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SCÈNE IX. LES MÊMES, TOUTE LA SOCIÉTÉ

Madame BiJanl, entourée de ses enfants, ferme la marche. Les dames viennent sasseoir près de la cheminée ; les hommes continuent dans les coins du salon les conversations commencées à table; d'autres personnes des deux sexes se répande ni dans les pièces voisines. La famille Vassal présente ses bouquets.)

MADAME BiDARD. — Commeiit ! madame Vassal, vous êtes ici, el je n'en savais rien? C'est bien aimable à vous! (Elle embrasse madame Vassal). El cette cbère enfant? [Elle embrasse Mélanie et M. Vassal). Fallait venir dîner avec nous.

MADAME VASSAL. — Vous éticz di'jà beaucou]) de monde, ça vous aurait gêné.

MADAME BIDARD. — Comment donc! pas du tout. Ce n'est pas parce que je suis leur mère, mais vous m'avouerez, mesdames, que j'ai des enfants qui m'aiment bien.

MADAME MiLLERET. — Cc sonl dc vrais trésors, tous les trois.

MAUAHE BRtLiî. — Ils soiit cliamiants.

MAD.4MK BiDARD. — Jc iic coiiçois pas fonuiieiil, vous, matliinie Milleret, qui aimez si lelieuieiit les cnfaiils, vous n'en ayez jamais eu.

MADAME MILLERET. — Ça n'a pas élc faute d'envie d'en vouloir, je vous jure bien. Vous allez toujours l)ieii, madame Vassal?

MADAME VASSAL. — Mais, oui, assez bien, vous êtes trop bonne; et vous?

MADAME MILLERET. — Si cc n'était Ic sang , assez bien aussi; qu'est-ce que vous voulez! il faut bien souffrir ce que l'on ne peut empêcher. Tu ne me dis rien, Mélanie?

MADAME VASSAL. — Comment, mademoiselle, vous ne dites rien à madame, qui a loujours été si bonne pour vous?

MELANiE. — Pardonncz-inoi, maman, j'ai salué madame en entrant.

MADAME MILLERET. — Je la trouvc bien grandie.

MADAME VASSAL. — Oul, si elle 86 tenait droite.

(Mudame Bidard va et vient , elle adresse un mot à cliacuii, cl reçoit les lionimagcs et les bouquets des jK-rsoniies arrivées depuis le coninieueemeut de la scène.)

NicoLET, à son voisin. — Eh bien, monsieur Turpin, vous ne nous avez rien dit à table?

M. TiRPiN. — Je suis arrivé ce malin de la campagne, je suis abîmé.

NicoLET. — C'est égal, il fallait toujours nous dire quelque chose; c'est comme M. Féret...

M. FÉRET. — Moi? je vous ai chanté deux chansons.

McoLET. — Qu'est-ce que c'est que ça, deux chansons?

MADAME EiBARD. — Nlcolet ! VOUS auTCz la complaisance, n'est-ce pas, de donner un petit coup d'oeil.

MCOLET. — Soyez tranquille. (7/ so?-^)

MAitAME BiDARD. — C'cst toujours lui quc je charge de tout ; mon mari est si tellement emprunté...

MADAME MiLLERET. — Il cst toujours bien drôlc, avec toutes ses chansons; vous avez là un oncle bien original.

MADAME PARÉ. — Il cst jcunc de caraclère, un rien l'amuse.

MADAME MILLERET. — C'cst fort hcurcux ! Je ne sais en vérité pas où il va chercher tout ce qu'il débite.

MADAME CHEVROL. — Jc VOUS Bssurc quc ÇB me fait mal de rire comme ça après avoir dîné.

; Un orclicsire placû dans une pièce voisine cxécule Tair Où peut-on être mieux qu'au seiti rfe sa famille. Nicolct entre dans le salon ù la lête de plusieurs jeunes gens chargés de bouquets, et les fait placer au-dessous du portrait de la maîtresse de la maison, qu'il découvre aux acclamations unanimes de rassemblée.)

MADAME BiDARu, (Viine VOIX émuô. — Mes enfants! c'est la surprise de votre mère.

LES ENFANTS. — Ail! Hianian, comme c'est toi.

(Ils sautent au cou de leur mère, qni les arrose de ses larmes ; quelques dames mêlent les leurs aux siennes.)

