SCÈNE III
DÉSIRÉE, ZÉLIE, un chapeau à la main'.
zÉLiE. — Bonjour, Uésiréi!; coinmcnl Irouves-lu mon chapeau?
DLsiRÉE. — Bien gentil. Mellez-lc un peu, que je le voie... tournez-vous une miette.
zÉnE. — De ce côté-ci?
DÉSIRÉE. — Oui, comme ça... Très-gentil, trèsgentil! Comment! vous voilà déjà levée?
ZÉLIE. — Je te dirai que j'étais inipdtienlede voir l'effet de mon chapeau au jour; j'avais encore à le garnir; cl puis ne devons-nous pas aller ce matin à la campagne?
uKsiKÉE. — Vous avez hien le temjjs ; vos père cl mère ne sont pas encore éveillés.
ZKLiE. — Dis-moi, Désirée, n'est-il pas déjà venu quelqu'un?
iticsiRÉE. — Oui, mamsefle; mais pas la personne que vous attendez.
zÉLiE. — Que veux-tu dire?... Je n'attends personne.
ïtÉsiRÉE. — Excusez; de bonne foi, j"avais cru que si.
LA PARTIE DE CAMPAGNE. iïA
zÉLiE. — Tu te trompes, je l'assure.
DHsiKÉE. — C'est possible. Eii Itien, iiiamscllc, il est venu un jeune liomme, le neveu à M. Godinol, M. llippolyte; c'est un jeune lionune Irèsainiable, M. llippolyte.
zÉLiE. — Certainement.
DKSiRiiiî. — Moi, je l'aimerais bien, M. lli])polyte; il est très-bien.
ZÉLIE. — Désirée, ce que vous dites-là cbt trèsvilain.
DÉSIRÉE. — Pourquoi donc ça, maniselie?
ZÉLIE. — Parce que vous savez que maman veut absolument me marier à ce monsieur-là, (|ue je déteste, et que j'aimerais mieux mourir (|ue d'être jamais sa femme. Vous vous faites un maliii plaisir de me tourmenter; c'est affreux!
DÉSIRÉE. — Je ne savais [las que vous prendriez la chose si fort à cœur.
ZKLIE. — Je suis bien malheureuse!
DÉSIRÉE. — Alors, mamselle, excusez, du moment que ça vous fait de la peine, c'est fini.
ZKLIE. — J'entends Adrien, je m'en vais; je ne veux pas qu'il s'aperçoive que j'ai pleuré.
DÉSIRÉE. — Mais attendez donc un moment, mamselle... La v'Ià partie!... Encore unequi vous aune tête!... c'est bien autre cliosc que moi, encore.
DÉSIRÉE, LE PETIT BONHOMME en chemise, SCS hardes à la main.
LE PETIT UOIVIIOMME. — PoUl'qUOi lU 116 VCUX
pas liiiir (Je m'iialùller?
DiisiRÉE. — Je le deniande bien pardon, mon chéri : c'est que j'étais à parler avec quelqu'un ; tu veux bien me pardonner, n'est-ce pas? Allons, voyons, qu'est-ce que c'est que cette mine que lu nous fais-là? tu ne vois pas que je me moque de toi?
LE PETIT BO?«uoMME. — Tu as dit quc j'aurais descendu dans la cour quand j'aurais été habillé.
uiistuÉE. — Il me semble qu'il n'y a pas encore de temps de perdu. Voyons, tends bien la jambe, quej(! passe ta culotte.
LE PETIT BONHOMME. — Aie! uic ! aic! tu m'as fait du mal.
DÉSIRÉE. — C'est pas vrai, tu m'ennuies ! Voyons, le voilà bien fraîchement; nous allons voir tout ce que ça va durer. Prends bien garde surtout à ne pas te salir.
LE PETIT BaNHOMME. — Oui.
DÉSIRÉE. — Oui, notre chien ?
LE PETIT BOMioMHE. — Oui, ma bounc... Dis donc, Désirée, veux-tu m'ouvrir la porte?
DliSiRÉE. — S'il...
LE PETIT BONHOMME. —S'il VOUS plilît.
DÉSIRÉE. — Tu sais ce que je l'ai dit, de bien prendre garde à loi?
LE PETIT BO^HOMMME. -— Out, UKl IjOnUC,
DÉSIRÉE. — Bon voyage!
DÉSIRÉE, seule.
V'Ià toujours un bon débarras de moins ! Madame a beau dire qu'elle fera faire tout ce qu'elle voudra à ses enfants; moi, je dis que non, et, si sa petite a mis une idée dans sa tète, ce qu'elle dira et rien, ça sera bien à peu près la même cbose. Quant au papa, tout ce quon voudra. Le pauvre clierlionime n'a jamais eu de volonté et n'en aura jamais! {On sonne.) Qu'est-ce encore? qui nous vient là?