‹ Comédies bourgeoisesChapitre 18 sur 77 · M. BRÛLÉ, MADAME BRÛLÉ · texte numérisé non relu

M. BRÛLÉ, MADAME BRÛLÉ

MADAME BRI'LÉ. — Je ne sais ce que je donnerais pour ne pas avoir fait celte visite; pour un rien, je m'en irais.

M. BRI'LÉ. — Que veux-tu ! ce qui est fait est fait, et, puisque nous sommes ici, autant vaut...

MADAME BRCLÉ. — VoUS dilX'Z tOUt CC qUC VOUS

voudrez; mais c'est toujours bien désagréable d'arriver dans une maison quand les gens sont à table.

M. BRULE. — N'est-ce pas loi qui m'as exprimé le désir de venir?

MAiiA.ME BRULE. — Ncii pai'lons plus ; iiKiis regarde donc.

M. BRiLÉ. — Où voux-tu quG je regarde?

MADAMEBRULÉ. — Dc iiion côté... G'csl fi'appaiU !

M. BRiLÉ. — Qno'i donc, de ton côté?

MADAME BRILÉ. — Là, sup le Canapé ; mais je ne me irompe pas, c'esl madame Didard.

M. BRÛLÉ. — Tu crois?

MADAME BRULi':. — Il h'j' 3 pas à s'y tromper, c'esl hideux de ressemblance. Je n'ai, de ma vie, rien vu de si grotesque.

M. BRULE. — Ça me paraît !)ien chargé en couleur.

MADAME BRULi':. — Ne dltcs douc pas cela; je vous dis que c'est frappant. N'est-elie pas toujours d"un rouge il faire peur?

M. BRULE. — Tu as raison, c'esl quand le sang la tourmente. {Illil l'inscription placée au bas du portrait.) «. A mes enfants, leur bonne mère, le jour de ma fête. » C'est donc aujourd'hui sa fête?

MADAME BRULK. — Apparemment. Je ne suis plus étonnée alors de ce luxe inusité de fleurs et de bouquets.

M. BRÛLÉ. — Je n'en savais rien.

M\DAME BuuLÉ. — Je l'iguorals aussi.

M. BRULE. — Notre visite aura le mérite de l'àpropos.

MADAME BRiLK. — in iic connais pas de maison où il y ail plus de réunions de famille ; voilà la dixième fois, au moins, que nous tombons un jour de fête.

M. BRuiiÉ. — Les Bidard sont très-unis.

MADAME BRuiiii. — Je ue dis pas le contraire; mais ce genre de réunion n'en est pas moins fort ennuyeux pour les étrangers.

M.BRi'LÉ. —Pourquoi?

MADAME BRCLK. — Pourquoi, pourquoi... Parce que nous ne pouvons partager des sentiments que nous n'éprouvons pas.

M. BRi'LK. — El pourquoi ne les éprouverionsnous pas?

MADAME BRi'LÉ. — Tu cs ridiculc ! porce que tu fais des affaires avec cette maison , te voilà de la famille; il te prend comme ça, pour certaines gens, des passions à faire mourir de rire.

M. BRÛLÉ. — Ce sera comme tu voudras; mais, avec ton système, on ne verrait personne. Ce portrait n'est pas ressemblant; je crois bien que c'est madame Bidard que l'on a voulu faire, mais ce n'est pas ça.

MADAME BRÛLÉ. — Qucl costumc aussi a-t-clle été endosser là? .le ne connais rien au monde de plus ridicule que ces gens qui, par la seule raison qu'ils se font peindre, se croient obligés d'avoir

une mise oxiraordinaire : et l'on est tout (Honné, après cela, qu'un iiortrait ne ressemble pus. Je crois bien, c'est tout simple! C'est comme toi, monsieur Brûlé, si tu le faisais faire en habit à la française, l'épée au côté, parce qu'une fois nous sommes allés au bal de la cour.

M. ERiLÉ. — Tu me l'as assez reproché.

MiDAME ERCLÉ. — Parcc qu'uu mari qui aime bien sa femme ne va jamais au bal sans elle... Et ce bouquet de coquelicots sur sa lèlc, que! joli effet! Une coifîure semblable serait tout au plus bonne dans un comptoir.

M. ERiLÉ. — Je n'aime pas beaucoup non plus les coquelicots dans les cheveux.

MVDAMi; BRiLK. — Rieu n'y manque : tout, jusqu'à sa couronne d'immortelles! des immortelles à madame Bidard! Pauvre femme! pourquoi ne pas s'être fait faire tout bonnement dans son costume de tous les jours?

M. ERILÉ. — Je suis assez de ton avis.

MVDVMEBRtLK. — Jc crois, au rcste, avoir dcvlué son intention : elle destine, sans doute, son portrait à l'exposition, pour se faire rire au nez, comme l'ont fait vingt femmes de ma connaissance.

M. ERILÉ. — Quand bien même elle le ferait, que t'importe? Tu te montes toujours comme ça pour des choses qui ne le regardent pas.

6i COMÉDIES BOURGEOISES.

MADAME ERrLÉ. — Qu'esl-cG quG lu veiix ! j(3 ne peux voir de sang-froid des gens qui, de gaieté de cœur, courent ainsi au-devaiil du ridicule, c'est plus fort que moi.

M. «nuLÉ. — Je ne t'en fais pas un crime, cela prouve en la faveur. Je crois que l'on sort de taljlo.

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