

MADAME LEGRos. — Vous savcz qu'à Paris on ne se loge pas toujours comme on veut.

MADAME BiDARD. — On sc logc conimc on peut, c'est une vérité. A propos, nous avons eu hier à dîner quelqu'un de vos connaissances : M. et madame Hruandet.

MADAME LEGROS. — Comment se porte-t-elle?

MADAME BIDARD. — Asscz bien pour son état. Quant à lui, il toussote toujours; ce n'est pas étonnant, je l'ai toujours connu toussotant.

MADAME LEGRos. — Nous uc Ics voyons plus, je ne sais pas pourquoi.

MAD\ME BIDARD. — A propos, quc faitcs-vous donc de madame Dufey? Donnez-m'en donc des nouvelles; on la dit bien engraissée.

MADAME LEGROS. — Nous l'avons vue tout l'hiver chez sa cousine, madame Rochon.

MADAME BIDARD. — J'ai été indigoc avec madame Rochon. Elle est venue me voir à son retour des eaux, je n'ai pas encore pu trouver un moment pour aller lui rendre sa visite, .le la trouve bien aimable, madame Rochon, je ne sais pas si vous êtes comme moi.

MADAME LEGROS. — Elle cst fort bicu, elle reçoit à merveille; c'est une charmante maison que la leur. Elle est surtout excellente musicienne.

MADAME BIDARD. — Qucl cst SOU jnslrumcnt?

MADAME LE(iROS. — ElIC jOUG (lu piono.

MADAME BiDARD. — AU! oui-da, je ne lui connaissais pas ce lalent-ià ; je savais qu'elle dessinait très-bien; mais, aujourd'hui, ce n'est plus un mérite, tout le monde dessine.

(Cliaries tc^nioigiie, par la contraction de ses lèvres, du plaisir que produit sur lui cette observation de madame Didard.)

MADAME LEGROS. — Jc suis Licu élonnée, madame, que vous n'ayez jamais entendu madame Rochon ; elle a peu de voix, mais elle chante avec beaucoup de goût ; elle est surtout parfaitement organisée.

MADAME BIDARD. — Au surplus, VOUS dcvcz cn parler savamment; car jc me suis laissé dire que VOUS étiez bien bonne musicienne aussi.

MADAME LEGROS. — Jaimc bcaucoup la musique, mais j'ai si peu de temps à lui donner.

MADAME BIDARD. — Lc fait cst quc tous CCS la- Icnts d'agrémcnt-là ne servent pas à grand'chose, c'est bien du temps perdu. Je l'attends, madame Rochon, quand elle aura trois ou quatre enfants; et ça ne tardera pas, car il va bien, M. Rochon; nous verrons si c'est qu'elle ne plantera pas lu toutes ses musiques.

MADAME LEGRos. — Modanic Millerel vous al-elle donné de ses nouvelles depuis longtemps?

MADAMK BiDARi). — Madame Millerel esl venue passer six semaines avec nous à la monde sa bellesœur, madame Pardessus ; je crois qu'elle ne serait pas très-éloignée de nous revenir l'unnée procliaine ; el, bien que madame Millerel ne soit plus la fleur des pois, elle n'est pas encore si tellement vieille, qu'elle aille comme ça s'enterrer toute vive au fond d'une campagne.

MADAME LEGROS. — Qucl ûgc peul Ijicn avolr madame Millerel?

MADAME BiDARD. — Madame Milleret? Je vais vous dire ça. Madame Millerel a pris notre logement rue de Provence ; nous sommes restés neuf ans rue Croix-des-Pctits-Cliamps. Voyons, neuf et dix font dix-neuf, dix-neuf et six font vingtcinq... Madame Milleret est de nos âges; c'est une femme de quarante-cinq à quarante-six ans tout au plus,

MADAME LEGROS. — J"ai, madame, la prétention de croire madame Milleret mon aînée de beaucoup.

MADAME BiBARD. — Mon Dicu, pour cinq ousix ans de plus ou de moins, ce n'est guère la peine d'en parler.

MADAME LEGROS. — J'étais, Cependant, encore

en pLMision lorsque uuulnnie Milleret épousa M. Joubert, son premier mari.

MADAME BiDARD. — G'cst blcn possljjie; mais, comme je vous disais, je crois bien qu'elle nous reviendra cet biver.

MADAME LiiGRos. — Cela uc m'élonnerait pas. Je ne suis jamais allée cbez madame Milleret, à la campagne : nous ne nous voyons plus, et cela sans avoir jamais su pourquoi ; mais je connais sa ])ropriété.