MADAME BiuARD,sVss!/yrt/i/ Icsycux. — Madame Millcrel, dites-moi donc pourquoi je pleure toujours le jour de ma fête?

MADAME MiLLERET. — C'cst la palurc qui le veut.

MADAME BiDARD. — Vous ctcs donc conlcnts du portrait de votre mère?

LES ENFANTS. — Ail! oui, maniDn.

MADAME BIDARD. — Embrasscz-la encore, celle pauvre mère! (Elle est. embrassée.) Suis-je enfant do itleurcr comme ça !

MADAME MiLLERET. — Je me mcls bien à voIrc place. {Elle essuie ses yeux.)

(Charles, placé près du tableau, écoute attentivement les éloges cl les critiques de la société.)

MADAME liiDARD. — Nous allons prendre le café, mesdames. Madame Biulé, vous prenez du café?

MADAME BRiLÉ. — Très-pou, madame, je vous remercie. Je vous demanderai de la crème.

MADAME MiLiiERET. — Jc n"ai de ma vie vu de ressemblance comme celle-là.

MADAME BiDARD. — Hcnrlelle ! donnez de la crème à madame Drnié. Vous trouvez de la ressemblance, madame Millerel?

MADAME MILLERET. — Oli! Certainement, oui, j'en trouve ; c'est bien vous!

MADAME VASSAL. — C'csl OU ne pcut plus ressemblant.

MÉLA?fiE. — Comment ! maman, vous trouvez ce portrait ressemblant? J'en suis fâchée pour vous.

MADAME MILLERET. — Vcux-lu bien te taire, morveuse! Est-ce que Ton a des opinions à ton âge?

MADAME VASSAL. — Pourquoi n'en aurait-elle pas, madame? Ma fille est pleine de dispositions pour le dessin.

MADAME MiLLERET. — Je 116 (lis pos noii ; Hiais j'aurais une petite demoiselle comme elle, qui parle à tort et à travers, que je l'enverrais coucher, et bien vite.

MADAME VASSAL. — Cliacun fait comme il l'entend, madame.

MADAME MiiiLERET. — Je l'cntendrais ainsi.

MADAME BiDARD. — IJu café, madame Millerct?

MADAME MiLLERET. — Volouliers... On u'cst pas plus rcssemlilante que vous ne l'êtes... Merci, bien obligée. Je ne devrais jamais prendre de café; j'en prends toujours... Tenez, madame Bidard, c'est surtout en se mettant un peu de côté que vous êtes plus ressemblante encore... Avec un peu de sucre ; bien, c'est ça.

MADAME BIDARD. — Dc la crèmc?

MADAME MiiiLERET. — Non, jamais.

MADAME BIDARD. — Madame Chevrol, du café?

MADAME CHEVROL. — Nou, madame, je vous remercie.

MADAME BIDARD. — l'nC idéC?

MADAME CHEVROL. — Jc n'en prendrai pas, madame, je vous suis obligée.

MA0 4ME BIDARD. — Vous ne mc ditcs rien de mon portrait?

MADAME CHEVROL. — Jc vois bien que c'est vous que l'on a voulu faire.

M. VKRET. — C'est une myslificalion.

M. ïiRPiN. — Une mauvaise plaisanterie, une charge.

MADAME BiDARD. — Madomojsolle Jolivard, un peu de café?

MADEMOISELLE JOLIVARD. — Je VOUS renieicle, madame, je n'en prends jamais.

MADAME BIDARD. — Bicn Vrai? Est-il vrai que mademoiselle ne prend pas de café ?

M. MiLLERET. — Eiic ii'cn prend jamais, à la maison.

MADAME BIDARD. — Henriette, offrez du café à ces messieurs; vous prendrez les tasses de ces dames.

M. FÉRET. — Je ne m'y connais pas, mais de la vie je n'ai vu d'Lorreur comme ce portrait.

M. TURPiN. — C'est une gageure.

MADEMOISELLE JOLIVARD. — Ail! mCSSiCUrS, UH

peu d'indulgence.

MADAME CHEVROL. — Vous qui dcssluez, mademoiselle, est-ce que vous ne trouvez pas ce portrait hideux?

MADEMOISELLE JOLIVARD. — Non, madan^j; je le trouve Irès-ressembiaiil, ce qui est, je crois, la première condition dans un portrait; puis il me semble bien dessiné, bien modelé, d'une belle couleur.

