M. PRUDHOMME
Edmond vient prendre place Apportant son bouquet
(Ce n'est point au Parnasse, Pauvre enfant, qu'il Ta fait).
Puis liun air gracieux à sa maman le lionnc ;
La mère lui répond :
« Si JL- reçois ce don, ') CVst afin, mon ami, d'orner un jour Ion front,
» D'une double couronne. «
C'est un beau jour pour vous...
MADAME BiDARD. — Oul, ccrtes, c'csl 1111 bcau jour pour moi!
■;Elle presse son fils cadet dans ses bras et le couvre de baisers et de larmes, et, dans son ivresse, elle embrasse indistinctement ses voisins et ses voisines.)
M. PRtDHOMME, augmentant le volume de sa voix.
Que celui où de votre époux.
De vos fils adorés l'éloquence enfantine. Vient fêler tous les ans un moment aussi doux.
Ernest tout plein de grâce, Au mainlicn doux et bon, A ses côtés prend place; On dirait un Caton.
n, je le proniels que je serai bien sage, » Que j'apprendrai bien ma leçon, « ICt que, piirini ceux de nionûge, « Je serai toujours en renom. »
(Applaudissements prolongés. M. Prudliomnie termine sa pièce au milieu des trépignements, des cris et des bravos de l'assemblée. Nicolet et plusieurs jeunes gens à son imitation, malgré les rc|)réscntalions de l'auteur, répèlent en cliœur les quatre derniers vers adressés ù Justine.)
C'est un beau jour pour vous, trop aimable Justine,
Que celui où de votre époux, De vos fils adorés réioquence enfantine Vient fèlcr tous les ans un moment aussi doux.
MADAME MiiiiiiiUET. — Oii (lira lout ce que l'un voudra, je trouve cela charmant.
MADAME VASSAL. — C'eSt jOli, joij, jolj.
MADAME BiDARD. — Il n'y a pas lu à dire, monsieur Prudhomme, il faut absolument que je vous eml)rasse.
M. PRi'nHOMME. — Vous mc HMidez confus, heik' fia me.
Jélais loin île iu"atlendre à semblable salaire, Ei n'avais d'autre but que celui de vous plaire.
(Il cueille deux baisers sur les joues iiuinides de madame Bidard.)
McoLCT. — De plus fort en plus forl ! {Bas à Arthur.) Eli bien, lu es content de ton portrait, j'espère?
ARTflcR. — Laisse-moi donc tranquille.
MADAME BIDARD. — Je scrais cependant la plus heureuse des femmes, si la surprise que je ménageais à mes enfants avait réussi.
ARTHUR. — Je l'assure, maman , que nous sommes enchantés de ton portrait.
MADAME BIDARD. — Parcc que lu es bon, tu dis ça ; baise ta pauvre mère {elle l'embrasse). Tiens, juslemenl vous voilà, monsieur... Je ne peux jamais me rappeler votre nom. Je ne vais jamais par quatre chemins, je vous dirai que je ne suis pas ressemblante.
MADAME cHEVROL. — Comment, monsieur est l'auteur du porlrail?
CHARLES. — Oui, madame.
MADAME CHEVROL. — Mais c'csl fort mal de ne pas nous avoir prévenues.
MADAME BIDARD. — Dah ! qu'csl-cc r\\\o ça fait,
il est liabilué à ça; esl-ce que ça ne leur arrive pas jouriiclienient?
CHARLES. — Vous croycz, madame?
MADAME liiDARD. — Constamment. Aii çà! ii s'agit d'une chose, je n'entends pas que vous ayez travaillé pour rien ; vous me referez ma robe et vous me mettrez un chapeau, ce n'est pas la mer à boire; vous sentez bien que, sans ça, je n'en ai que faire, de mon portrait.
CHARLES. — Oui, madame.
MADAME BiDARD. — Vous vicudrez dîncF la semaine prochaine, et nous arrangerons ça.
CHARLES. — Oui, madame.
MADAME BIDARD. — Ouj, madame, oui, madame, vous dites toujours oui, et vous n'en faites jamais qu'à votre tête; enfin, nous verrons. {Elle lui louDie le dos.) Quand je vous disais, ma bonne madame Brûlé, que nous n'étions qu'entre nous.
CHARLES, bas à Nicûlct. — Je vous souhaite le bonsoir.
NicoLET. — Comment ! vous partez? Mais vous n'y pensez pas ; nous allons avoir bal, concert, illuminations en verres de couleurs, souper magnifique, feu d'artifice, etc., etc. Ça sera charmant?
CHARLES. — J'en ai assez, je vous assure; ma modestie se refuse à entendre de nouveaux éloges.
NICOLET. — Devez-vous faire atlenllon à ce que
LE PEINTRE ET LES BOURGEOIS. iOI
(liront de bonnes gens qui n'y connaissent rien; ayez un nom, tout ce que vous forez, ils le trouveront superbe. Il ne faut pas, mon cber, jeter le manche après la cognée; dans toutes les carrières, les commencements sont tristes.
CHARLES. — Dans les arts surtout, avec les bourgeois!
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