THÉODORE, OLYMPE
OLYMPE. — Donjour, Théodore; vous voilà déjà levé! je croyais être la première de la maison.
THÉODORE. — Oh! non, mademoiselle Olympe, je suis bien sûr que c'est toujours moi.
OLYMPE. — Vous êtes donc bien matinal? Il y a cependant de la lumière bien tard dans votre chambre.
THÉODORE. — Vous y regardez donc, mamselle? vous v regardez donc?
oLYMPK. — Vous le savez bien... Mais il ne faut pas veiller si lard, monsieur Théodore; vous vous ferez mal, vous ne dormez pas assez.
THKODORE. — Je ue dors pas du tout.
OLYMPE. — Vous n'êtes pas raisonnable... Ah! monsieur Théodore, j'ai bien du chagrin.
THÉODORE. — Et moi donc, mamselle!
OLYMPE. — Maman ne veut pas tant sculemenl entendre parler de vous.
THÉODORE. — Ah ! mamselle Olympe, si elle savait comme je vous aimerais !... combien je vous rendrais heureuse !
OLYMPE. — Elle dit comme ça que vous ne valez pas mieux que les autres.
THÉODORE. — Qu'est-ce que vous lui répondez, vous, mamselle Olympe?
OLYMPE. —Que... Monsieur Théodore, je n'ose pas vous le dire...
THÉODORE.— Dites-le, mamselle Olympe, dites-le toujours! T'nez, v'ià que l'rouge vous monte au visage... dites-le...
OLYMPE. — Théodore!
THÉODORE. — Olympe! ô Olympe!... Hein!
dites-le.
OLYMPE. — Que... je...
THÉODORE.— Allez toujours... ô Olympe!... Que vous!... Allez, allez, Olympe!... Que vous...
LA VICTIME DU CORRIDOR. iOo
OLYMPE. — Que je vous aime bien!
TUhioDORE. — OIj! vrai!... vrai!... liein, parole d'iiomieur ?
OLYMPE. — Oui, Tliéoilore.
THÉODORE. — Oh ! ne pleurez pas, maniselle Olympe, ne pleurez pas, j'ai de l'espoir... Hier encore, mon bourgeois m'a dit, dit-il : «Théodore, Tes l'un bon enfant, mais t'es triste. — Moi, triste? que j"dis. — Oui, dit-il, qui dit, l'as quel'chose... — En de quoi? que j'dis. — En de ce que, dit-il, qui dit, que je ne me trompe pas... tu aimes quelqu'un... — Dites quelqu'une, que j'dis, que j'aime... Ah! monsieur Chamoiscau, que j'aime... que j'n'en dors ni que j'n'en mange; que j'ne fais que pleurer tant que rjour dure et la nuit aussi. — Eh ben, mon garçon, qui m'dit, dit-il, qui m'dil, c'est-il une personne dont auquel qu'on peut dire : C'est bien? — Qu'on peut dire que c'est trop bien, monsieur Chamoiscau, que j'réponds. — Eh ben, j'm'en charge, lui, qui dit. La personne t'aimet elle?...» Je réponds :« Je l'ignore...» Je l'ignorais, maniselle Olympe, je l'ignorais; mais t'ncz, mamselle... t'nez... tapez là!... nous serons l'un à l'autre, n'est-ce pas?... allez, l'un à l'autre... Ah! c'est trop... c'est trop heureux... j'en perdrai la tête, c'est sur... Olympe! ô Olympe! {On entend madame Uadoulard appeler Olijmpe.)
OLYMPK. — Ali! mon Dieu! c'est maman qui m'appelle! Adieu, monsieur Théodore.
THiioDonn. — Quoi! déjà?...
OLYMPE. — Maman va me gronder... Voil-on que j'ai pleuré?... Ah! monsieur Théodore, mon petit Théodore, que ça m'a fait de mal !
THÉODORE. — Et à moi donc!... Mais quel bien aussi !
OLYMPE. — Adieu! [Elle s'éloigne en lui envoyant un baiser. Théodore lui répond en lui en envoyant une douzaine.)