MAUAJii; CHEVROL. — Coniiiient! vous ne Irouviz pas que madame Bidard est beaucoup trop forte sur son portrait? C'est d'un commun atroce, un vrai paquet.

M. BRLLiî. — C'est ce que j'ai toujours dit, c'est trop monté en couleur.

MADAME BRULE. — Je Irouvo cc poplralt frappant.

MADAME BIDARD. — Vous avcz, après ça, des personnes plus faciles à attraper les unes que les autres. Madame Miileret, un peu de liqueur?

MADAME MILLERET. — Qu'CSt-CC quC C'CSt?

MADAME BIDARD. — Dc l'anisctte.

MADAME MILLERET. — Je vcux \>\ctï, unc larme. Je ne devrais pas en prendre. {Elle hausse son verre plein.) Merci, merci, vous m'en avez beaucoup trop donné... Elle est excellente!

MADAME BiDAKD. — Elle nous vlcnt directement.

MADAME CHEVROL. — J'ai vu des portraits si ressemblants, quand j'y pense!

M. TL'Ri'iN. — La ressemblance? Mais c'est l'A B C du métier.

M. FÉRET. — Tout le monde fait ressemblant.

MADEMOISELLE joLivARD. — Vous croyez, mcssieurs?

M. TiiRPiN. — Il n'y a pas de doute.

MADAME CHEVROL. - A la platfi de madame

Bidiird, je ne prendrais jamais une iiorreur de portrait comme celui-là.

M. FÉRET. — El vous auncz grandement raison. J'accepterai du curaçao.

M. TCRPi>. — Je profiterai de la même occasion. Comment trouvez-vous madame, monsieur lîidard?

M. BiDARD. — Je ne sais pas, je n'ai pas encore pu en approcher. Voyons donc un peu.

MADAME CHEVROL. — G'cst Une Ijorrour, nest-ce pas?

M. BiDAR». — C'est toi que l'on a voulu faire, madame Bidard?

MADAME BTDARD. — Certainement que c'est moi ; qui donc veux-lu que ce soif? le roi de Prusse?

M. EiDARD. — Tu as dcs fleurs sur la tète... c'est ta rohe bleue.

ER>EST. — N'est-ce pas. papa, que maman est bien ressemblante?

M. EiDARD. — Oui, c'est blcn elle; je reconnais bien là ta maman.

MADAME CHEVROL. — Vous PC Irouvcz pas sur les joues deux placards de rouge qui font le plus mauvais effet?

M. BIDARD. — .le ne les avais pas remarqués d'abord ; oui, je les vois maintenant, je commence à les apercevoir.

MADAMt CHEVROL. — Ccla seul iiic fcniil refuser le portrait.

MADAME VASSAL. — A la placc de madame Bidard, je me serais fait faire en petit bonnet, tout bonnement.

M. BIDARD. — Comme elle est toujours. Oui, je penserais assez comme vous, madame.

M. BRiLiJ. — C'eût été mon avis.

MADAME jiiLLERET. — Vousavcz ralsou, madame: cependant, un bonnet ce n'est guère habillé; j'aimerais mieux un cliapeau. Faites-vous mettre un chapeau, croyez-m'en; cela ne vous coulera pas plus, et, au moins, vous aurez quelque chose de joli.

MADAME BIDARD. — Eh bien, je me ferai mettre un chapeau, madame Milleret; vous avez raison, j'aime mieux mettre quelque chose de plus et être Lien, d'autant que c'est pour aller à l'Exposition.

MADAME BRULE, bds il SOU mari. — Quand je te le disais!

MADAME CHEVROL. — Si j'étais à volre place, moi, madame, je ferais aussi changer cette vilaine robe; c'est un bleu terne, un bleu passé; c'était si facile h. faire; votre robe est d'un bleu magnilique.

MADAME BiuAUii. — .Ic vals VOUS liirc, niadanip

Clicvrol, j'étais si lellenienl enrhumée quand je nie le suis fait faire...

MADAME cuEVROL. — Cc n'est pas une raison pour que votre roi)e soit d'un bleu passé, d'un liorrible Ideu.

M. TCRPiN, les deux mains dans les échancrurcs de son gilet. — Je ne crois pas non plus qu'un riiunie puisse exercer pareille influence. {La plaimntcrie de M. Turpin est accueillie par les ricanements de quelques dames.)

psicoLET. — Il paraîtrait que les opinions sont partagées sur le mérite du portrait?