MADAME BIDARD. — On dit qu'll n'y a rien de joli comme ça. Nous avons toujours projeté avec M. Bidard d'aller lavoir, nous n'y avons jamais été.

MADAME LiîGRos. — La pcrsouue qui babilait cette propriété, et à laquelle a succédé madame Milleret, était une ancicnneamie de ma mère; nous y allâmes souvent, j'étais fort jeune alors; rien au monde de plus triste, de plus maussade que celte babitation. Figurez-vous une grande maison toute seule au milieu des bois; c'était atroce !

MADAME BIDARD. — Elle n'ctt vcul pas convenir; mais sa cousine, mademoiselle Jolivard, qui est plus francbe qu'elle, m'a avoué qu'elle commençait déjà à s'en mordre les doigts.

MADAME LEGROs. — Elle uc sc marie donc pas, mademoiselle Jolivard?

MADAME niDARD. — Il n'cu csl pas question;

mais je m'en vas vous dire, mademoiselle Jolivard a été élevée dans les grandes manières, elle a vu le monde de honne heure : chez sa cousine, on recevait beaucoup; elle n'a pas de fortune, mademoiselle Jolivard: sa mère, qu'elle a perdue fort jeune, avait bien apporté une assez belle dot ; mais le papa était un gaillard qui aimait la bonne ciière et qui allait grand train. Ce qui lui restait, il en a perdu les trois quarts je ne sais comment; c'est même, dit-on, ce qui l'a fait mourir; et, sans sa cousine, la jeune personne eût été fort embarrassée. Avec ça, elle n'épouserait pas le premier venu. Vous voyez qu'elle n'est pas encore aussi facile à marier qu'on pourrait le croire. On a bien parlé dans les temps d'un mariage avec M. Nicolet...

MADAME LEGKos, l' Interrompant. — Est-ce ([u'il n'a ]ias lieu?

(Dès que le nom de Nicolet a été pronoiieé , madame Legros piéiine, s'agite sur sa chaise et ne lient plus en place.)

MADAME BiDARD. — C'est tomhé daiis l'eau. 11 est bon de vous dire, madame Legros, que je n'ai jamais ajouté foi à ce mariage-lù. Mademoiselle Jolivard est trop jeune pour INicolet; et puis tous ces. vieux garçons-Iù, voyez-vous, ça aime bien

trop sa liberté pour se confiner dans un ménage; ça préfère courailler jusqu'à ce qu'ils soient retenus chez eux une bonne fois pour n'en plus sortir,

MADAME LEGUos. — M. Nicolcl 3 (le la fortune.

MADAME BiDARD. — Je nc sajs pas ce qu'a Nicoietj je n'ai jamais compté avec lui; mais on le croit plus riche qu'il ne l'est réellement. Nicolel est à son aise, il n'y a pas de doute, mais Nicoiet est très-généreux. Du reste, il est toujours le même. C'est bien le plus drôle de corps qui ait jamais existé. L'été dernier, à la campagne, chez sa nièce, madame Paré, il nous a fait mourir de rire.

MADAME LEGRos. — Scs plaisantcries ne sont pas toujours de fort bon goût.

MADAMK BIDARD. — Ah bah ! à la campagne, faut pas être bégueule.

MADAME LEGROS. — Sa uiècc a fait, dit-on, un mauvais mariage; M. Paré passe généralement pour un homme assez commun, assez épais, assez laid.

MADAME BiDARi). — Mals uon, Paré n'est pas laid; c'est de ces bonnes figures qui ne signifient rien. Comment vous dirai-je? vous ne l'avez jamais vu?

MADAME iiEGRos. — Jo n'ai jamais eu ce bonheur.

MADAME BiDARD. — Je VQis VOUS Irouvei' sa ressemblance, aliendez un peu.

MADAME LEGRos. — Je n'y tiens pas le moins du monde, je vous jure.

MADAME BiuARD. — A qui douc ressemble-l-il. ce diable de Paré? Ah î j'y suis. Je vais là chercher midi à quatorze heures : tenez, il a un faux air de votre beau-frère; c'est un gros papa comme lui.

MADAME LEGROS, sourlaut, lûs lèwcs trcspincées. — Je vous remercie pour mon beaufrère.

MADAME r-iDARD. — Je suis frauche; votre beau-frère serail-là, que je lui dirais la même chose.

MADAME LEGRos. — Oui, madame, je vous crois beaucoup de franchise.

