‹ Comédies de Molière. Scènes choisiesChapitre 27 sur 55 · ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VII

MERCURE

Arrête. Quoi ! lu viens ici mettre ton nez,

Impudent flaireur de cuisine !

SOSIE

Ah ! de grâce, tout doux !

MERCURE

Ah ! vous y retournez,

Je vous ajusterai l'échiné.

SOSIE

Hélas ! brave et généreux moi,

Modère-toi, je t'en supplie.

Sosie, épargne un peu Sosie, El ne te plais pas tant à frapper dessus loi.

MERCURE

Qui de l'appeler de ce nom

A pu te donner la licence ?

Ne l'en ai-je pas fait une expresse défense, Sous peine d'essuyer mille coups de bâton ''

SOSIE

C'est un bien que tous deux nous pouvons à la fois

Posséder sous un même maître.

Pour Sosie en tous lieux on sait me reconnaître ;

Je souffre bien que tu le sois,

Souffre aussi queje puisse l'être.

Laissons aux deux Ainpliilryous iU MOLIERE.

Faire éclater des jalousies ;

Et parmi leurs contentions, Faisons en bonne paix vivre les deux Sosies.

MERCURE

Non, c'est assez d'un seul, et je suis obstiné

A ne point souffrir de partage.

SOSIE

Du pas devant sur moi tu prendras l'avantage ; Je serai le cadet, et tu seras l'aîné.

MERCURE

Non, un frère incommode, et n'est pas démon goût,

Et je veux être fils unique.

SOSIE

0 coeur barbare el tyrannique !

Souffre qu'au moins je sois ion ombre.

MERCURE

Point du tout.

SOSIE

Que d'un peu de pitié ton ame s'humanise!

En celte qualité souffre-moi près de toi :

Je te serai partout une ombre si soumise,

Que tu seras content de moi.

MERCURE

Point de quartier ; immuable est la loi.

Si d'entrer là-dedans lu prends encor l'audace,

Mille coups en seront le fruit.

Las ! à quelle étrange disgrâce,

.MOLIEll'K. liH

Pauvre Sosie, es-tu réduil !

MERCURE

Quoi ! la bouche se licencie A le donner encore un nom que je défends !

SOSIE

Non, ce n'est pas moi que j'enteuds,

Et je parle d'un vieux Sosie

Qui fut jadis de mes parents,

Qu'avec très grande barbarie A l'heure du dîner on chassa de céans.

MERCURE

Prends garde de tomber dans celte frénésie, Si tu veux demeurer au nombre des vivants.

SOSIE, bas à part.

Que je te rosserais, si j'avais du courage,

Double coquin, de trop d'orgueil enflé !

MERCURE

Que dis-tu?

SOSIE

Rien.

MERCURE

Tu liens, je crois, quelque langage.

SOSIE

Demandez, je n'ai pas soufflé.

MERCURE

Certain mot de coquin

A pourtant frappé mon oreille,

11 n'est rien de plus certain. H6 MOLIERE.

C'est donc un perroquet que le beau temps réveille.

MERCURE

Adieu. Lorsque le dos pourra te démanger,

Voilà l'endroit où je demeure.

SOSIE, seul.

0 ciel ! que l'heure de manger Pour être mis dehors estime maudite heure!

Allons, cédons au sort dans notre affliction, Suivons-en aujourd'hui l'aveugle fantaisie;

Et par une juste union,

Joignons le malheureux Sosie

Au malheureux Amphitryon.

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