SCÈNE III
SGANARELLE
Oh çà ! faisons la paix nous deux. Touche là.
MARTINE
Oui, après m'avoir ainsi battue !
SGANARELLE
Cela n'est rien. Touche.
MARTINE
Je ne veux pas.
SGANARELLE
Hé!
MARTINE
Non.
Ma petite femme.
Point.
SGANARELLE
Allons, te dis-je.
MARTINE
Je n'en ferai rien.
SGANARELLE
Viens, viens, viens.
MARTINE
Non, je veux être en colère.
SGANARELLE
Fi ! c'est une bagatelle. Allons, allons.
MARTINE
Laisse-moi là.
SGANARELLE
Touche, te dis-je.
MARTINE
Tu m'as trop maltraitée.
SGANARELLE
Hé bien ! va, je le demande pardon, mets là ta main.
MARTINE
Je te le pardonne ; (bas, à part.) mais tu me le paieras.
SGANARELLE
Tu es une folle de prendre garde à cela : ce sont pe-tites choses qui sont de lemps en temps nécessaires dans l'amitié ; et cinq ou six coups de bâton, entre gens qui s'aiment, ne font que ragaillardir l'affection. Va, je m'en vais aubdis, et je te promets aujourd'hui plus d'un cent de fagots.
Valère et Lucas cherchent un médecin pour guérir la fille de leur maître qui est devenue muette. Marti-ne, pour se venger de son mari, les envoie à Sgana-relle.
C'est un homme extraordinaire, dit-elle, fantasque, bizarre, quinteux, et que vous ne prendriez jamais pour ce qu'il est. Il va vêtu d'une façon extravagante, affecte quelquefois de paraître ignorant, tient sa science renfer-mée, et ne fuit rien tant tous les jours que d'exercer les merveilleux talents qu'il a eus du çie\ pour la médecine. Sa folie est plus grande qu'on ne peut croire, car elle va parfois jusqu'à vouloir être batlu pour demeurer d'accord de sa capacité ; et je vous donne avis que vous n'en vien-drez pas à bout, qu'il n'avouera jamais qu'il est médecin, s'il se le met en fantaisie, que vous ne preniez chacun un bâton, et ne le réduisiez, à force de coups, à vous confesser à la fin ce qu'il vous cachera d'abord. C'est ainsi que nous, en usons quand nous avons besoin de lui.