MADAME BIDARD. — Après ça, Paré n'est pas un aigle ; mais c'est bien le meilleur enfant de la terre; ils ont donné tout l'hiver des soirées jolies, jolies, jolies; tout Paris y était, lis sont à leur aise, les Paré; leur maison a fait beaucoup d'alîalres depuis la révolution.

MADAME LEGROS, d'un toH Irèsscc. — J'en suis enchantée pour sa petite femme, à laquelle je ne suppose pas la moindre méchanceté.

MADAME BIDARD. — ESl-CC qUC VOUS nC VOUS

voyez pas ?

MADAME LEGRos. — Non, madame. Quand M. Nicolel maria sa nièce, il envoya dis billets do faire part à loul le monde; il en inonda Paris : nous fûmes peut-être les seuls auxquels il crut pouvoir se dispenser d'en adresser.

MADAME liiDARD. — Vous savcz aussi bien que moi comme il est : il n'y aura plus pensé.

MADAME LEGROS. — Aussi. madame, ne lui en ai-je pas voulu, je vous prie de le croire. Depuis, il a souvent rencontré mon mari sans jamais lui demander une seule fois de nus nouvelles : j'eus lieu d'en être étonnée, d'après tout ce que nous avions fait pour lui, mon mari et moi.

MADAME BlUARD. — Que VOUlcZ-VCUS! UU llUr-

lubcrlu !

(Pendant toute la période suivante, niadanie Lefrros retire sa resj)ir:ilion à chaque mol pour lui doniieiplus de valeur.)

MADAME LEGROS. — Nous sonimes bien éloignés de nous reprocher ce que nous avons fait pour lui ; mais toujours est-il vrai qu'il eut constamment, et cela pendant des années, son couvert à la maison, qu'il y était comme chez lui, toujours le premier à toutes nos fêtes, à toutes nos parties, à toutes nos réunions; et comment a-t-11

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reconnu toutes ces marques d'affeclion? En rompant avec nous sans qu'il lui fût possible d'articuler un seul reproche, en évitant toute espèce d'explication, en oubliant à la fois les soins et les attentions dont mon mari l'avait entouré, sans égard pour ma mère, pour moi, pour ma position, j'étais enceinte de Zoé : aussi ai-je bien juré de no plus professer désormais pour lui que le plus souverain mépris. Je lui fais trop d'honneur encore, je voulais dire la plus parfaite indifférence.

(Cliarles, les bras croisés, les yeux fixés au plafond, assis devant son chevalet, attend l'issue de la conversation; madame Bidard est devenue rêveuse, toujours sous Tempire de son rhume de cerveau. Madame Legros est dans une grande agitation.)

MADAME EiDARD, sortaut de sa rêverie. — Écoulez une chose: bien souvent, dans la société, on se fâche faute de s'entendre. Je vous promets, moi, qu'il vous rencontrerait, qu'il ne vous en voudrait pas du tout.

MADAME LEGROS, uvcc iiii sourive iroiiique. — Vous croyez, madame?

MADAME BIDARD. — Il n'y 3 pas dc doute : il vous lâcherait une calembredaine, et tout serait fini par là.

MAUAME LEGRos. — Jc lie Ic crois p.is, iiiadunie, qu'une calembredaine pût me faire revenir sur son compte.

MADAME BiDARD. — Ail buli ! laisscz-Hioi donc tranquille, vous n'êtes pas si méchante que vous en avez l'air.

MADAME LEGROS. — Vous uc me conuaisscz pas encore.

(Cliarles tousse de temps en temps pour donner signe d'existence.)

MADAME BIDARD. — Soyons justes et de bon compte. Vous prétendez avoir à vous plaindre de lui : qui n'entend qu'unecloclien'enlend qu'un son, vous savez.

MADAME LEGROS, l'inleiTompaitt. — Ne vionsje pas de vous dire...?

MADAME mi)\KD, rinterrompaut à son tour. — Mon Dieu, qui sait si INieolet n'a pas aussi ses griefs? Dans les temps qu'il allait chez vous, vous ne le ménagiez guère; je me rappelle bien cette époque-là, c'était quand M. Molard arriva de la Plèclie. Eh bien, c'est à partir de ce moment-là qu'il ne fut plus bon à jeter aux chiens.