MADAME CHEVROL. — Fi douc ! c'cst uue infamie!

McoLET. — Nous avons ici, mesdames, un excellent juge en fait d'art, qui, j'en suis sûr, concilierait toutes les parties; je vais vous l'amener. (// s'éloifine.)

MADAME MTLLERET. — Il va cncorc nous donner quelque plat de sa façon.

MADAME BiDARD. — H y 3 ccut ù parier.

MADAME CHEVROL. — C'csl uii bicu drôlc de corps.

MADAME MILLERET. — J'cn SUiS tOUJOUrS pOUr CC

que j'ai dit : en se mettant un peu de côté, le portrait y gagne considérablement; mais pour cela, il faut être dans la porte.

NicoLET, amenant un gros monsieur qiCiltient sous le bras. ~ Voici, mesdames, un amateur qui doit juger en dernier ressorl.

MADAME BiDARD. — Nous allons suvoir au moins à quoi nous en tenir.

M. PRLUHOMME, s'arrackanl dubras de Nicolel. — Il fallait un motif comme celui-ci, belle dame, pour m'arraclier à mon obscurité, et, sans les instances réitérées de monsieur...

MAUAMK BIDARD Vinlervoynpt, lui prend le bras et le campe devant son portrait. — Que ditesvous de ça?

M. PRUDHOMME. — Ccci , belle dame, m'a tout l'air d'une fort jolie chose.

MADAME BtDARD. — A qui ccIa resscniblet-il?

M. PRCDHOMME. — Nc scrail-cc pas un portrait?

MADAME BIDARD. — Oiii, saus doulc: cli i)ien ?

M. PRiDHOMME. — Jc vois, cc me scmblc, quelque chose de rouge.

MADAME MiLLERET. — Cc sont des ftcurs daus les cheveux.

M. PRUDuoMME. — Il n'y a pas de mal à ça; j'ai de si mauvais yeux. Ah! ce sont des (leurs... des fleurs rouges... C'est fort gracieux... c'est, je crois, une dame.

MADAME MiLLERET. — Une daiiie que vous connaissez.

M. PRiDHOMME. — Quc jc connais? Je suis irès-honorc d'èlre connu d'une aussi cbarmante personne; cependant, pour rendre à la vérité l'hommage qui lui est dû, j'ajoulerai que je ne me la rappelle pas le moins du monde.

MADAME BiDARD. — Regardcz-moi bien. {Elle se pose dans Uattiliide qu'elle avait prise en se faisant peindre.)

M. PRUDHOMME. — Nc sefait-ce pas, par hasard, la maniiin de madame Legros?

MADAME BIDARD. — Qui ça, madame Canivel?

M. PRLDHOMME. — Madame Canivel.

MADAME BIDARD. — Pas du loul, c'cst moi que l'on a voulu faire.

M. PRcouoMME. — Je n"osais le dire; il est frappant!

McoLET, battant des mains. — Cravo ! bravo ! c'est sans appel.

M. PRCDHOMME, à Mcolel. — J'étais loin de m"allendre, monsieur, à semblable ovation.

MADAME BIDARD. — Ah çà ! nous avoHS un petit compte à régler ensemble, monsluur Frudhomme.

M. PRrDHOMME. — Avcc moi, belle damf, le |)l(is humble de vos valets?

92 COiMÉDIES BOURGEOISES.

MADAME niDARD. — Oui, aVOC VOUS. C'csl la

première fois, anjourd'liui, que vous laissez passer ma fête sans me dire quelque chose.

M. PRiiDHOMME. — Au milieu de tant de personnes réunies pour clianter vos louanges, je n'osais, belle dame, y mêler la mienne.

MADAME BiDARD. — Osez, osez, et Hioquez-vous du qu'en dira-t-on.

mcoLET. — 11 n'y a plus à reculer ; c'est l'instant, c'est le moment.

M. PRUDHOMME. — Jc lie dols, mousieur, ce me semble, obéir qu'aux ordres émanés de madame?

NicoLET. — Aussi, monsieur, ne suis -je que l'interprète du désir exprimé par elle.

