‹ Comédies de Molière. Scènes choisiesChapitre 14 sur 55 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

SGANARELLE

Oh çà ! faisons la paix nous deux. Touche là.

MARTINE

Oui, après m'avoir ainsi battue !

SGANARELLE

Cela n'est rien. Touche.

MARTINE

Je ne veux pas.

SGANARELLE

Hé!

MARTINE

Non.

Ma petite femme.

Point.

SGANARELLE

Allons, te dis-je.

MARTINE

Je n'en ferai rien.

SGANARELLE

Viens, viens, viens.

MARTINE

Non, je veux être en colère.

SGANARELLE

Fi ! c'est une bagatelle. Allons, allons.

MARTINE

Laisse-moi là.

SGANARELLE

Touche, te dis-je.

MARTINE

Tu m'as trop maltraitée.

SGANARELLE

Hé bien ! va, je le demande pardon, mets là ta main.

MARTINE

Je te le pardonne ; (bas, à part.) mais tu me le paieras.

SGANARELLE

Tu es une folle de prendre garde à cela : ce sont pe-tites choses qui sont de lemps en temps nécessaires dans l'amitié ; et cinq ou six coups de bâton, entre gens qui s'aiment, ne font que ragaillardir l'affection. Va, je m'en vais aubdis, et je te promets aujourd'hui plus d'un cent de fagots.

Valère et Lucas cherchent un médecin pour guérir la fille de leur maître qui est devenue muette. Marti-ne, pour se venger de son mari, les envoie à Sgana-relle.

C'est un homme extraordinaire, dit-elle, fantasque, bizarre, quinteux, et que vous ne prendriez jamais pour ce qu'il est. Il va vêtu d'une façon extravagante, affecte quelquefois de paraître ignorant, tient sa science renfer-mée, et ne fuit rien tant tous les jours que d'exercer les merveilleux talents qu'il a eus du çie\ pour la médecine. Sa folie est plus grande qu'on ne peut croire, car elle va parfois jusqu'à vouloir être batlu pour demeurer d'accord de sa capacité ; et je vous donne avis que vous n'en vien-drez pas à bout, qu'il n'avouera jamais qu'il est médecin, s'il se le met en fantaisie, que vous ne preniez chacun un bâton, et ne le réduisiez, à force de coups, à vous confesser à la fin ce qu'il vous cachera d'abord. C'est ainsi que nous, en usons quand nous avons besoin de lui.

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