SCÈNE I
DÉSIRER, puis IIIPPOLYTE.
DÉSIRÉE, allanl ouvrir la porte. — Un inslanl donc! quand vous frapperez comme ça; donnez
au moins le temps au monde de se reconnuitre. Que demandez-vous? quoi que vous voulez?
uum'Olytk. — C'est moi.
uÉsiRKU. — Qui ça, vous?
Hipi'OLYTK. — Vous ne me reconnaissez pas?
DKSiRiiE. — Je crois bien, que je ne vous reconnais pas! Ous-ce qu'elle est, vol' figure; comment que vous voulez qu'on vous reconnaisse à travers tous ces paquets-là?
nippoLYTi:. — Otez-moi, s'il vous plaît, ce paquet que j'ai là, devant mon nez.
DÉSIRÉE. — Tiens, c'est vous, monsieur llippolyte?
uippOLYTE. — Comme vous voyez.
DÉSIRÉE. — Comme je vois à présent, mais tout à riieure... Vous faites donc un déménagi-menl; qu'est-ce que c'est (\uc tout ce que vous nous apportez là?
HIPP0/.YTK. — Des i)rovisions pour la partie de tantôt.
DÉSIRÉE. — Mais vous n'y pensez pas! est-ce que vous croyez bonnement qu'où vous allez, à la campagne, vous ne ti'ouverez ])ns de quoi manger?
iiippoLYTK. — C'est mon oncle, M. Godinol, qui m'a dit, liieren le quillaiil, que chacun apportait son plat.
DÉSIRÉE. — Je sais bien que, d'ordinaire, dans
ces parlies-Ià, chacun apporte, les uns une chose, les autres une autre; mais, vous, de la façon que vous y allez, vous apportez à manger pour toute la société.
HippoLYTE. — C'est mon oncle qui m'a dit d'apporter sa part et celle à ma tante. Impossible de trouver une voilure.
utisiRKE. — Je crois bien, à des Leures pareilles!
HIPPOLYTE. — J'ai les bras que je ne les sens plus!
DÉsiRKE. — Comme moi, quand je reviens du marché. Là, à la saignée, n'est-ce pas?
uippoLYTE. — Ici, dans l'articulation.
DÉSIRÉE. — On voit bien, du reste, que vous êtes amoureux.
HIPPOLYTE. — Vous trOUVCZ ?
DÉSIRÉE. — Le temps vous dure.
HIPPOLYTE. — Il est donc de bien bonne heure?
DÉSIRÉE. — Il est six heures, pas même six heures; d'ailleurs, c'est pas ici qu'est le rendezvous, c'est chez M. Courtin.
HIPPOLYTE. — Je n'y vais pas, chez M. Courtin; mon oncle m'a dit de prendre les devants, pour tout arranger là-bas.
DÉSIRÉE. — C'est très-bien.
HIPPOLYTE. — J'étais venu seulement pour pré-
440 COMÉIJIES BOURGEOISES.
venir M. el madame Camaret. Il n'est pas levé, M. Camarel?
DÉSIRÉE. — Ni lui, ni madame, ni personne... si fait, le petit est levé; voilà deu\ iieures qu'il me fait enrager: je vas l'envoyer jouer dans la eour. Imaginez-vous qu'ils se sont touchés ici à une heure du matin ; ils n'en finissaient pas de tourner et ratourner. C'est assez l'habitude dans la maison, quand ils ont la moindre partie à faire, d'être quinze jours à en parier; la tête leur en tourne, de manière qu'on ne sait plus ce qu'on fait.
HippoLYTE. — Et mademoiselle Zélie?
DÉSIRÉE. — Ail bien, oui, mamselle! Elle s'est fait tout un chapeau pour aller là-has; elle ne songe guère non plus à se lever. Vous arriveriez ici avec du canon, que je vous délierais de les éveiller; vous ne les connaissez guère, allez.
HippoLYTE. — Eh bien, je pars.
DÉSIRÉE. — Bien du plaisir.
HIPPOLYTE. — Serez-vous assez bonne pour dire à mademoiselle Zélie que je suis venu?
DÉSIRÉE. — Je n'y manquerai pas; ça la flaltera infiniment.
HIPPOLYTE. — Vous crovez?
DÉSIRÉE. — J'en suis sûre.
HIPPOLYTE. — Je n'oublierai pas ce que vous venez de me dire là, Désirée.
LA PARTIE DE CAMPAGNE. 1 il
uÉsiRÉE. — 11 n'y a pourtant pas de quoi.
nippoLYTE. — Si fait, et je vous en remercie. Peut-être bien irouverai-je une voiture en chemin pour tous mes i)aquels.
DÉSIRÉE. — Je vous en souiiaitc; car tous ces maciiins-là, ça ne laisse pas que d'être encore assez emlwrrassant. Attendez, que je vous aide à vous charger.
HippoLYTE. — Merci. Sans adieu, Désirée.
UKSiRÉE. — Au plaisir. Attendez, v'Ià un paquet qui va tout à l'Iieure vous quitter.
HIPPOLYTE. — Bien obligé; je m'en vas.
DÉSIRÉE. — Au revoir, monsieur Hippolyte.
HIPPOLYTE. — En vous remerciant, Désirée.