MADAME LEGROS. — Jc vois avcc pcinc quc l'on est parvenu à surprendre votre bonne foi. M. Mo-

lard n'a jamais pu porler ombrage à personne chez moi; il élail très-aimable, je dois en convenir; il avait d'excellenles manières: il m'avait, d'ailleurs, été recommandé par une sœur de mon mari qui habite la Flèche ; un de ses oncles élail en relation d'affaires avec nous; je n'avais donc, ce me semble, aucun molif pour ne pas bien le recevoir.

MADAME EiDARD. — Après 03, ce quc je vous en dis...

MADAME LEGRos. — Non, madame; mais il est si facile, quand on adore les gens, d'ajouter foi à toutes leurs paroles, et je commence à croire que l'on ne m'avait pas trompée en m'assurant que M. Nicolet était au mieux ici, madame, qu'il avait toute voire confiance.

(La pliysioiiomie de madame Bidard, nalurcllemcnl colorée, esl devenue pourpre depuis la dernière sortie de madame Legros.)

MADAME BiDARD. — Je uc sais pas ce que vous voulez dire, madame, avec ma confiance. Au reste, si M. Nicolet est au mieux avec moi, c'est qu'il me convient qu'il y soit. Voilà tout ce que j'ai à vous répondre.

MADAME LEGRos, affectant un grand calme. — Mais je trouve cela tout simple.

MADAME TiiDARi). — On 3 pu (lire dans les temps tout ce qu'on a voulu; je m'en moque, je suis audessus de toul; et, si j'ai eu des bonlés pour quelqu'un, ça n'a jamais été au point de lui faire passer avec moi des six semaines à la campagne quand mon mari était bien tranquille à Paris.

La pliysiononiie de madame Legros, iiiiliircllcmeiit blafarde, prend une leinle vex'dàtre )

MADAME iKGRos. — Jc nc suis pas, madame, dans l'usage de répondre à des impertinences.

MADAME BIDAUD. — Moi HOU plUS. AU SUrplUS,

on peut se tromper, personne n'est infaillible, il n'y a que le pape

(drand silence après la réplique de madame Bidard. Madame Legros voudrait être à cent lieues de son amie; Charles ricane dans sa moustache; la maîtresse de la maison fait un usage très-fréquent de son mouchoir.)

MADAME BiDAUD, roiupanl le silence. — Si vous voulez, monsieur, je vais reprendre ma position. (Se tournant du côte de madame Legros.) Vous permettez, madame?

MADAME LEGRos. — Vous failcs faire votre portrait?

(Elle se lève et gagne tout doucement la porte de la salie à manger en prenant le chemin le plus long.

MADAME BiDARD. — Jc fais faire mon portrait, oui, madame; c'est pour mettre dans la cliaml)re de mes enfants [avec intention marquée), car j'ai le défaut d'être bonne mère. {Après avoir cherché quelque temps.) Jusqu'à présent, on n'a jamais pu liien m'attraper.

MADAME LEGROS, liii rcnvoyant la ballc. —CgIa doit être très-difficile.

MADAME EiDARD. — Il faut croirc que oui.

MADAME LEGROS, (Vun ton léger, s acheminant toujours du côté de la parle.— Mais on ne s'aperçoit pas de riieure, clicz vous; il doit commencer à se faire tard : je vais vous faire mes adieux.

MADAME BIDARD, sons pour ccUi dctoumcr la tête. — Comment! sitôt?

MADAME LEGROS. — Jc craius quc l'on ne soit inquiet à la maison.

MADAME BIDARD. — Comment! vraiment, vous ne voulez pas nous rester à dîner?

MADAME LEGROS, Icuaut cnfin le boulon de la porte. — Impossible aujourd'liui d'avoir ce plaisir.

MADAMii lîiDARD, sc levcuit. — C"esl eii vérité rosier trop peu. M. Didard sera désespéré de ne pas s'être trouvé à la maison.

MADAMiî LEGRos. — Je VOUS Bn coujurc, madame, ne vous dérangez pas, je vous en prie en grâce. (Elles se dispiilent toutes deux le bouton de la porte.) Vous êtes enrhumée, je craindrais que vous ne vous refroidissiez.

MADAME BiDAUD. —Je nc vcux pas VOUS laisser aller seule.

MADAME LEGROS. — Vous failes dcs cérémonies.

MADAME BiDARD, kl recouduisaiit. — Ne m'oubliez pas auprès de madame votre mère, je vous en prie. Vous avez toujours des chapeaux divins.

MADAME LEGROS. — J'ai porté celui-ci tout l'hiver. {Les deux dames sortent en se faisant mille politesses.)

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