M. BRULÉ, MADAME BRULE
MADAME BRCLiî. — Tu l'as vuc, cllc a tcnu à niellrc le costume de son portrait; quand je le le disais !
M. BRuiiii. — Oui, oui, c'est vrai.
MADAME BRUiiÉ. — Elle 3 hcau dire qu'ils ne sont qu'entre eux, jc ne donne pas lu dedans. Toutes les fois que nous avons été invités, nous devions nous trouver avec des personnes de connaissance :
toujours des figures nouvelles ! et, si tu m'en crois, nous irons au jardin, do peur d'être relancés encore une fois.
M. BRiLi':. — Tu as raison; allons ! [Ils sortent.)
NICOLET, IIE^KIETTE, entrant du côté opposé.
NicoLET, un marteau à la main, ■poursuivant Henriette. — Va te promener, j'y renonce. {Il se jette dans un fauteuil.) Je suis tout hors de moi. Ça ne vaut rien de courir après dîner; je n'ai plus de jambes.
Hj-:vRiETTE. — N'êtes-vous pas honteux, à votre âge, de faire comme ça le jeune homme?
McoLET. — Ah çà ! voyons, ta maîtresse veut absolument que je l'accroche : oîj l'as-iu mise?
uENRiEïTE.— Là, sur le canapé.
ivrcoLET. — Je ne l'aurais jamais devinée lu; elle est enterrée sous un las de coussins. (// 7nonte sur un fauteuil.) Il s'agit maintenant de trouver le milieu de mon papier... J'ai une chaleur atroce; tiens mon habit un instant. (// retire son habit.) Dépêchons-nous, le temps presse. {Il fredonne en enfonçant un clou dans ta muraille.)
Pour le iiiirlilon,
Mirliton, inirlllaiiie,
Pour le inirlilon, don don.
iiK>RiETTK. — Diles-ia moi donc, celle cliaiison qui les a tant fail rire à diner?
NicoLKT. — Ça ne se clianle pas dejaiil les demoiselles.
iiENRiETTii. — Qu'esl-ce que ça fail, je vous en prie ?
NicoLET. — Plus lard, nous verrons ça.
HENRIETTE. — Vous serjcz si gentil !
MCOLET.
Le berger aux trois déesses,
Mirliton, niirlitaine, Filoler trois cotillons,
Mirliton, don don.
Mon clou esl-il droit comme ça?
HENRIETTE. — Oui, il esl bicH dioil.
NicoLET. — Passe-moi madame r>idard, à présent.
HENRIETTE, prcitant le jjorlrail. — C'esl plus lourd que moi ; je n'alleindrai Jamais là.
MCOEET. — Alleiids, allends, je vole à Ion mj-
LE l'EINTIŒ ET LES BOURGEOIS. G9
cours. (// descend de son fauteuil et profite du moment où Ucnrielte a le bras en l'air pour lui prendre la taille.) Vous voilà, chère amie, enlièrenicnl à ma disposilion. (// l'embrasse.)
HK>RiKTTE. — Yoii!ez-vous mc laisser Iranquilie, voulez-vous me laisser tranquille, ou je laisse tout tomber : finissez avec vos bêtises.
îîicoLET. — Tu appelles ça des bêtises, toi?(// V embrasse derechef.)
HENRIETTE. — Approchez encore, et je lâche madame Bidard, gros vilain polisson! Voilà qu'on monte.
NicoLET. — Donne-moi ta maîtresse. (7/ monte sur son fauteuil et prend le tableau.)
Mirliton, don, don.
Tu avais raison, la copie pèse autant que l'original.
HENRIETTE. — Vous en savez quelque chose.
NicoLET. — Qu'est-ce que c'est, mademoiselle? Ah ! vous aussi ? Eh bien, c'est joli ! ne vous gênez pas.