M. PRUDHOMME. — J'ai cru répondre;'! madame comme je devais le faire, en motivant les causes de ma non-participation.

NicoLET. — Je parierais que vous avez en poche quelque joli bouquet.

M. PRi'DMOMME. — Vous pourriez bien ne pas gagner, monsieur; car je ne fais point de bouquets, je n'envoie point d'énigmes aux journaux, il ne court point de madrigaux de ma façon.

NicoLET. — Pourquoi vous taire, quand les échos de cette salle retentissent encore de vos chants de l'an passé?

M. PRCDHOMME. — Mais, (le par tous les saints, monsieur, brisons là, je vous en conjure.

MADAME EiuARD. — Vous uous (lircz quelquc chose.

M. Prudhommc exécute une pirouefle sur lui-même, aussi leslcmenl loutcfois que lui permet son obcsilé; il chcrclie à fendre la foule qui l'environne, quand Nicolet, volant sur ses traces, lui barre le pasage en le retenant dans ses bras.)

NTCOLET. — Vous ne nous échapperez pas, vous ne priverez pas ces dames d'un espoir dont vous les avez bercées.

M. PRi'DHOMME, cxcispéré Cl rajustant de son mieux le désordre de sa toilette. — Mais c'est me traquer comme une bête fauve, monsieur, avec moins d'égards peut-être.

MADAME DiDARD. — Ou n'a pas eu du tout l'intention de vous traquer; vous avez tort de vous emporter ainsi,

M. PRCDHOMME. — Daigncz m'excuser , belle dame, si je donne ici l'exemple d'un scandale inouï dans les fastes de votre maison; il faudrait être un dieu pour se contenir en certaines occasions, et je ne suis qu'un homme.

MADAME BiDARD. — Pourquoi Hc ricn vouloir nous dire?

9i COMÉDIES BOURGEOISES.

NicoLET. — Vous avez quelque chose, je le sais.

M. PRUDHOMMii. — El quel est ce lémoin que vous pourriez produire à l'appui de votre assertion, monsieur?

McoLET. — Ce petit papier que, pendant une gniiide partie du dîner, je vous ai vu cliiffonnerdans les mains.

M. PRUDHOMME. — J'ai bcau évoquer mes souvenirs... je ne me rappelle rien.

TOUTES LES DAMES. — i.c petit papicr ! le pclit papier! le petit papier!

M. piabuoMME, les yeux fixés siirNicoIet, rasseiiiblant toutes les forces de ses pou)}io)is. — Eh bien, oui, mesdames, je la ferai, cette communication, afin de me rendre digne de la haute confiance dont vous daignez m'Iionorer.

(Les moyens de l'orateur perdent ici un peu de leur force; il lance un dernier regard d'amertume sur Mcoict, il se lourne du cùlé de madame lîidard.)

Je dois l'avouer, je n'avais, en venant ici, prétention aucune, simplement le désir de mêler quelques fleurs à la couronne qu'on avait tressée pour la meilleure, la plus tondre et la plus adorée des épouses et des mères.

TOUT LE MONDE. — Rravo !

(M. Prudlionimc rôpond par de profondes salulatioiis, puis il lire de la potlie de son gilet un pclil papier assez malpropre et l'approche de ses yeux, après avoir préalablement relevé ses lunettes sur son frotil. — Mouvement de euriosité.)

MADAME BIDARD. — NOUS VOUS éCOUlonS.

McoLKT, imitant In voix gIapi$sa7Ue ({'1171 huissier. — Silence, messieurs!

M. PRCnHOMME.

A JUSTI-VE, liE JOtR DE SA FÊTE,

Paris, ce samedi 13 avril, etc.

C'est un beau jour pour vous, trop aimable Justine,

Que celui où de votre époux, De vos fils adorés, l'éloquence enfantine. Vient fêler tous les ans un moment aussi doux.

Recueillant à la fois le prix des soins, des peines, Que ton cœur maternel prit ù leurs jeunes ans, Tu t'écries : "Venez, mes enfants, " Oui, de bonheur mon àrae est pleine. »

Arthur avec noblesse.

Des larmes dans les yeux.

Le cœur plein d'allégresse, Se dit : 1 0 roi des cieux !

» Veillez sur son destin, que son sort soit prosi)ère I » El toujours en faisant bien, » Mes actions tendant au bien, » Je serai digne de ma mère. »

C'est un beau jour pour vous...

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